RDC Sport

Gaddafi Stadium en rose : Pakistan lutte contre le cancer du sein

Ce 25 octobre, les habituels flots de vert ont disparu des tribunes de Lahore. À la place, une marée de rose. Le Pakistan a troqué son maillot traditionnel pour une tenue éclatante face à l’Angleterre, lors du quatrième match de l’ODI tri-série, pour une raison qui dépasse largement le cadre du terrain : la lutte contre le cancer du sein.

Un match transformé en campagne de santé publique

Ce n’était pas un simple coup de communication. Le Pakistan Cricket Board (PCB) a construit toute cette journée autour de la sensibilisation au cancer du sein, dans le cadre d’Octobre Rose, mois mondialement dédié à cette cause. Choisir un match international à domicile, à Lahore, c’est choisir un mégaphone géant dans un pays où le cricket pèse plus que n’importe quel autre sport.

Le message est clair : se faire dépister tôt peut sauver des vies. Et le PCB a décidé de ne pas se contenter de slogans.

Grâce à un partenariat avec le Pink Ribbon Breast Cancer Trust Hospital, des dépistages gratuits ont été mis en place pour les supporters entre le 24 et le 26 octobre. Trois jours pendant lesquels les fans ne se contentent pas d’applaudir leurs idoles : ils peuvent aussi, très concrètement, prendre soin de leur santé.

Le rose partout, du maillot aux écrans géants

Sur le terrain, l’engagement sautait aux yeux. Les joueurs pakistanais en rose, bien sûr, mais pas seulement. Les Anglais, les officiels, les commentateurs : tous arboraient un ruban rose. Les stumps eux-mêmes avaient changé de couleur. Autour du terrain, les écrans géants et les panneaux publicitaires martelaient le même message, simple et direct : le cancer du sein se combat d’abord par la détection précoce.

Le PCB ne cache pas sa volonté d’utiliser la puissance du cricket comme caisse de résonance nationale. Son directeur des opérations, Sumair Ahmad Syed, l’a rappelé en insistant sur la responsabilité qui accompagne cette influence massive. Le cricket au Pakistan ne se contente pas de remplir des stades, il façonne des habitudes, des discussions, des réflexes. Autant s’en servir pour quelque chose de vital.

Une mobilisation qui dépasse le stade

L’initiative ne s’arrête pas aux 22 acteurs sur la pelouse. Les supporters restés chez eux peuvent eux aussi s’impliquer. Une gamme de produits dérivés spécialement conçus pour cette opération, aux couleurs roses, est disponible sur la boutique en ligne du PCB. Les recettes sont destinées aux patientes qui n’ont pas les moyens de financer leurs traitements.

Le board a également lancé une vente aux enchères de maillots signés par deux des plus grandes stars du pays, Shaheen Afridi et Babar Azam. Là encore, chaque roupie récoltée file vers la même cause : soutenir celles qui se battent contre la maladie sans disposer des ressources nécessaires.

Le geste est symbolique, mais il est aussi concret. Le maillot n’est plus seulement un objet de collection, il devient un levier de financement.

Une tradition qui s’installe dans le cricket mondial

Le Pakistan n’invente pas le concept du “Pink Day”. Le modèle le plus célèbre reste celui de l’Afrique du Sud, avec son ODI annuel en rose au Wanderers de Johannesburg, rendez-vous désormais emblématique qui collecte des fonds pour des cliniques spécialisées dans le cancer du sein.

Le PCB, lui, construit progressivement sa propre tradition. Le thème rose revient régulièrement dans la Pakistan Super League, ainsi que lors de certains matches internationaux disputés en octobre. L’an dernier déjà, la sélection avait organisé un Pink Day pendant une série de T20I face à l’Afrique du Sud. Le maillot rose face à l’Angleterre ne sort donc pas de nulle part : il s’inscrit dans une ligne directrice assumée.

Au fond, cette journée à Lahore raconte autre chose qu’un simple épisode d’ODI tri-série. Elle montre un sport qui accepte de sortir de sa bulle, un board qui comprend que la ferveur populaire peut aussi servir de bouclier contre une maladie qui touche des millions de femmes.

La question n’est plus de savoir si le rose a sa place dans un temple du cricket. Elle est de savoir jusqu’où le jeu peut aller pour changer, lui aussi, le cours d’un match autrement plus crucial : celui de la santé publique.