Australie en difficulté à Gqeberha sous la pluie et le vent
Sous les nuages capricieux de Gqeberha, l’Australie vit l’une de ses semaines de Test les plus inconfortables depuis longtemps. Le vent fouette St George’s Park, la pluie joue avec les nerfs de tout le monde, mais c’est surtout le batting australien qui prend l’eau.
La veille, les visiteurs se sont effondrés pour 99, contraints au follow-on pour seulement la troisième fois ce siècle. Et la nuit n’a pas apaisé les esprits : quatre autres wickets sont tombés dans la deuxième manche, laissant l’Australie à un pas du précipice.
Pendant ce temps, les Sud-Africains attendent, frustrés, que les nuages se vident une bonne fois pour toutes. Le temps perdu semble être le seul véritable allié des Australiens.
Marco Jansen, le maître du vent
S’il ne sourit presque jamais sur le terrain, Marco Jansen a eu toutes les raisons de le faire. Le géant sud-africain a signé une performance de Test majeure : 5-33 en 11 overs, après avoir déjà empilé 85 runs avec le bat mardi, son deuxième meilleur score en Test.
Dans des conditions taillées pour lui, il a fait parler le rebond et le seam à St George’s Park, bien plus vivant que Durban une semaine plus tôt. Ligne tendue, longueur parfaite, et surtout, un collectif derrière lui qui ne lâche rien. Les fielders ont tout gobé, des prises “stunning”, comme il l’a reconnu devant les journalistes.
Jansen l’a résumé simplement : en Test, tout repose sur la résilience et la capacité à répéter, encore et encore, les mêmes zones. L’Australie, elle, n’a pas tenu la cadence.
Un batting australien sans plan, ou incapable de l’appliquer
La question flotte dans l’air comme la bruine au-dessus du stade : y avait-il un plan, côté australien ?
Sur une surface qui, sur les 24 heures précédentes, avait semblé remarquablement docile, les batteurs visiteurs ont semblé perdus. Après l’illusion d’un sauvetage à Durban, porté par Matt Renshaw, les vieilles failles sont revenues en pleine lumière. Marnus Labuschagne, Nic Maddinson, Beau Webster : tous ont manqué leur rendez-vous au moment où la série demandait des épaules larges.
Le sélectionneur Andrew McDonald a refusé de “pendre” qui que ce soit en place publique. Pas de noms jetés sous le bus, mais un constat sans fard : son équipe vient de subir un “revers significatif”, quelques jours seulement après avoir été présentée comme un “très, très bon team”.
Labuschagne incarne ce paradoxe. Quarante-six manches de Test sans century. À Gqeberha, il avait pourtant remis l’Australie sur les rails aux côtés de Travis Head, un partenariat de 92 runs pendant que les bowlers sud-africains commençaient à fatiguer. Puis le choix fatal. Plutôt que d’enfoncer le clou, il décide d’attaquer Simon Harmer en plein vent, tente un coup aérien, se troue complètement et offre son wicket. Derrière, la digue cède, deux wickets supplémentaires tombent avant les stumps.
McDonald l’a admis : certains coups, certains joueurs aimeraient les reprendre. Quand on a fait le plus dur, il faut encaisser, transformer. “Ce n’a pas été le cas pour Marn.” Lui est déçu, le staff aussi. Et le tableau de score ne pardonne pas.
Le cou de Steve Smith, symbole d’un malaise plus profond
Comme si cela ne suffisait pas, l’Australie doit composer avec un Steve Smith diminué. L’ancien capitaine a souffert d’un sérieux problème au cou lors de la première manche. On l’a vu constamment changer de garde, ajuster sa position, chercher une façon de frapper la balle sans grimacer. Il a fini par être bowled, puis est resté au vestiaire au moment du follow-on, emmitouflé dans une couverture chauffante.
Le camp australien se veut rassurant : Smith devrait bien venir au bat aujourd’hui. Le staff médical travaille sur lui, et McDonald affirme que la blessure ne l’exclura pas de l’innings, qu’il avait simplement besoin de plus de temps de récupération que prévu après la première manche.
Smith, même à 100 %, est connu pour modifier sans cesse sa technique. Là, il était clairement limité. Reste une réalité froide : si l’Australie en arrive à compter sur un Smith diminué… ou sur Josh Hazlewood “à pleine forme de bat” pour sauver le match, c’est que tout le reste a déjà déraillé.
Le poids des absents et la fatigue des présents
Face à ce batting en miettes, on en viendrait presque à oublier que l’Afrique du Sud joue sans l’un de ses principaux strike bowlers. Anrich Nortje s’est blessé à l’aine droite lors de son quatrième over du match, après avoir pourtant pris le wicket de Labuschagne. Une alerte sérieuse, surtout après son énorme charge de travail au premier Test à Durban : 40 overs dans les jambes après trois ans et demi sans first-class cricket.
Les Proteas ne l’ont pas vraiment regretté lors de la première manche australienne, tant la faillite au bat a été brutale. Mais après avoir imposé le follow-on, se retrouver un bowler de moins pourrait finir par peser, si – et c’est un gros “si” au vu de la situation – l’Australie parvient enfin à s’accrocher.
La pluie, seule alliée australienne ?
Tout autour, le ciel hésite. Les radars météo se contredisent, les applications donnent des versions différentes, les commentateurs sur place parlent de pluie “légère et brumeuse” qui refuse de s’en aller. Les covers entrent et sortent, le début de journée est repoussé de 7h20 à 7h25 heure locale, puis encore. Une “rolling issue”, comme on la décrit sur le bord du terrain.
Pour l’Afrique du Sud, chaque minute perdue est une frustration de plus. Pour l’Australie, c’est une bouffée d’oxygène. Les prévisions annoncent des rafales jusqu’à 72 km/h, des averses par endroits, un ciel qui ne sait pas s’il veut vraiment ouvrir les vannes.
Dans les tribunes, dans les studios, on ressort les statistiques historiques pour tromper l’attente. La dernière fois que l’Australie a gagné un Test après avoir inscrit moins de 100 runs dans sa première manche remonte à Durban, en 1950. Ce jour-là, les Australiens avaient marqué 75 en réponse aux 311 des Sud-Africains, avant de renverser le match grâce à Ian Johnson, Bill Johnston et un Neil Harvey intouchable, auteur de 151*.
Personne ne croit vraiment à un remake. Pas avec ce batting-là, pas avec ce contexte-là. Mais le cricket vit de ces fantômes, de ces souvenirs qui entretiennent un mince espoir.
Une équipe au pied du mur… et une sélection sous pression
Derrière les rideaux de pluie, une autre tempête gronde : celle de la sélection. Labuschagne, Maddinson, Webster sont déjà pointés du doigt en vue du troisième Test à Cape Town. Les appels au changement montent, les débats s’enflamment, même si McDonald refuse de “livrer” publiquement ses batteurs.
Une semaine. C’est tout ce qu’il a fallu pour que l’image d’une équipe “très, très bonne” se fissure, pour que les mêmes doutes qu’avant Durban reviennent, amplifiés. Renshaw avait masqué les fissures. Gqeberha les a remises en pleine lumière.
Reste une question brûlante : cette journée, si elle a bien lieu, sera-t-elle celle d’un sursaut collectif… ou le point final d’une série qui oblige l’Australie à tout remettre à plat avant Cape Town ?




