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Marco Jansen : le géant du cricket sud-africain

À Gqeberha, sous le ciel changeant de St George's Park, un homme a pris la série contre l’Australie à bras-le-corps. Marco Jansen n’a pas seulement signé une grande performance. Il a imposé sa loi sur un Test match entier.

Un 85 précieux avec la batte. Un cinq wickets avec la balle. Et, au bout de quatre jours, une Afrique du Sud à six scalps d’une victoire qui relancerait la série et leur défense du trophée conquis à Lord’s lors de la dernière finale du World Test Championship.

Ce n’est pas un hasard si Dale Steyn, l’un des plus grands qu’ait connus le pays, a lâché une phrase qui claque : Jansen est, selon lui, « actuellement le meilleur cricketer du monde ». Un jugement fort, presque provocateur, mais qui prend un relief particulier au vu de ce que le gaucher de 2 mètres a produit à Gqeberha.

Graeme Smith l’avait annoncé

Dale Steyn n’est pas seul. Graeme Smith, ancien capitaine emblématique des Proteas, avait déjà prévenu : Marco Jansen deviendra le meilleur all-rounder du monde. Ce qui ressemblait à une prophétie prend peu à peu des airs de constat.

Les chiffres viennent appuyer ces voix d’autorité. Dans le classement ICC des all-rounders en Test, un seul homme devance aujourd’hui Jansen : Ravindra Jadeja. Le Sud-Africain a 26 ans, et il regarde déjà le sommet de très près.

L’intéressé, lui, encaisse les compliments, mais refuse de s’y perdre.

« C’est agréable d’entendre ce genre de commentaires », admet-il. Puis il ouvre une fenêtre sur son univers intérieur, bien loin de l’image du colosse imperturbable. « Parfois je suis un peu fou dans ma tête. Je reste éveillé tard le soir et je réfléchis à la façon dont je veux jouer et à qui je veux être comme cricketer. Ce sont des questions profondes et difficiles que je me pose. »

Ce n’est pas le discours d’un joueur qui se contente de surfer sur son talent. C’est celui d’un homme obsédé par le rôle qu’il veut endosser.

« À la fin de la journée, je veux juste être un joueur sur lequel l’équipe peut s’appuyer. Surtout dans les moments durs. »

Un Test façonné à son image

Ce deuxième Test contre l’Australie porte déjà sa signature. Son 85 au bâton a donné de l’épaisseur à l’avance sud-africaine, un innings qui a changé le ton du match. Puis la balle a pris le relais. Longiligne, rythmique, Jansen a brisé la résistance australienne avec un cinq wickets qui a planté le décor du dernier jour.

Les Proteas sont maintenant en position de force. Série à égaliser, confiance à rebâtir, statut à défendre dans ce World Test Championship où ils ont encore en tête le trophée soulevé à Lord’s. Mais Jansen le sait : tant que le dernier wicket n’est pas tombé, rien n’est acquis.

En face, Travis Head est toujours là, invaincu à 87*. Un roc au sommet de l’ordre australien. Et derrière lui, des noms qui imposent le respect : Steve Smith, Alex Carey. Autant de raisons de ne pas croire à une formalité.

« Le Test cricket, c’est la résilience, combinée à la constance. C’est très facile de laisser filer le match », rappelle Jansen. « Pour nous, tout tourne autour du fait d’essayer de faire la bonne chose le plus longtemps possible. »

Le plan est simple, presque brutal dans sa clarté : répéter, encore et encore, les mêmes longueurs, les mêmes lignes, la même discipline. Sans se laisser happer par l’enjeu.

« La résilience, ce n’est pas seulement quand tu as le dos au mur. La résilience, c’est aussi prendre de bonnes décisions et s’y tenir. Le Test cricket teste chaque aspect de toi, donc tu dois avoir cette attitude : peu importe ce qui arrive, je reviendrai encore et encore et encore. »

Une dernière journée comme révélateur

Jeudi, Jansen reviendra. Il l’a promis. Pas dans les mots, mais dans l’attitude. Il sait que pour que ses performances sur quatre jours pèsent vraiment dans l’histoire, il devra terminer le travail, aider à faire tomber ces six derniers wickets et offrir à l’Afrique du Sud une victoire qui remettrait les Proteas au cœur de la course.

Il y a des Tests qui forgent des réputations. D’autres qui les confirment. Celui de Gqeberha peut faire les deux pour Marco Jansen.

Dale Steyn l’a déjà placé tout en haut. Graeme Smith voit en lui l’avenir du poste d’all-rounder. Les classements le hissent aux portes du trône.

Reste une question, simple et tranchante, à laquelle seule cette saison pourra répondre : jusqu’où ce géant sud-africain peut-il encore pousser les limites de son propre jeu ?