Kieron Pollard renonce à Joburg Super Kings pour devenir head coach des Mumbai Indians
Kieron Pollard a tranché. Tout juste nommé head coach des Mumbai Indians, le Trinidadien a informé la direction des Joburg Super Kings qu’il ne participerait pas à la prochaine saison de SA20. Un simple message, mais un sacré soulagement pour tout le monde.
La situation avait tout du casse-tête moderne du cricket de franchises. D’un côté, Joburg Super Kings, filiale sud-africaine de Chennai Super Kings, qui avait mis R1,5 million sur la table lors de la dernière auction SA20 pour s’offrir les services de Pollard. De l’autre, l’univers tentaculaire des Mumbai Indians, présents dans la même ligue avec MI Cape Town, et qui venaient tout juste de le propulser à la tête de leur équipe principale.
En choisissant de ne pas jouer pour la franchise de Johannesburg, Pollard désamorce un scénario potentiellement embarrassant, où un head coach de Mumbai aurait porté les couleurs d’une équipe rivale dans la même compétition. Un conflit d’intérêts latent, balayé avant même d’éclore.
Un choix personnel, pas un ordre de Mumbai
Du côté de Mumbai, on jure pourtant ne pas avoir cherché à influencer la décision. La ligne officielle est claire : aucune consigne, aucun veto. « C’est à KP de décider. Nous n’avons donné aucune instruction », a confié une source des Mumbai Indians à Cricbuzz, avant même que la décision de Pollard ne soit rendue publique.
Les faits plaident, en surface, pour une forme de logique partagée. Pollard vient d’endosser un rôle majeur, à plein temps, dans une franchise où il est une légende vivante. Multiplier les casquettes, dans une ligue où Mumbai est également présent via MI Cape Town, aurait inévitablement brouillé les lignes. Là, le message est limpide : priorité à Mumbai, et à son nouveau costume de head coach.
Chez Joburg Super Kings, on accuse le coup, sans drame. « Il nous a informés qu’il ne pourra pas jouer pour Joburg Super Kings », confirme Kasi Viswanathan, CEO de CSK et de toutes les franchises Super Kings. « Nous allons maintenant chercher un remplaçant. » La saison 5 de SA20 se jouera du 17 janvier au 21 février, et il faudra combler ce vide en urgence.
Une auction qui avait déjà surpris le microcosme
Ce dénouement intervient après une séquence déjà déroutante autour du nom de Pollard. Lors de l’auction SA20, MI Cape Town avait choisi de ne pas miser sur lui. À la place, la franchise a sorti la même somme, R1,5 million, pour recruter Shimron Hetmyer. Le choix avait laissé plus d’un observateur interdit, surtout dans le petit monde des franchises où Pollard incarne depuis des années la fidélité au giron MI.
La direction de MI Cape Town a défendu une décision dictée par la mécanique implacable de l’auction. « Tout dépendait de l’ordre de passage. Hetmyer et KP occupent le même rôle dans le middle order. Le nom de Hetmyer est sorti en premier, et nous ne pouvions pas nous permettre d’attendre Pollard. Quelle garantie avions-nous qu’aucune autre équipe ne surenchérisse et que nous l’obtenions à l’auction ? » explique une source de la franchise.
Dans les faits, Pollard n’avait encore jamais joué pour une équipe autre que Mumbai Indians ou une de ses filiales dans une ligue où la galaxie MI est présente. Il a pris sa retraite de l’IPL il y a quelques années, mais a continué à porter les couleurs de MICT, MINY et MI Emirates en ILT20. Il évolue pour Trinbago Knight Riders en CPL, une compétition où Mumbai n’a aucune implantation, et il est également head coach de MI London dans The Hundred. Depuis 2010, son histoire avec Mumbai Indians s’écrit sans interruption.
Que Joburg Super Kings ait réussi à l’arracher à l’auction avait donc déjà des airs de petite révolution. Sa volte-face, à la lumière de sa nomination comme head coach de Mumbai, rétablit presque l’ordre naturel des choses.
La montée en puissance d’un homme de la maison
En coulisses, la promotion de Pollard s’est accélérée ces derniers jours. Son nom aurait été validé par la direction des Mumbai Indians trois à quatre jours avant l’annonce officielle. Convoqué à Mumbai jeudi pour des discussions, il a été confirmé dans ses nouvelles fonctions après deux jours de réunions.
La logique interne est implacable : Pollard n’est pas seulement un ancien joueur, il est un symbole. Un homme dont la voix porte dans le vestiaire, y compris auprès des plus anciens. La propriétaire Nita Ambani a parfaitement résumé ce sentiment au moment de son intronisation.
Elle rappelle que Pollard a rejoint Mumbai Indians à 22 ans, qu’il fait partie de la famille depuis seize ans, qu’il a offert des « moments inoubliables » comme joueur, avant de transmettre sa science du jeu comme coach. Elle souligne surtout qu’il sait exactement ce que signifie porter le maillot MI, et ce que cela exige de ceux qui jouent pour le « Paltan ». C’est cette intimité avec la culture de la franchise qui justifie son passage du rôle de batting coach à celui de head coach.
Des décisions lourdes à venir : Hardik, Rohit et le capitanat
La nomination de Pollard ne se limite pas à une belle histoire de fidélité récompensée. Elle ouvre aussi des dossiers brûlants.
Pollard est proche de Hardik Pandya, annoncé sur la liste des joueurs susceptibles d’être échangés. La question s’impose : son arrivée aux commandes techniques peut-elle rebattre les cartes d’un éventuel trade de l’all-rounder ? Pour l’instant, cela reste du domaine de la spéculation, mais la dynamique a changé. La voix de Pollard pèsera forcément dans les discussions.
Autre lien fort : sa relation avec Rohit Sharma, au moment même où la franchise s’interroge sur l’avenir du capitanat. L’influence de Pollard, sa connaissance intime des leaders du vestiaire et des équilibres internes, pourraient peser lourd dans la décision sur celui qui portera le brassard à l’avenir.
En renonçant à Joburg Super Kings, Pollard s’est offert une clarté totale : une seule franchise, un seul projet, un seul maillot à défendre. La suite se jouera désormais loin des auctions, dans les bureaux et dans le vestiaire de Mumbai. Avec, en toile de fond, une question simple : jusqu’où la patte Pollard peut-elle redessiner l’ère Mumbai Indians ?




