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Kimi Antonelli : Juste s’amuser avant le titre mondial

Kimi Antonelli arrive au Grand Prix des États‑Unis avec un sourire désarmant et une phrase qui sonne presque comme une provocation : « Juste s’amuser. » Le décor, pourtant, est tout sauf anodin. À Austin, le pilote Mercedes peut mathématiquement décrocher son premier titre de champion du monde de Formule 1.

Le calcul est simple, brutal, presque irréaliste. Antonelli doit gagner. George Russell, son équipier, doit finir au‑delà de la huitième place. Lewis Hamilton, désormais chez Ferrari, ne doit pas faire mieux que quatrième. Si l’Italien quitte le Texas avec au moins 125 points d’avance sur le reste du plateau, la couronne sera pour lui.

Pour l’instant, l’écart est déjà vertigineux : 102 points d’avance sur Russell, 111 sur Hamilton. Huit victoires en 17 courses. Une saison qui a changé de dimension.

C’est fou, donc je n’y pense pas

Face aux chiffres, Antonelli oppose une forme de détachement presque obstiné.

« C’est fou si on y pense, donc je préfère ne pas y penser », lâche‑t‑il.

Il sait que le scénario parfait penche plus du côté du conte que de la probabilité. « Il faut que quelque chose de catastrophique arrive aux autres pour que je devienne champion. Pour moi, il faut un week‑end parfait, et pour eux un mauvais résultat, ce qui est peu probable. »

Le ton reste léger, mais le message est clair : ne rien changer.

Dans le camion Mercedes, le matin, réunion avec Peter Bonnington, le célèbre « Bono ». Pas de grands discours, pas de plan spécial titre. « On s’est juste dit : “Amusons‑nous.” Garder exactement le même état d’esprit que toute l’année, une course après l’autre. »

La méthode fonctionne. Elle l’a porté jusqu’à ce week‑end où tout peut basculer, où il peut devenir le plus jeune champion de l’histoire de la F1.

« J’essaie juste de faire le meilleur possible à chaque week‑end, et on verra. Si je fais les choses bien, le résultat viendra. Rien de plus. Rien de moins.

Un rêve d’enfant à portée de main

Antonelli ne le cache pas : ce titre, il le porte en lui depuis longtemps. « C’est quelque chose dont je rêve depuis que je suis petit », confie‑t‑il. Le voir se dessiner, enfin, le laisse presque incrédule. « Me retrouver déjà dans une telle position, c’est incroyable. Mais en même temps, je dois continuer, continuer à pousser, ce n’est pas fini. On va d’abord essayer de finir le travail proprement et ensuite on pourra profiter du reste. »

Il sait ce que représenterait une telle consécration. « Ce serait une réussite incroyable. Mais il reste encore un peu de chemin. »

Un peu de chemin, six Grands Prix officiellement au calendrier, dont celui d’Austin. Six occasions de conclure une saison où il a effacé les doutes nés d’une première année compliquée en 2025.

Les rivaux conquis, Hamilton admiratif

Oscar Piastri chez McLaren, Oliver Bearman chez Haas, Isack Hadjar chez Red Bull : tous soulignent la même chose, la marche franchie par Antonelli entre sa première et sa deuxième saison. « Assez impressionnant », répètent‑ils.

Et puis il y a le regard de Lewis Hamilton. C’est son ancien baquet que le jeune Italien occupe chez Mercedes, depuis le départ du septuple champion vers Ferrari en 2025. Hamilton connaît le dossier par cœur : Antonelli a intégré le programme jeunes de l’écurie à 11 ans. Il l’a vu grandir, progresser, se durcir.

« Il n’a pas besoin de conseils », tranche Hamilton.

Le Britannique s’attarde sur son calme, sa façon d’aborder les week‑ends, sa capacité à garder la tête froide. « Il a fait un travail incroyable cette année, et j’en suis très fier. Fier de la manière dont il se comporte, de la façon dont il interagit avec les autres pilotes, même avec vous, les médias. C’est génial de le voir, lui et l’équipe, briller. Si ce n’est pas mon équipe, je dirai toujours que je veux voir mon ancienne équipe réussir. »

Le passage de témoin n’a jamais été aussi visible. Antonelli, lui, ne commente pas ce genre de symboles. Il se concentre sur la piste, sur Austin, sur ce week‑end où tout pourrait s’achever… ou se prolonger.

Une fin de saison sous tension géopolitique

Reste une ombre sur le calendrier. Il y a officiellement six courses à disputer, mais le paddock ne sait pas encore si les deux dernières, au Qatar et à Abu Dhabi, auront bien lieu. Les tensions au Moyen‑Orient, la guerre impliquant les États‑Unis, Israël et l’Iran, ainsi que le conflit avec les Houthis soutenus par l’Iran au Yémen, jettent un doute sur la tenue de ces rendez‑vous.

Les instances de la F1 assurent que tout est sous contrôle, qu’elles ont reçu les garanties nécessaires pour courir en sécurité. Le plan reste donc de maintenir les Grands Prix. En coulisses, pourtant, un plan B se prépare : Imola se tient prête à remplacer Abu Dhabi si la situation se dégrade.

Carlos Sainz, pilote Williams et directeur de la Grand Prix Drivers’ Association, ne cache pas sa réserve. À Austin, jeudi, il s’est dit surpris par la certitude affichée par les dirigeants de la discipline quant à la tenue des deux manches de fin de saison.

Il rappelle aussi un autre élément clé : les élections de mi‑mandat aux États‑Unis, prévues le 3 novembre. « C’est très difficile d’être convaincu aujourd’hui, parce qu’il se passe encore beaucoup de choses au Moyen‑Orient, et qu’il y a aussi une élection qui va avoir lieu aux États‑Unis, avec des événements politiques qui peuvent affecter le prochain mois, le prochain mois et demi, très soudainement. »

Pour lui, se dire déjà sûr de courir au Qatar et à Abu Dhabi relève de la précipitation. « C’est relativement prématuré d’être aussi convaincu. Mais en l’état, nous irons au Qatar et à Abu Dhabi, et si la FIA et la Formule 1 décident que c’est toujours sûr et un bon scénario, je pense que, nous, pilotes, devons suivre ce qu’ils disent. »

Puis il prévient : « Le monde peut beaucoup changer dans le prochain mois, le prochain mois et demi. Nous devons rester vigilants et réactifs à ce qui se passe, et pas juste y aller parce qu’on veut y aller maintenant. »

Entre fun et pression, Austin comme tournant

Dans ce contexte incertain, une chose reste limpide : la piste d’Austin parlera la première. Si les dominos s’alignent, Kimi Antonelli pourrait y écrire l’une des plus précoces histoires de gloire de la F1 moderne. Si ce n’est pas le cas, il repartira avec la même ligne de conduite, ce mantra presque enfantin dans un monde d’ingénieurs et de calculs : « Juste s’amuser. »

La question n’est plus de savoir s’il sera champion. Elle est de savoir quand, où, et avec quel panache.