RDC Sport

Australie : sous la pluie, un défi à relever contre l'Afrique du Sud

La pluie s’invite, s’installe, s’obstine. Sur ce terrain déjà détrempé la veille, chaque averse n’est plus seulement un contretemps : c’est une lame de plus dans le temps de jeu, une heure envolée, peut‑être davantage. On sait qu’après une grosse averse, il faut au minimum soixante minutes avant d’espérer reprendre. Ici, le deuxième jour avait déjà été rongé par un outfield spongieux, incapable de sécher malgré le soleil.

Aujourd’hui, le scénario se répète. Couvre‑terrains enlevés, horaires révisés, joueurs qui s’échauffent… puis la pluie revient, implacable. Couvre‑terrains remis. On recommence la danse. À chaque interruption, les overs fondent, et avec eux le défi qui attend l’Australie. Moins de balles à négocier, certes, mais aussi plus d’incertitude dans ce vestiaire qui guette le moindre signal depuis le bord du terrain.

Les officiels annoncent une possible reprise dans un quart d’heure. Personne n’y croit vraiment tant que les crampons ne mordent pas de nouveau la pelouse.

Une équipe australienne au bord du remaniement

Derrière les gouttes, une autre menace plane : celle des conséquences si cette rencontre bascule définitivement du côté sud‑africain. Une défaite ici, et le voyage à Cape Town se transformerait en mission survie pour une équipe déjà sous pression. Des changements se profilent en coulisses.

Le diagnostic est connu depuis un moment. Une attaque de très haut niveau, quel que soit l’âge des protagonistes. Un secteur qui tient le rang, qui gagne des matches à lui seul. Mais devant, un batting fragile, friable dès que les conditions ne tournent plus à son avantage. Quand les lanceurs dominent, les batteurs australiens grattent juste assez de runs pour que ça tienne – on l’a vu à Durban, à Mackay. Quand les quilleurs ne percent pas tout de suite, le château s’effondre – Darwin, Gqeberha, autant de rappels brutaux.

Dans ce contexte, les regards se tournent vers la composition. Si Cameron Green est apte pour Cape Town, quelqu’un devra sortir : les noms de Nic Maddinson, Beau Webster ou Marnus Labuschagne circulent naturellement. Si Josh Inglis revient en pleine forme, son profil de tête froide plaît beaucoup au staff. Deux changements d’un coup ne seraient pas une surprise.

Labuschagne, lui, est jugé sur des scores dans la haute trentaine. Ce n’est pas la pire “crise” statistique de l’histoire d’un batteur, loin de là. Webster, en revanche, semble avoir payé le prix d’un rôle flou. Relégué au numéro 7, quelques overs de temps en temps, jamais vraiment installé comme batteur de premier plan au 6, il a vu son excellent départ s’étioler au fil des matches. Quand un joueur ne sait plus exactement quel est son métier dans l’équipe, ses chiffres finissent par le crier pour lui.

Un vestiaire sous tension, un public accroché

Pendant que la pluie tambourine, les messages affluent. Supporters, observateurs, nostalgiques de cricket long format. L’un d’eux, expatrié britannique en Écosse, avoue se désintéresser totalement du “hit and giggle” à trois équipes qui se joue au Pakistan, mais rester scotché devant ce Test. C’est là que bat encore le cœur du jeu : cinq jours, de la patience, des revirements, des nerfs.

Le contraste est saisissant. Partout ailleurs, le calendrier déborde : ODI triangulaires, séries en cours aux Émirats arabes unis, en Nouvelle‑Zélande, en Afrique, rencontres féminines, T20 en rafale. Ici, un seul match, mais une dramaturgie qui engloutit tout le reste. “Le vrai quiz”, comme le résument certains.

Sur le terrain, ou plutôt sous les bâches, l’Australie sait qu’elle joue plus que des overs. Une partie de son identité récente se reflète dans ces dernières humiliations face à l’Afrique du Sud. Le 47 all out de Cape Town en 2011. Le 85 all out de Hobart en 2016, qui avait déclenché une purge de l’effectif. Désormais, ce 99 all out à Gqeberha, survenu un jour seulement après que les locaux ont dépassé les 400, pèse comme un nouveau chapitre d’une histoire qu’ils préféreraient oublier. Suivi d’un follow‑on encaissé à mi‑chemin du quatrième jour.

Trois sessions pour tout renverser

Le tableau, ce matin, est clair. L’Australie a été forcée de suivre, a déjà perdu quatre wickets dans sa deuxième manche et reste encore à 170 longueurs derrière. Pour espérer sauver ce Test, il faudra tenir trois sessions complètes, avec éventuellement une fin avancée par la mauvaise lumière. Trois sessions, c’est une éternité quand chaque erreur peut déclencher l’effondrement.

Travis Head se rapproche d’un cent, Scott Boland veille en nightwatchman. Derrière, Steve Smith traîne un cou raide, Alex Carey reste marqué par son horrible coup de la veille, puis viennent les trois quilleurs – Pat Cummins, Mitchell Starc, Josh Hazlewood. C’est ce groupe‑là qui doit bâtir un mur contre une attaque sud‑africaine reposée par une nuit complète.

Un scénario existe, mince mais réel : si les Australiens parviennent non seulement à survivre mais à marquer vite, ces 170 runs peuvent être comblés, puis dépassés. Chaque run supplémentaire, une fois la barre rattrapée, compterait double : il faudrait à l’Afrique du Sud du temps pour les reprendre, du temps qu’elle n’a peut‑être pas. Un avantage suffisant, dans un monde idéal, pour tuer le match avant même la fin des trois sessions.

La logique, pourtant, pointe ailleurs. Des lanceurs sud‑africains frais, six wickets à prendre, un adversaire ébranlé par son propre historique dans ces conditions. Une série qui resterait vivante en cas de victoire locale. Une équipe australienne qui, si elle s’écroule encore, n’échappera pas à la remise en question profonde, ni aux décisions difficiles avant Cape Town.

La pluie, elle, continue de tomber par intermittence. Chaque éclaircie ressemble à une invitation à reprendre. Chaque retour des nuages rappelle que, pour l’Australie, le temps file aussi vite que les wickets.