Angleterre perd à Lahore : un match incroyable contre le Pakistan
Pakistan 243-9 (47,1 overs) bat Angleterre 241 (46,4 overs) – Pakistan s’impose d’un wicket
On croyait avoir tout vu jeudi. On se trompait. À Lahore, l’Angleterre a réussi l’impensable : perdre un match déjà gagné, renversée par un numéro 8 en état de grâce et un numéro 11 qui n’a presque jamais lâché sa batte.
Shadab, du bord du gouffre à l’histoire
À 154-9, la partie semblait pliée. Pakistan courait après 242, l’Angleterre tenait enfin son match de rattrapage après la débâcle face au Sri Lanka. Il ne restait qu’un wicket à prendre, 88 runs à défendre. Entrent alors Shadab Khan et Haris Rauf, dernière paire, dernier espoir. On parlait de sauver l’honneur, pas de réécrire les livres de records.
Shadab va pourtant transformer une mission impossible en chef-d’œuvre. 113* sur 96 balles, la plus haute marque jamais réalisée par un numéro 8 en ODI. Un coup d’œil au tableau de score suffit à mesurer l’ampleur de l’exploit : un stade tétanisé, un vestiaire anglais incrédule.
Face à lui, Rauf. Numéro 11, sept runs seulement au final, mais une résistance de 80 balles à deux, dont 19 pour lui. Assez pour bâtir une partnership de 89 runs, nouveau record pour un dernier wicket dans une victoire en ODI. Assez pour faire basculer une série et peut-être une préparation de Coupe du monde.
Le moment clé ? Il est presque surréaliste. Shadab, 97 au compteur, est frappé sur le tibia par un full toss de Gus Atkinson. L’arbitre lève le doigt. L’Angleterre explose de soulagement. Les joueurs se serrent la main, certains ont déjà tourné le dos. Shadab, lui, marche vers la sortie, demande un review presque par réflexe, sans grande conviction.
Le DRS dévoile alors une minuscule déviation intérieure. Décision renversée. Shadab se prend la tête entre les mains, Rauf l’enlace. Le match vient de changer de dimension.
Une fin électrique, une Angleterre impuissante
À partir de là, chaque balle devient un test de nerfs. Rauf se retrouve embarqué dans une altercation avec Will Jacks après un bouncer de Sam Curran non signalé wide. La tension grimpe, l’Angleterre cherche à perturber, à casser le rythme. Rien n’y fait.
Tom Banton a même une opportunité de run-out depuis le mid-on, alors qu’il reste encore 18 runs à défendre. La balle frôle le but, mais ne touche pas. Une micro-erreur de plus dans une fin de match où chaque détail compte.
Shadab gère le strike avec une maîtrise glaciale. Rauf défend, encore et encore : 18 balles sans la moindre velléité offensive. Puis vient la 19e. Henry Crocombe, pour son premier match, envoie une balle que Rauf catapulte plein champ pour quatre. Batte lancée en l’air, course folle, Pakistan exulte. Il reste 17 balles, mais le coup de grâce est porté.
L’Angleterre, elle, reste figée. Tête basse, plans éparpillés, aucune réponse quand il fallait ce dernier éclat, cette dernière balle parfaite.
Duckett brille, mais l’histoire le balaye
Le scénario est d’autant plus cruel que l’Angleterre avait fait l’essentiel avec la balle. 241 runs, ce n’était pas un total intimidant dans des conditions honnêtes pour les batteurs. Ben Duckett avait pourtant montré la voie avec un 105 précieux sur 111 balles, tandis que seuls Sam Curran et Gus Atkinson dépassaient la barre des 20. Une manche solide, sans être flamboyante, mais suffisante pour garder l’Angleterre dans le match.
La réponse anglaise au lancer avait été exemplaire pendant longtemps. Jamie Overton, surtout, a livré un marathon : 10 overs d’un bloc, 3-43, une rareté dans le cricket anglais moderne, aucun pacer n’ayant enchaîné dix overs de suite en ODI depuis 2017. Ligne, longueur, intensité, tout y était.
À 154-9, ce travail semblait récompensé. La série pouvait enfin s’inverser. Puis Shadab a commencé à frapper, à trouver les intervalles, à transformer chaque erreur de longueur en punition. L’Angleterre a alors reculé, resserré le champ autour de Rauf, tenté de contenir Shadab au lieu de le déloger. Les réunions se sont multipliées, les idées se sont épuisées.
Rien n’a fonctionné.
Une série qui tourne au cauchemar
Trois matches, trois défaites. Deux d’entre elles dans des circonstances qui hanteront longtemps ce vestiaire. Jeudi, les batteurs avaient fracassé les records avant de voir les lanceurs s’effondrer face à une poursuite monumentale du Sri Lanka. Dimanche, les rôles s’inversent : les lanceurs dominent, serrent l’étau, puis craquent au moment de conclure.
Les absences sont bien réelles : pas de Jofra Archer, pas de Jos Buttler, pas de Jacob Bethell, et Adil Rashid laissé de côté, tandis que Josh Tongue soigne un orteil. Mais ce que cette tri-série révèle surtout, c’est une incapacité criante à gérer les fins de match sous pression.
Quand l’instant devient décisif, l’Angleterre se fige. Pas de variation géniale, pas de coup de folie inspiré, pas de leader pour imposer un plan clair. Juste une équipe qui regarde la vague lui passer dessus.
Les performances encourageantes de Duckett et Overton risquent de disparaître dans le bruit de cette nouvelle débâcle. Duckett avait besoin de ce cent, alors que sa place suscite des débats. Overton avait envoyé un message fort avec sa longue séquence au lancer. Pourtant, ce que l’on retiendra, c’est l’incapacité collective à arracher ce dernier wicket.
Peut-être que la vitesse brute d’un Archer, l’angle d’un Tongue ou la magie d’un Rashid auraient changé le scénario. Peut-être. Mais les faits sont là : avec les hommes présents, l’Angleterre n’a pas su terminer le travail.
La conséquence est lourde : sauf improbable retournement, la tri-série va continuer sans elle. Une victoire du Sri Lanka contre le Pakistan mardi scellerait officiellement son sort. À moins d’un sursaut brutal, cette tournée, censée forger des réflexes de tournoi avant la Coupe du monde, est en train de laisser une autre empreinte : celle d’une équipe qui ne sait plus comment gagner quand la pression serre la gorge.




