Sous la pluie, l’Australie respire face à l’Afrique du Sud
La pluie s’est invitée en Afrique du Sud… et l’Australie ne s’en plaint pas. À Gqeberha, le cinquième jour du deuxième Test n’a toujours pas vraiment commencé : le coup d’envoi prévu à 08h45 BST a été repoussé, les couvre-sols solidement arrimés après des averses matinales. Chaque minute perdue sous les nuages offre un peu d’oxygène à une équipe australienne au bord d’une défaite retentissante face à l’Afrique du Sud.
La veille, le script avait pris des allures de séisme. L’Australie a été contrainte au follow-on, seulement pour la troisième fois en 38 ans. Une rareté statistique, mais surtout un verdict brutal sur la performance de son ordre supérieur. Des carrières se retrouvent soudain sous examen minutieux, chacune de leurs erreurs rejouée dans les salons de sélectionneurs comme dans les studios télé.
À des milliers de kilomètres de là, en revanche, l’Angleterre avance sans ce poids-là sur les épaules.
Score : Eng 31-0.
Le décor : un début de poursuite maîtrisé, sans éclat excessif, mais avec un homme déjà bien lancé – Tom Banton.
Face à Dilshan Madushanka, Banton enchaîne deux coups d’autorité. D’abord, il se recule sur un court longueur, utilise le rebond et guide la balle avec finesse à travers le point. Sur la suivante, il s’ouvre un peu plus, se cale sur ses appuis et fracasse la balle dans les couvertures, trop vite pour le champ extérieur lancé à sa poursuite.
Banton monopolise la lumière. Il a fait face aux 21 dernières livraisons. De l’autre côté, Ben Duckett attend, presque spectateur, trois runs sur huit balles, le regard sans doute fixé sur un partenaire qui a déjà pris le contrôle du tempo.
Alex Hartley, ancienne internationale anglaise, résume l’entame : début prudent, mais logique. L’extra rebond dans la surface impose un certain respect. Asitha Fernando, lui, s’en tient au plan le plus simple et souvent le plus efficace : viser les stumps, encore et encore. Cinq premiers overs, et un constat clair : bras de fer équilibré, aucun camp n’a encore fait plier l’autre.
Le moteur s’allume
Le tableau de bord s’éclaire vraiment à Eng 18-0. L’Angleterre a mis quelques overs à sortir du ralenti, puis Banton décide d’appuyer franchement sur l’accélérateur dans le quatrième over.
Il déclenche le premier boundary du match, un edge qui file jusqu’à la corde au troisième homme. Eshan Malinga se jette, mais s’emmêle et laisse la balle passer. Le ton change immédiatement. Banton en profite : drive plein axe, puis frappe sèche à travers les couvertures, trois fours consécutifs face à Madushanka. Le message est clair : l’Angleterre ne compte pas s’enliser dans une phase d’observation sans fin.
Quelques instants plus tard, à Eng 23-0, Banton continue de grignoter la marge. Deux doubles, bien travaillées côté leg face à Asitha Fernando, puis un simple pour grimper à 20 runs sur 22 balles. Duckett, toujours discret, reste à trois sur huit. Le contraste est saisissant : un ouvreur en feu, l’autre en veille.
Les leçons de la veille dans un tri-série piégeux
En toile de fond, ce match s’inscrit dans un tri-série où le ton a déjà été donné par le Pakistan. Deux victoires, nettes : 37 runs contre le Sri Lanka, 87 contre l’Angleterre. Une équipe en contrôle, qui a puni chaque baisse d’intensité adverse.
Steven Finn, ancien rapide anglais, pointe précisément là où l’Angleterre s’est perdue face aux Pakistanais : les middle overs avec la balle. Manque d’intention, manque de recherche de wickets. Laisser l’adversaire s’installer, c’est lui donner la permission de frapper plus fort. Quand les limites commencent à pleuvoir, les bowlers reculent, deviennent défensifs. Le Pakistan a su exploiter cette faille. L’Angleterre, si elle veut exister dans ces conditions, doit apprendre à maintenir la pression au cœur des innings, batte comme balle en main.
Le calendrier, lui, se déplace bientôt vers Lahore, avec encore trois rencontres de groupe avant une finale entre les deux premiers. Pakistan a déjà posé sa carte sur la table. L’Angleterre et le Sri Lanka se disputent le droit de rester dans le sillage.
Les capitaines dévoilent leur plan
À Rawalpindi, le toss offre un premier tournant tactique : Kusal Mendis gagne et choisit de lancer. Le Sri Lanka veut profiter de la probable rosée en deuxième partie de match, balle glissante, surface plus rapide. Stratégie claire : limiter l’Angleterre, puis gérer une poursuite pleine, si possible jusqu’au 50e over, même pour une cible de 300.
Mendis ajuste légèrement son XI : Colombage sort, Dunith Wellalage entre. Une rotation ciblée, pas une révolution.
En face, Harry Brook ne se cache pas : l’Angleterre aurait pris la batte de toute façon. La surface lui semble un peu plus sèche, un peu plus dure, donc propice à un gros total en première manche. L’idée est simple : imposer le score, transférer la pression sur le camp d’en face. Mais Brook ne fuit pas l’autocritique. Il pointe, lui aussi, les middle overs au bâton contre le Pakistan : trop de prudence face aux spinners, pas assez de pression renvoyée au lanceur. L’Angleterre doit frapper plus tôt, plus souvent, au lieu de s’enfermer dans un rythme timoré.
Dans son équipe, deux changements notables : Liam Dawson et Josh Tongue entrent, Sonny Baker et surtout Adil Rashid sortent. Voir Rashid « rotaté » est un événement en soi, tant il reste une pièce maîtresse du dispositif anglais en balle blanche. Mais la gestion d’un tri-série et des charges de travail impose parfois des décisions fortes.
Pendant que la pluie, au loin, protège peut-être l’Australie d’une humiliation historique, l’Angleterre, elle, n’a pas ce luxe. Tom Banton a déjà mis le ton, la structure de l’innings se dessine, les leçons de Pakistan planent toujours au-dessus de cette équipe.
Reste une question : saura-t-elle transformer ces promesses d’intention en victoire tangible avant que Lahore ne redistribue toutes les cartes ?




