Helmut Marko et la priorité de Racing Bulls pour Nikola Tsolov
Helmut Marko n’a plus de bureau chez Red Bull, mais sa voix continue de résonner dans le paddock. L’ancien conseiller spécial, artisan de l’ascension de Liam Lawson vers la Formule 1, ne plaide pourtant plus la cause du Néo-Zélandais. Au contraire : pour lui, si Racing Bulls veut rester fidèle à l’ADN du projet, le prochain baquet doit revenir à Nikola Tsolov.
Marko l’a expliqué dans les colonnes du magazine autrichien Krone. Et il est resté fidèle à la ligne dure qui a façonné le programme jeunes pilotes de Red Bull.
« Je suis d’accord avec une phrase de [le fondateur de Red Bull, Dietrich] Mateschitz : “Nous n’achetons pas des stars, nous fabriquons des stars” », a-t-il rappelé. « Nous avons toujours cherché nos propres pilotes capables de gagner un grand prix. À quelques exceptions près, cela a fonctionné. »
Le message est clair. Dans cette logique, Marko estime que le choix « difficile » entre Liam Lawson et Nikola Tsolov chez Racing Bulls « devrait en réalité pencher en faveur de Tsolov ». Garder Lawson, déjà bien installé en F1, irait selon lui à l’encontre de la vocation de l’écurie de Faenza : une équipe laboratoire, pensée pour lancer des talents plutôt que pour sécuriser un classement.
Un avis, pas une décision. Marko a quitté toute fonction officielle chez Red Bull fin 2025 et ne participera pas aux discussions internes pour la saison prochaine. Mais son regard reste celui de l’architecte historique d’un système qui a produit Sebastian Vettel, Max Verstappen ou encore Daniel Ricciardo.
Tsolov brille… et se complique la vie
Nikola Tsolov, lui, joue encore sa saison en Formule 2. Le Bulgare a montré qu’il avait la vitesse pour dominer le plateau. Il a aussi prouvé qu’il pouvait tout gâcher. Ce qui ressemblait à un titre quasiment acquis s’est délité, au point qu’il ne pointe plus qu’au deuxième rang, derrière le junior Ferrari Rafael Camara, à deux manches de la fin.
Ces deux derniers rendez-vous – prévus au Qatar et à Abu Dhabi – restent incertains, dans un contexte de conflit au Moyen-Orient. Le sort du championnat pourrait donc se jouer en coulisses autant que sur la piste. Et avec lui, une partie de l’argumentaire en faveur de Tsolov.
Car un titre de F2 reste un levier puissant pour accéder à la F1. Le perdre sur des erreurs personnelles, ou le voir figé par le calendrier, ne raconte pas la même histoire à un management en quête de garanties.
Lawson, le “meilleur des autres” arrive à Austin
Pendant que les débats de filière agitent les étages supérieurs, Liam Lawson, lui, est déjà sur place. Le Kiwi a posé ses valises au Circuit of the Americas, à Austin, pour le Grand Prix des États‑Unis. Et il n’arrive pas en figurant.
Neuvième du championnat pilotes, Lawson occupe ce rang officieux mais très parlant de “meilleur des autres” : premier derrière les quatre mastodontes que sont Mercedes, Ferrari, Red Bull et McLaren. Avec 75 points au compteur, il compte 34 unités d’avance sur Pierre Gasly et a porté, à lui seul ou presque, la campagne de Racing Bulls dans sa lutte directe avec Alpine pour la cinquième place du championnat constructeurs.
Sans ses résultats, la bataille face à l’écurie française n’aurait tout simplement pas la même allure.
Austin lui réussit. En 2024, pour son retour à temps plein en F1, il y avait signé l’une des courses les plus abouties de sa jeune carrière : parti 19e, il avait remonté le peloton pour arracher la neuvième place. Un exercice de patience, de gestion des pneus et de dépassements propres qui avait frappé les esprits.
Deux ans plus tard, le décor n’a pas changé : même circuit, même atmosphère électrique au Texas. Mais l’enjeu, lui, a pris une autre dimension. Lawson ne se bat plus seulement pour des points. Il se bat pour son statut, pour prouver que sa place sur la grille n’est pas une parenthèse mais une évidence.
« Ce serait génial de vivre un week-end solide », a-t-il confié. « Nous avons fait une bonne saison, avec une belle série de courses récemment. L’ambiance est toujours très bonne ici. Le tracé est vraiment excellent – c’est probablement mon préféré du calendrier à piloter. Il y a beaucoup de points positifs pour ce week-end. On espère avoir une voiture rapide. »
Une audition permanente
Lawson sait lire une situation. Il connaît le discours de Marko, il sait que Tsolov frappe à la porte, titre ou pas titre en F2. Il sait aussi que Racing Bulls reste, par essence, une équipe où rien n’est jamais acquis.
Chaque tour devient alors un argument. Chaque dépassement, une ligne de plus sur son dossier. Austin lui offre une scène idéale : un circuit technique, exigeant physiquement, où le pilote fait souvent la différence dans les enchaînements à haute vitesse.
Si Lawson répète son exploit de 2024, ou fait mieux encore, il ne répondra pas seulement à une question sportive. Il forcera la réflexion stratégique de Red Bull et de Racing Bulls. Peut-on vraiment écarter un pilote qui tient une équipe à bout de bras pour faire place à la génération suivante ? Ou faut-il, pour une fois, déroger à la règle non écrite de la filière ?
La réponse ne tombera pas ce week-end. Mais elle se construira, virage après virage, sur l’asphalte texan.




