Shadab Khan : Une victoire historique pour le Pakistan à Lahore
On a déjà vu des chasses improbables en ODI. Mais celle-ci, à Lahore, entre directement dans la légende. Shadab Khan, entré en n°8, a renversé un match que l’Angleterre tenait à deux mains pour offrir au Pakistan une victoire d’un wicket, un billet pour la finale de la tri-série et une soirée qui restera longtemps dans les mémoires.
L’Angleterre menait. Tranquillement, pensait-elle.
Pakistan poursuivait 242. Rien d’insurmontable. Quand le neuvième wicket est tombé dès la 34e over, l’affaire semblait pliée. 89 runs à marquer, seulement Haris Rauf pour accompagner Shadab, et une équipe anglaise qui venait de reprendre le contrôle. Le script était écrit. Shadab l’a déchiré.
Un centenaire venu du fond du gouffre
Sur 19 runs en 28 balles à un moment, Shadab n’annonçait rien de spectaculaire. Puis le rythme a changé. Presque chaque over apportait sa frontière. Les frappes se sont allongées, les angles se sont ouverts, la confiance a gonflé. Il termine à 113* sur 96 balles, avec 13 fours et 5 sixes, transformant une mission désespérée en chef-d’œuvre.
Face à lui, Haris Rauf a tenu bon. 7* sur 19 balles, des chiffres modestes, mais un rôle immense. Il a encaissé, bloqué, rendu la balle à son partenaire, avant de frapper les runs victorieux dans la 48e over. Le stade a explosé. Les deux hommes venaient de signer le plus gros partenariat jamais vu pour un 10e wicket dans une chasse réussie en ODI : 89 runs. Un record, et surtout un coup de massue psychologique sur une Angleterre déjà fragilisée par deux défaites consécutives.
La scène aurait pu tourner au cauchemar. Avec 21 runs encore à marquer, Shadab ne lit pas un full toss bas de Gus Atkinson. L’arbitre le donne leg-before. Les Anglais se serrent déjà la main, persuadés d’avoir enfin plié l’affaire. UltraEdge intervient. Légère déviation, inside edge. Décision renversée. Match relancé. L’Angleterre, elle, ne s’en remettra pas.
Duckett avait pourtant montré la voie
Jusque-là, la soirée portait la marque de Ben Duckett. Son centenaire avait tenu l’Angleterre debout après un début de manche catastrophique. Envoyée au bâton par le Pakistan, l’équipe de Jos Buttler – absent, mais c’est bien l’Angleterre qui vacille – s’effondre d’entrée : 19/3.
Shaheen Afridi frappe le premier. Tom Banton tombe, offrant au capitaine pakistanais son 150e wicket en ODI. Deux overs plus tard, Joe Root tente un coup de force vers le point arrière, et Shaheen le cueille encore. Harry Brook, lui, se brûle sur un run trop ambitieux après cinq balles vierges face à Shaheen. Le Pakistan a la main, le stade gronde.
Duckett, lui, démarre au ralenti, 7 runs sur 12 balles, un peu hésitant. Puis il trouve son tempo. Les coups d’épaule, les cuts, les pulls, les flicks, tout se met en place. Il ne cherche pas le spectaculaire à chaque balle, il construit. Pour reconstruire l’innings, il trouve un partenaire fiable : Sam Curran.
Avec Saim Ayub et Salman Agha à une extrémité, Curran s’installe, tandis que Duckett fait tourner le score. Quand Duckett décide d’attaquer Salman Agha, un over à 12 runs force Shaheen à se rappeler lui-même au lancer. Avec le recul, le Pakistan aurait pu réintroduire la vitesse plus tôt contre Curran. Shaheen corrige le tir à coups de short balls, jusqu’à le faire céder.
Duckett, lui, continue d’avancer, punissant les mauvaises balles, engrangeant patiemment. Il atteint son centenaire, pilier de l’innings anglais. Arafat Minhas, auteur d’un 6 pour 40 contre ce même adversaire cinq jours plus tôt, entre pour ralentir le jeu. Mission accomplie. Duckett finit par se trouer sur un slog sweep, top-edge, pris. Avec lui disparaît l’ancre anglaise.
La fin de manche se délite. Razaullah matraque le bas milieu d’ordre à coups de balles courtes. Minhas enchaîne les overs économes. L’Angleterre ne redécolle pas vraiment. Gus Atkinson claque trois sixes qui permettent de dépasser la barre des 240, mais Shaheen revient pour refermer l’innings en prenant le wicket du débutant Henry Crocombe. 241 au total, sauvé par un dernier partenariat de 40 runs, utile, mais loin de ce qu’annonçait le centenaire de Duckett.
Une poursuite sans urgence… jusqu’au chaos
Avec 242 à aller chercher, le Pakistan n’a pas besoin de forcer. Le début de la chasse le montre : seulement 6 runs dans les trois premières overs. Puis Fakhar Zaman et Saim Ayub se lâchent un peu, prennent 12 runs dans la deuxième over de Crocombe. Juste assez pour lancer la machine. Mais les deux se sabordent sur des coups lâchés, tombant sur des erreurs évitables dans des overs consécutives.
Le coup de froid s’intensifie quand Babar Azam est nettoyé par une merveille de balle d’Atkinson. À 31-3, le Pakistan reproduit presque la débâcle initiale anglaise. Sauf qu’il lui manque son Duckett, ce batteur capable de tenir la baraque au milieu de la tempête.
Saad Baig tente d’endosser ce rôle. 7 fours en 19 balles, un éclair dans la nuit. Puis un coup de trop, et il s’en va. Le score se fige. Pendant 15 overs, aucune boundary. Le match s’endort, le public retient son souffle. Hasan Nawaz et Salman Agha s’installent dans un rebuild soporifique, grignotant sans jamais menacer. Deux wickets en quatre balles redonnent alors la main à l’Angleterre, qui semble verrouiller le match.
Liam Dawson incarne ce contrôle. Son spell entier ressemble à un étau. Dix overs, 42 dot balls, un rythme cassé, des batsmen pakistanais étouffés. Il finit par sortir Agha dans la 29e over. À ce moment-là, la poursuite pakistanaise ressemble davantage à une lente agonie qu’à un retour possible.
Le bas d’ordre se rebelle
Puis Shadab change le ton.
Son assaut ne vient pas avec fracas, mais par vagues. Une boundary par-ci, un six par-là, toujours au bon moment. Il choisit ses bowlers, ses zones, ses instants. L’écart se réduit, l’Angleterre commence à douter. Les wickets tombés auparavant rendent chaque erreur fatale, pourtant Shadab refuse le calcul minimaliste. Il joue pour gagner, pas pour survivre.
Haris Rauf, au bout de la file, accepte le rôle de figurant essentiel. Il absorbe les balles, protège son wicket, laisse Shadab dicter le scénario. L’Angleterre, elle, recule. Les champs se resserrent, puis s’ouvrent, les plans changent, les visages se ferment.
Quand Atkinson croit enfin avoir le dernier mot avec ce full toss bas, l’Angleterre voit la sortie. L’arbitre aussi. Le stade se fige. UltraEdge les contredit. Le match repart, mais pas les Anglais. Derrière, Shadab et Rauf finissent le travail, Rauf claquant les runs victorieux dans la 48e over.
Au bout, une image : le Pakistan en liesse, Shadab porté en héros, l’Angleterre sonnée, battue pour la troisième fois d’affilée, et une tri-série qui bascule. Ce soir-là, à Lahore, un n°8 a rappelé à tout le monde qu’en ODI, un match n’est jamais vraiment gagné tant que le dernier wicket n’est pas tombé.




