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Lewis Hamilton appelle à l'humilité sur le Grand Prix du Rwanda

Lewis Hamilton se retrouve au cœur d’un débat qui dépasse largement les limites d’un circuit. Alors que la Formule 1 a officialisé un accord de dix ans avec le Rwanda pour accueillir un Grand Prix à partir du début des années 2030, le septuple champion du monde défend l’idée d’une course en Afrique, tout en reconnaissant la complexité politique et humaine du dossier.

« Je n’ai pas mon mot à dire sur les lieux où nous allons. Naturellement, il y a des problèmes partout dans le monde aujourd’hui », rappelle le Britannique, engagé depuis des années pour un retour de la F1 sur le continent africain. « Je pense qu’il faut vraiment aborder ça avec humilité. Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas. »

Un continent absent des manuels scolaires

Hamilton ne s’arrête pas au simple argument sportif. Il met en cause le regard biaisé, et souvent lacunaire, que l’Occident porte sur l’Afrique.

« En grandissant en Angleterre, on ne nous a jamais rien appris sur l’Afrique. Ça doit être dans les programmes scolaires », insiste-t-il. À ses yeux, nombre de difficultés actuelles trouvent leurs racines dans l’histoire : « Beaucoup des problèmes qu’ils ont là-bas sont encore les conséquences du colonialisme et des interventions de l’Occident. »

Pour lui, un Grand Prix ne se résume pas à une ligne de plus au calendrier. C’est une vitrine. Un projecteur braqué sur un continent qu’il juge trop souvent réduit à ses crises. « L’Afrique est un endroit qui mérite d’avoir un Grand Prix. C’est plus qu’un seul pays. C’est le continent lui-même, et il y a tellement de pays magnifiques », souligne-t-il.

Il insiste sur ce que la F1 peut montrer au monde : « Les gens y sont adorables. La culture est tellement riche, et je pense que c’est important qu’on puisse montrer ça au monde. On va dans tous ces pays, et les gens découvrent des endroits dont ils ne savaient presque rien. Tout d’un coup, ça arrive sur les écrans, et les enfants en parlent. Ils vont à l’école en parlant de ça. Donc j’ai vraiment, vraiment bon espoir pour ce Grand Prix. »

Un projet sous le feu des critiques régionales

L’enthousiasme sportif se heurte toutefois à un contexte explosif. Le Rwanda est visé par une plainte déposée devant la Cour internationale de justice par son voisin, la République démocratique du Congo. Kinshasa accuse Kigali d’avoir violé plusieurs traités internationaux liés à la prévention du génocide, à la discrimination raciale, aux droits des femmes et à la lutte contre la torture.

La cheffe de la diplomatie congolaise, Therese Kayikwamba Wagner, a dénoncé publiquement la perspective de voir la F1 s’installer au Rwanda. Selon elle, offrir cette tribune au président Paul Kagame reviendrait à « polir l’image d’un dirigeant autoritaire dont le gouvernement a contribué à alimenter une guerre dévastatrice dans notre pays ».

Elle rappelle que les États-Unis ont sanctionné l’armée rwandaise et quatre de ses officiers pour leur rôle dans la déstabilisation de la région, la conduite d’opérations militaires sur le sol congolais et le soutien, la formation et les combats aux côtés du groupe rebelle M23.

La ministre va plus loin en posant une exigence claire au monde du sport : la F1, dit-elle, devrait exiger des garanties crédibles et indépendantes que l’argent utilisé pour organiser la course ne provienne ni de minerais liés aux conflits, ni de l’exploitation des ressources congolaises.

« Y aller ne veut pas dire fermer les yeux »

Hamilton, lui, refuse l’idée qu’un Grand Prix puisse servir d’écran de fumée. Il veut que la course s’accompagne d’un débat lucide.

« Y aller ne veut pas dire que vous négligez ce qui s’y passe », prévient-il. Il espère au contraire que la présence de la F1 au Rwanda poussera les fans, les médias et les décideurs à se pencher davantage sur l’histoire et l’actualité de la région : « J’espère que beaucoup de gens vont commencer à s’éduquer un peu plus sur ce qui s’y passe et sur ce qui s’y est passé depuis des centaines d’années. J’espère que ça va déclencher la conversation. »

Le Britannique élargit alors le cadre, bien au-delà des frontières rwandaises ou congolaises. Il dresse la liste des foyers de souffrance qui, selon lui, doivent rester au premier plan des consciences : « Je pense qu’il faut qu’on s’assure de pousser pour libérer le Congo, libérer le Soudan, libérer la Syrie, libérer la Palestine. J’espère qu’un jour, on atteindra beaucoup plus de paix. »

Entre l’ambition d’un retour historique de la F1 en Afrique et les plaies béantes de la région des Grands Lacs, le futur Grand Prix du Rwanda ne sera pas un simple rendez-vous de vitesse. Il s’annonce comme un test : jusqu’où le sport peut-il prétendre célébrer, exposer et inspirer, sans se détourner des ombres qui entourent ses circuits ?

Lewis Hamilton appelle à l'humilité sur le Grand Prix du Rwanda