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La pluie menace les carrières australiennes à St George’s Park

La pluie joue les trouble-fête à St George’s Park, et avec elle, c’est tout le destin d’une poignée de carrières australiennes qui semble suspendu sous les nuages de Gqeberha.

Les caméras de Kayo Sports ont d’abord montré le retour de la pluie, les grandes bâches tirées de nouveau sur le carré central, le vent poussant les rideaux d’averse comme pour accélérer le temps. Aucun horaire de reprise, juste l’attente. Puis, enfin, un signe : la couverture principale du carré de pitch commence à être retirée. Sur le bord du terrain, Steve Smith a les jambières, d’autres joueurs sont déjà en tenue. Le vestiaire se prépare comme si la partie allait reprendre d’un instant à l’autre.

Labuschagne, encore au bord du gouffre

Sur le terrain, la météo n’est pas la seule menace. La carrière de Marnus Labuschagne, elle aussi, traverse une zone de turbulences.

À St George’s Park, il a vécu une journée à oublier, renvoyé deux fois dans le même jour, symbole d’un malaise qui dure. Sa deuxième manche résume son moment de crise : 39 points au compteur, un semblant de contrôle, puis cette décision incompréhensible. Il tente de lever Simon Harmer avec un vent de face, la balle se plante dans l’air et offre à Marco Jansen une prise presque trop facile.

C’est le genre de coup qui marque les esprits. Pas seulement parce qu’il s’agit d’un wicket de plus, mais parce qu’il s’inscrit dans une série qui commence à peser lourd : plus de trois ans sans century en Test, et neuf scores entre 13 et 48 lors de ses quatorze dernières manches. Le palier des 30 points, pour lui, ressemble désormais à une zone minée.

Le sélectionneur Andrew McDonald ne s’en cache pas. Il en parle, encore et encore. « Il a fait beaucoup de travail une fois de plus, et j’ai l’impression de me répéter sur le nombre de scores dans les 30 qu’il a réalisés », constate-t-il. Pour lui, cette tranche de score est devenue « une période dangereuse » pour son numéro 3. Des débuts appliqués, une base solide, puis un choix de coup qui fait tout s’écrouler.

Et pendant que Labuschagne patine, la concurrence s’avance. Cameron Green, remis d’une douleur abdominale, et Josh Inglis, guéri d’une fracture au doigt, seront disponibles pour le troisième Test au Cap. Cooper Connolly et Sam Harper sont eux aussi sur le pont. La marge d’erreur rétrécit.

Smith, le cou raide mais l’influence intacte

Dans ce décor tendu, l’Australie a besoin de certitudes. Steve Smith en est une, même diminué.

Gêné par un problème à la nuque lors du quatrième jour, il n’a pas pris son poste habituel au bâton. Pourtant, tout indique qu’il sera bien sur le terrain pour tenter de sauver ce match. Josh Hazlewood, vétéran de l’attaque rapide, ne laisse planer aucun doute sur son importance : « C’est le meilleur du monde, donc nous aurons besoin de lui », glisse-t-il à Kayo Sports. Il ne précise pas à quel rang Smith entrera, seulement qu’« s’il n’est pas le prochain, ce sera celui d’après ». Une chose est sûre : « Nous le verrons. »

Autour de lui, le vestiaire retient son souffle. L’Australie joue gros, et Smith reste le bâton sur lequel toute une équipe s’appuie lorsque le sol se dérobe.

Patterson, Konstas, et la cruauté du temps

Cette fragilité des destins en Test cricket, Kurtis Patterson et Sam Konstas la connaissent déjà trop bien.

Patterson, d’abord. En 2019, il arrache sa place en sélection à la force du poignet, avec deux centuries pour une équipe Cricket Australia XI qui forcent la porte de la Test team face au Sri Lanka. Deux Tests, une moyenne de 144, un avenir qui semble tracé. Puis David Warner et Steve Smith reviennent de suspension après le scandale du sandpaper, et la porte se referme brutalement. Patterson ne rejouera plus pour l’Australie.

Cinq ans plus tard, c’est Sam Konstas qui vit le même vertige. À 19 ans, il frappe des centuries jumeaux en Sheffield Shield, s’offre une place dans le XI de Boxing Day, et signe 60 points pour un début en Test aussi brillant que prometteur. Moins de douze mois plus tard, il se retrouve déjà en dehors du groupe. Une ascension fulgurante, une chute tout aussi rapide.

Le parallèle est cruel. Deux talents, deux baggy green, et cette même vérité implacable : au plus haut niveau, le temps ne pardonne pas. Un mauvais timing, un retour de star, une série de scores moyens, et tout bascule.

Khawaja, l’humour pour dédramatiser

Dans ce climat de pression permanente, Usman Khawaja apporte un peu de légèreté. Récemment retraité, l’ouvreur ne tarde pas à se tourner lui-même en dérision.

En évoquant le souci à la nuque de Steve Smith, il lâche une pique pleine d’ironie, rappelant la passion de son ancien coéquipier pour le golf. Peut-être, suggère-t-il en riant, s’agit-il d’une blessure liée au swing. Une blague qui prend une saveur particulière quand on se souvient des critiques qu’il avait lui-même essuyées lors des Ashes l’été dernier, accusé de jouer trop au golf à l’approche des Tests alors qu’il souffrait de spasmes au dos. « Ça pourrait venir du golf, une blessure liée au golf », lance-t-il avant d’éclater de rire. Puis il s’arrête : « Trop tôt. Trop tôt. »

Un clin d’œil à la mémoire courte du public, mais aussi à la dureté du jugement quand les résultats ne suivent pas.

Entre nuages et menaces de changement

Pendant que les nuages glissent au-dessus de St George’s Park et que les bâches se replient lentement, l’Australie se tient à la croisée des chemins.

La pluie peut retarder la reprise, pas les décisions à venir. Marnus Labuschagne joue sa place à chaque manche. Steve Smith, même diminué, reste le phare dans la tempête. Derrière, Green, Inglis, Connolly, Harper attendent leur chance, prêts à s’engouffrer dans la moindre brèche.

Le cricket, dit-on, est une affaire de timing et d’un peu de chance. À Gqeberha, certains n’ont plus le luxe de laisser filer la moindre balle.