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Atlanta Dream : une victoire éclatante à State Farm Arena

State Farm Arena, mercredi soir, n’était plus une salle. C’était une déclaration.

Les Atlanta Dream, enfin installées dans leur antre du centre-ville pour ce match 3 des finales WNBA face aux Golden State Valkyries, ont trouvé exactement ce qu’elles cherchaient : un chaudron. Kerry Washington, Ludacris, Cam Newton au bord du parquet, Quavo et TI pour assurer le show à la mi-temps, d’autres rappeurs de la ville pour remplir chaque temps mort prolongé. Atlanta avait sorti son carnet d’adresses. Mais la vraie star, ce fut le public.

17 608 personnes. Toutes ou presque en T-shirts bleu ciel, serviettes de rallye en main. Elles ont chanté, crié, hurlé sur chaque contact. Le vacarme était tel, dès le premier quart-temps, qu’on ne distinguait plus le coup de sifflet de l’arbitre depuis la tribune presse. Et elles sont restées. Jusqu’aux deux dernières minutes, le temps de filer avant les embouteillages, pendant que la sono crachait “All I Do Is Win” de DJ Khaled et que la salle, debout, raccompagnait les Valkyries d’un rugissant “ATL hoe!” devenu cri de guerre officieux.

Au milieu de ce tumulte, Angel Reese découvrait une autre dimension du basket. Une version XXL. 21 points, 12 rebonds, un sourire incrédule en conférence de presse. Elle parlait des shows de fin de quart-temps, des performances pendant les temps morts, des odeurs de poulet et de poisson qui montaient des buvettes, de ce “blue-out” total dans les tribunes. Elle n’avait même pas eu le temps d’apercevoir Kerry Washington. À Atlanta, on ne sait jamais qui va surgir au bord du parquet. Et c’est tout le charme de “the A”.

Une ville étrange

Ville étrange, Atlanta, sur le plan sportif. Une place forte de la culture, mais un public souvent échaudé par des équipes qui promettent beaucoup et livrent peu, ou trop tard. Les supporters ont appris à se protéger : une équipe de cœur ici, une autre au loin, histoire de diluer les déceptions. On part tôt quand la défaite se profile, en se persuadant qu’on “évite les bouchons”. On profite du son, on chante, on “swag surf”. On se divertit, à défaut d’y croire à fond.

La dernière fois qu’un match de playoffs de basket s’était joué à State Farm Arena, le décor était tout autre. Les Knicks avaient écrasé les Hawks pour conclure leur série du premier tour à l’Est. À la fin, les fans new-yorkais avaient quasiment vidé la salle de ses supporters locaux et de ses VIP. Hawks menés de 40 points, Young Joc et Lil Boosie sur scène pour des spectateurs qui dodelinaient à peine. La scène avait résumé, à elle seule, l’impression d’un sport local pas tout à fait sérieux.

Puis les Dream ont surgi en finales WNBA. Et aussitôt, un casse-tête : impossible, a priori, de jouer à State Farm Arena, leur domicile occasionnel. Les Hawks, locataire principal, ouvraient leur saison. Un concert de Sombr était programmé. Atlanta se voyait contrainte d’organiser son premier match de finales en 13 ans dans une petite salle d’aéroport de 3 500 places, faute de disponibilité des arénas universitaires ou de la salle de concert de 13 000 places en banlieue.

Le contraste avec le Chase Center, écrin NBA où les fans des Valkyries ont bâti “Ballhalla”, l’un des environnements les plus hostiles de la ligue, aurait été brutal. Sur le parquet, dans les tribunes, dans la composition sociale et raciale des publics, tout aurait opposé les deux mondes. Un sujet explosif en puissance. Un travail commun des deux franchises, de la ligue et de l’aréna a finalement permis de ramener ces finales à State Farm. Et, avec lui, une tout autre histoire.

Car mercredi, Atlanta a prouvé qu’avec une équipe qui en vaut la peine et une salle à sa mesure, elle sait créer un véritable avantage maison. Trois fois déjà, les Dream avaient atteint les finales. Trois fois balayées. Personne n’y pensait vraiment cette nuit-là.

Pas quand les Valkyries sont restées muettes pendant les cinq premières minutes, étouffées par la défense d’Atlanta, qui reprenait exactement là où elle s’était arrêtée lors du match 2. Pas quand Reese se tournait vers le banc de Golden State après des lay-ups musclés, provoquant la fureur du public, avant d’ajouter deux tirs à trois points totalement ouverts, sous les yeux de sa coach universitaire, Kim Mulkey, venue en tailleur bleu assorti à la salle. Pas quand la longueur et la vitesse des Dream venaient gripper la mécanique si bien huilée de l’attaque californienne, obligeant Golden State à des tirs forcés en fin de possession.

Les Valkyries n’ont survécu qu’en s’accrochant à la ligne à trois points. Cecilia Zandalasini et Gabby Williams ont arrosé de loin, réduisant l’écart à six unités à la pause. Zandalasini, parfaite derrière l’arc jusque-là, a même permis aux siennes de revenir à 48-48 dans le troisième quart-temps. On croyait alors voir le scénario basculer.

Il n’en a rien été.

Une équipe qui se targue d’avoir de la profondeur et de l’équilibre s’est retrouvée prise à son propre jeu. Les Dream ont dominé dans les domaines qui font la réputation de Golden State : lecture des écrans, agressivité sur les lignes de passe, capacité à transformer chaque interception, chaque rebond offensif, en points de transition.

Rhyne Howard, l’une des trois joueuses d’Atlanta nommées dans la All-Defensive Team la semaine précédente, a signé une marque historique : première joueuse à réaliser au moins cinq interceptions lors de deux matches de finales consécutifs. Reese, fraîchement élue meilleure défenseuse de l’année, est devenue la plus jeune joueuse de l’histoire de la ligue à enchaîner trois double-doubles en finales. Elle a rejoint A’ja Wilson dans un club très fermé : au moins 20 points et 10 rebonds sur deux matches de finales d’affilée.

Le banc de Golden State a bien tenté de maintenir le navire à flot, dominant celui d’Atlanta 38-27 au scoring. Statistique flatteuse, influence limitée. Car les titulaires des Valkyries ont été muselées. Kiah Stokes, Veronica Burton et Kayla Thornton n’ont cumulé que cinq petits points, à 2 sur 11 au tir. Trop peu pour résister à une équipe d’Atlanta qui sentait le sang et ne lâchait plus sa proie.

Score final : 97-71. Une claque. Un message.

State Farm Arena a vibré comme rarement pour du basket féminin, et la ville, si souvent moquée pour sa tiédeur sportive, a montré un autre visage. Reste une question, désormais : si ce genre de nuit devient la norme, qui osera encore dire qu’Atlanta n’est pas une ville de basket ?