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Lone’er Kavanagh : De la Défaite à la Lutte pour le Titre

Il y a quatorze mois à peine, Lone’er Kavanagh sortait de la pire nuit de sa jeune carrière. Un crochet de Charles Johnson, un noir complet, un réveil brutal. Invincibilité envolée, hype brisée net. Pour un prospect britannique de 26 ans, c’était plus qu’une défaite : c’était un coup d’arrêt.

Aujourd’hui, le Londonien compte deux revers chez les flyweights. Mais le décor a changé. Loin d’être rangé dans la catégorie des espoirs en perdition, il s’installe désormais dans le haut de la division, à portée de vue d’un combat pour le titre alors qu’il se prépare à affronter le cogneur Ramazonbek Temirov à l’UFC 333 samedi.

De la nuit noire à Mexico City

Le virage s’est pris en février. Un coup de fil, un mois de préavis à peine : Brandon Moreno, ancien double champion flyweight, cherche un remplaçant en main event à Mexico City. Hostile, bruyant, entièrement acquis à Moreno. Kavanagh dit oui. Sans hésiter.

Cinq rounds pour sa première fois à ce niveau, face à un vétéran des grands soirs. Il tient, il répond, il gagne aux points. Dans le vacarme mexicain, un Britannique vient de relancer sa carrière à la force du menton et du sang-froid.

Du jour au lendemain, son nom glisse dans les conversations autour du titre. Lui-même ne s’y attendait pas. Il parle de bénédiction, de gratitude. Le fait est là : en une nuit, il a transformé son pire souvenir en tremplin.

Cette victoire lui ouvre dans la foulée un choc contre l’un des vrais prétendants de la catégorie, Brandon Royval. Quatre mois plus tard, nouveau test, nouveau sommet. Cette fois, la marche est un peu trop haute. Le combat est serré, les cartes sont équilibrées… jusqu’à la troisième reprise, où Royval trouve la soumission.

La défaite ne ressemble pourtant pas à celle contre Johnson. Pas de naufrage, pas de trou noir. Plutôt une leçon à haute intensité, face à un homme installé au sommet depuis longtemps. Kavanagh insiste sur ce qu’il a emmagasiné : la gestion des moments clés, la lecture des échanges, le poids de l’expérience quand tout se joue sur un détail.

Une nouvelle garde qui bouscule tout

Pendant que Kavanagh apprend à la dure, la catégorie flyweight vit sa propre révolution. Un changement de garde mené par un nouveau roi précoce : Joshua Van, devenu champion à 25 ans, le plus jeune depuis qu’un Jon Jones de 23 ans avait pris le pouvoir chez les light heavyweights en 2011.

Alexandre Pantoja, ancien patron de la division, regarde désormais ce jeune champion s’éloigner devant lui. Le message est clair : la jeunesse s’installe, et elle ne demande pas la permission.

Kavanagh veut faire partie de cette vague qui déferle sur les 125 lbs. Il parle de « jeunes tueurs » dans la division, heureux de compter parmi eux. Détail piquant : comme Van, sa première défaite à l’UFC porte la signature de Charles Johnson. Une sorte de rite de passage officieux pour ceux qui visent le sommet.

À 27 ans, l’objectif reste limpide : devenir champion du monde. Mais le Britannique a déjà coché quelques cases de sa liste de rêves UFC.

Entre Londres et la Chine, deux maisons de combat

Enfant de Londres, il a rapidement eu droit à un combat presque au bout de la Jubilee Line, à l’O2 Arena, pour son deuxième rendez-vous dans l’organisation. Pourtant, ce sont ses soirées de combat en Chine qui le touchent le plus.

Par sa mère, Kavanagh possède des racines chinoises. Elle l’a élevé seule après la mort de son père et l’a inscrit au kick-boxing alors qu’il n’était encore qu’un « chiot » de huit ans. Quand il évoque ses combats à Macao pour ses débuts, puis à Shanghai pour l’affrontement contre Johnson, quelque chose se passe. Il parle d’un pays qu’il ne connaît qu’à travers la cage, mais qui lui donne l’impression de rentrer chez lui. Accueil chaleureux, sentiment d’appartenance, tout en restant profondément londonien. Deux mondes, une seule trajectoire.

Sa montée en lumière à l’UFC lui ouvre aussi d’autres portes. Supporter inconditionnel d’Arsenal, il se retrouve désormais en loge à l’Emirates Stadium, plongé dans un univers qu’il regardait autrefois de loin. Il avoue avoir du mal à savourer parfois, toujours tourné vers « la suite ». Mais il reconnaît ces instants où il se force à reculer d’un pas, à se pincer, à réaliser la route parcourue. Une vie qu’il n’aurait jamais imaginée il y a cinq ans.

Temirov en ligne de mire

Samedi, plus de rêveries. Face à Ramazonbek Temirov, c’est le présent qui compte, et la nécessité de prouver encore qu’il sait rebondir. Kavanagh sait mieux que personne à quelle vitesse tout peut s’écrouler dans ce sport.

Depuis ses débuts, il se construit sous la houlette de figures comme Brad Pickett et Nathaniel Wood à Great Britain Top Team. Deux références UFC qui, selon lui, ont « tracé le plan » pour les Londoniens dans les arts martiaux mixtes. À lui désormais de suivre cette route à sa manière, avec son style, ses cicatrices, ses ambitions.

Un succès contre Temirov le rapprocherait un peu plus de ce titre qui commence à se dessiner à l’horizon. Une chute, et il devra encore remonter la pente. La question n’est plus de savoir s’il peut encaisser. Il l’a déjà prouvé. La vraie interrogation est ailleurs : jusqu’où ce Londonien aux racines partagées peut-il grimper dans une division qui n’a jamais été aussi jeune, aussi cruelle, aussi ouverte ?