Shadab Khan renverse l'Angleterre à Lahore
On croyait le Pakistan condamné. Un stade figé, un vestiaire abattu, un tableau d’affichage impitoyable : 154 pour 9, à la poursuite de 242. Il ne restait qu’un mince fil d’espoir, un dernier guichet, et Shadab Khan au milieu de la tourmente.
Quatre-vingt-neuf runs plus tard, ce fil s’était transformé en corde solide. L’Angleterre, elle, venait de basculer au bord de l’élimination.
Un chef‑d’œuvre de Shadab
Shadab Khan a signé une manche dont on parlera longtemps à Lahore : 113* sur 96 balles, son meilleur score en ODI, son tout premier cent en sélection, et surtout une œuvre de survie et de nerfs. Face à lui, en numéro 11, Haris Rauf, 7* sur 19 balles, a tenu comme un roc. Pas spectaculaire, mais vital. Ensemble, ils ont tissé la plus grande association pour le dernier guichet de l’histoire en poursuite victorieuse en ODI.
Le décor était presque cruel pour l’Angleterre. La défense semblait tenir, la pression montait balle après balle, et Shadab approchait de son cent. À 97, l’arbitre lève le doigt sur une demande de lbw d’Atkinson. Silence. Shadab demande la DRS. L’écran géant libère un rugissement : décision renversée, il reste. Le match bascule là. L’Angleterre ne s’en remettra pas.
Le Pakistan finit par arracher une victoire inimaginable, par un wicket, dans une atmosphère électrique. Avec ce succès, les hôtes décrochent leur billet pour la finale de la tri-série. L’Angleterre, elle, se retrouve dos au mur.
Duckett brille, le reste s’effondre
La journée anglaise avait pourtant commencé sous de bons auspices. Ben Duckett a tenu son rang avec autorité : 105 sur 111 balles, son troisième cent en ODI, construit avec patience et timing. Il a été le seul à dompter vraiment l’attaque pakistanaise.
Autour de lui, le vide ou presque. Les batteurs anglais se sont enchaînés sans jamais réellement imposer le tempo. La ligne de score finale, 241 tous out en 46,4 overs, raconte une histoire de promesse gâchée. Sur cette surface et dans ces conditions, c’était trop peu.
Shaheen Shah Afridi a mené la charge côté pakistanais. Son 4 pour 46 a découpé la colonne vertébrale anglaise, étouffant chaque tentative de relance. À chaque fois que l’Angleterre semblait pouvoir accélérer, Shaheen est revenu frapper. Les derniers overs, qui devaient être un tremplin, se sont transformés en frein à main.
Overton et Dawson croient avoir fait le plus dur
Avec 241 à défendre, l’Angleterre n’avait pas de marge. Elle a compensé par l’intensité. Jamie Overton, incisif, a pris 3 pour 43, Liam Dawson a étouffé le milieu d’ordre avec 2 pour 19. Les deux ont mis le Pakistan sous l’eau très tôt.
Le Pakistan chute à 74 pour 3, puis s’enfonce inexorablement. Les wickets défilent, la tension grimpe. À 154 pour 9, le banc anglais commence à respirer. Sur le papier, le travail est fait. Dans la réalité, Shadab n’a pas encore dit son dernier mot.
La pression change alors de camp. Chaque run de Shadab rapproche le Pakistan, chaque défense de Rauf arrache un soupir anglais. Les champs se resserrent, les visages se ferment. L’Angleterre tente de varier, cherche la balle magique. Elle ne viendra pas.
La dernière association devient un supplice pour les visiteurs. Les limites tombent au mauvais moment, les singles se glissent dans les intervalles, et la panique s’invite en coulisses. Quand le run victorieux est frappé, le stade explose. Les Anglais, eux, restent figés, sonnés.
L’Angleterre au bord du gouffre
Cette défaite n’arrive pas seule. Elle suit déjà un traumatisme : la remontée record du Sri Lanka, jeudi, deuxième plus grande poursuite victorieuse de l’histoire en ODI contre cette même Angleterre. Deux claques en quelques jours, deux fins de match arrachées dans la douleur.
Conséquence directe : l’Angleterre n’a plus le droit à l’erreur. Pour espérer voir la finale de cette tri-série, elle doit impérativement battre le Sri Lanka lors de son dernier match de poule à Lahore. Sans ça, la route s’arrête là.
Le Pakistan, lui, a déjà validé son billet. Avec un dernier guichet héroïque, un cent de Shadab qui entre dans la légende locale et une nuit où le Gaddafi Stadium a vacillé, la tri-série a peut-être trouvé son moment fondateur.
Reste une question brûlante : après deux effondrements en fin de match, l’Angleterre saura-t-elle encore se relever à temps ?



