Le retour triomphal de Novak Djokovic en 2018
Au printemps 2018, le doute a vraiment entouré Novak Djokovic. Pour la première fois depuis longtemps, le circuit ATP le regardait sans certitude, presque incrédule. Le Serbe n’était plus ce rouleau compresseur qui écrasait tout sur son passage. Il boitait dans son tennis, physiquement et mentalement.
Tout était parti de ce coude, abîmé à Wimbledon l’année précédente. L’articulation l’avait tenu éloigné des courts jusqu’à l’Open d’Australie 2018. Son retour, attendu comme une renaissance, tourne court : élimination en huitièmes de finale. Derrière, la spirale. Des sorties précoces dans les grands tournois, une seule éclaircie à Rome, et aucun résultat au-delà des quarts de finale jusqu’à Roland-Garros.
Roland-Garros
À Paris, la fracture se produit.
Face au numéro 72 mondial, Marco Cecchinato, un joueur qui n’avait encore jamais gagné un match de tableau principal en Grand Chelem, Djokovic s’incline en quarts de finale. Une défaite brutale, presque incompréhensible à ce niveau. Dans la salle de presse, l’ombre de ce revers pèse lourd. Le triple vainqueur de Wimbledon, le patron de la décennie, parle comme un homme vidé.
Interrogé sur la saison sur gazon, il lâche une phrase qui glace l’assistance : « Je ne sais pas si je vais jouer sur gazon. » On lui demande alors s’il envisage vraiment de zapper Wimbledon. La réponse tombe, identique, sans détour : « Je ne sais pas si je vais jouer sur gazon. »
Pour un joueur déjà sacré trois fois au All England Club, le message est violent. D’autant que ses deux dernières campagnes londoniennes avaient déjà laissé un goût amer : défaite au troisième tour en 2016, élimination en quarts en 2017. Le doute s’est installé, profondément. Chez lui, chez les autres.
Il prend quelques jours. Coupe tout. Se met à distance de ce Roland-Garros qui l’a abîmé. Puis quelque chose se remet en marche. Il en parlera plus tard, calmement, presque avec le sourire : il a décidé de revenir, de tenter encore.
« Quand j’ai pris quelques jours de repos et que je me suis regroupé, je voulais retourner sur le court et continuer », expliquera-t-il. Le choix paraît simple, mais à ce moment-là, il engage tout : son corps, sa confiance, sa légende.
Le Queen’s Club Championships
Le point de départ, ce sera le Queen’s Club Championships, à Londres, un tournoi qu’il n’avait plus disputé depuis 2010. Un retour sur gazon loin des projecteurs de Wimbledon, presque à l’abri. Cinq matchs, une finale. De quoi remettre du rythme, de la conviction, une base solide pour la suite. « C’était clairement le bon choix, j’ai eu une superbe semaine au Queen’s, cinq matchs dans les jambes, une excellente préparation pour Wimbledon », dira-t-il.
Wimbledon
Et Wimbledon, justement, va tout renverser.
Sur le gazon londonien, Djokovic retrouve son territoire. Il remonte en puissance match après match, jusqu’à ce duel monumental face à Rafael Nadal. Une victoire charnière, aussi importante dans la tête que sur le tableau. En finale, il domine Kevin Anderson et soulève son quatrième trophée à Wimbledon, son premier titre du Grand Chelem depuis plus de deux ans.
L’homme qui ne savait plus s’il voulait « jouer sur gazon » vient de reconquérir son royaume.
Avec le recul, Djokovic ne masque pas les failles qui ont précédé ce retour au sommet. Il parle de ces mois sombres sans enjoliver : « Il y a eu des moments de doute, de frustration, de déception, où tu te demandes si tu veux continuer de cette manière, où tout cela t’emmène. » Il rappelle une évidence trop souvent oubliée quand on parle de champions : « Je ne connais personne qui arrive à rester toujours positif, à avoir 100 % de confiance tout le temps. C’est la vie. Nous sommes humains, nous passons tous par là. »
Ce chemin cabossé rend la victoire encore plus forte à ses yeux : « Vu d’où je parle aujourd’hui, tout ce processus rend les choses encore meilleures, encore plus spéciales, parce que j’ai réussi à surmonter les défis et les obstacles, à me retrouver en finale d’un Grand Chelem. Si on m’avait dit ça six mois plus tôt, j’aurais signé tout de suite. »
Reste une constante, même au cœur de la tempête : la conviction de sa place tout en haut. « Est-ce que je croyais vraiment pouvoir revenir à ce niveau ? Oui. C’est difficile pour moi de jouer au tennis sans croire que je peux être le meilleur dans ce que je fais. J’ai eu la chance d’accomplir tellement de choses dans ma carrière que, chaque fois que je vais dans un tournoi, j’ai les plus hautes ambitions. C’est toujours mon état d’esprit. »
Wimbledon 2018 n’a pas seulement relancé une saison. Le titre a ouvert les vannes. Djokovic enchaîne ensuite avec Cincinnati, où il complète enfin le set des Masters 1000, puis l’US Open et le Shanghai Masters pour boucler une année qui avait commencé dans le doute et s’achève dans la domination.
Quelques mois plus tôt, il ne savait même pas s’il foulerait le gazon. À la fin de la saison, il a rappelé au monde entier qu’un champion peut vaciller, mais que tant qu’il choisit de revenir sur le court, l’histoire reste ouverte.




