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Lewis Hamilton appelle à l'humilité face aux critiques sur le Grand Prix du Rwanda

La Formule 1 a officialisé un accord de dix ans avec le Rwanda à partir du début des années 2030. Une première sur le continent africain depuis des décennies, aussitôt saluée… et aussitôt contestée sur le terrain des droits humains. Au cœur de cette zone de turbulences, Lewis Hamilton a choisi une ligne claire : ne pas fuir le débat, mais y entrer prudemment.

« On doit vraiment aborder ça avec humilité », a expliqué le septuple champion du monde, interrogé sur les critiques visant l’organisation d’un Grand Prix dans un pays accusé par son voisin, la République démocratique du Congo, de graves violations du droit international.

Un projet africain, un contexte explosif

Depuis des années, Hamilton plaide pour le retour d’une course en Afrique. Pour lui, le continent ne peut pas rester le grand absent du calendrier. « L’Afrique est un endroit qui mérite d’avoir un grand prix. C’est plus qu’un pays, c’est le continent lui-même, et il y a tellement de beaux pays », a-t-il insisté.

Mais ce projet arrive dans un climat politique brûlant. La RDC a saisi la Cour internationale de justice, accusant le Rwanda d’avoir violé plusieurs traités internationaux portant sur la prévention du génocide, la discrimination raciale, les droits des femmes et la torture.

La cheffe de la diplomatie congolaise, Therese Kayikwamba Wagner, a dénoncé la tribune offerte, selon elle, au président rwandais Paul Kagame. Dans un communiqué, elle affirme qu’un tel événement contribuerait à « polir l’image d’un dirigeant autoritaire dont le gouvernement a contribué à alimenter une guerre dévastatrice » en RDC. Elle rappelle aussi que les États-Unis ont sanctionné l’armée rwandaise et quatre de ses officiers pour leur rôle présumé dans la déstabilisation de la région, des opérations militaires sur le sol congolais et le soutien au groupe rebelle M23.

La ministre va plus loin et met la Formule 1 face à ses responsabilités financières : elle estime que la discipline « devrait exiger des garanties crédibles et indépendantes qu’aucun argent utilisé pour accueillir la course ne provient de minerais liés au conflit ou de l’exploitation des ressources congolaises ».

Hamilton, entre engagement et prudence

Dans ce tumulte, Hamilton marche sur une ligne de crête. Il ne choisit pas le silence, mais refuse aussi les jugements expéditifs.

« Je ne choisis pas où nous allons », rappelle-t-il d’abord, pour situer son rôle. Puis il élargit le cadre. « Naturellement, il y a des problèmes partout dans le monde aujourd’hui, j’ai vu beaucoup d’histoires. Mais je pense qu’on doit vraiment aborder ça avec humilité. Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas. »

Le Britannique en profite pour pointer un angle mort plus large : l’ignorance du continent africain dans l’éducation occidentale. « En grandissant en Angleterre, on ne nous a jamais rien appris sur l’Afrique. Ça doit être au programme scolaire. Beaucoup des problèmes qu’ils ont là-bas sont encore les conséquences du colonialisme et de l’intervention de l’Occident », souligne-t-il.

Hamilton ne se contente pas de défendre l’idée d’un Grand Prix africain pour des raisons sportives ou commerciales. Il insiste sur ce que la F1 peut, selon lui, offrir de positif : une vitrine mondiale. « Les gens sont tellement adorables. La culture est si riche, et je pense que c’est important qu’on puisse la montrer au monde. On peut faire ça avec notre sport. On va dans tous ces pays différents, et les gens découvrent des endroits qu’ils ne connaissaient pas vraiment. »

Il décrit presque une chaîne de transmission : une course à l’écran, des discussions dans les salons, puis dans les cours d’école. « Tout à coup, ça devient quelque chose qui est sur l’écran, et les enfants en parlent. Ils vont à l’école en parlant de ça. Donc je suis vraiment, vraiment plein d’espoir pour ce grand prix », insiste-t-il.

Courir, mais sans détourner le regard

Hamilton ne cherche pourtant pas à enjoliver la réalité. Pour lui, aller au Rwanda ne signifie pas tourner le dos aux souffrances de la région.

« Y aller ne veut pas dire que vous négligez ce qui s’y passe », prévient-il. Il en appelle à la curiosité, presque à la responsabilité individuelle des fans, des acteurs du paddock, du grand public. « J’espère que beaucoup de gens vont commencer à s’éduquer un peu plus sur ce qui se passe là-bas et sur ce qui s’y passe depuis des centaines d’années. J’espère que ça va déclencher la conversation. »

Et puis il élargit encore le champ, bien au-delà du seul Rwanda, bien au-delà même de l’Afrique centrale. Sa dernière phrase claque comme un manifeste : « Je pense qu’on doit s’assurer qu’on pousse pour libérer le Congo, libérer le Soudan, libérer la Syrie, libérer la Palestine. Il y a beaucoup de paix que j’espère qu’on atteindra à un moment donné. »

La Formule 1 s’apprête à ouvrir une nouvelle page sur un continent trop longtemps laissé au bord de la piste. Reste à savoir si ce Grand Prix du Rwanda deviendra une simple vitrine sportive… ou un test grandeur nature de la capacité du sport à regarder en face le monde dans lequel il s’installe.