Labuschagne sous pression avant le Test décisif au Cap
Le décor est planté au Cap : une série de Test à 1-1, une dernière manche pour trancher, et un nom au cœur de toutes les conversations australiennes. Marnus Labuschagne, autrefois symbole de stabilité au poste de numéro 3, se retrouve brutalement au centre de la tempête.
Dimanche soir, lors de la séance d’entraînement, un détail n’a échappé à personne. Le droitier de 32 ans n’a pas occupé son rôle habituel dans les routines collectives. Sur place, plusieurs journalistes ont relevé la scène : Labuschagne, mis sous pression depuis des mois, est resté longuement à discuter à l’écart avec le sélectionneur Andrew McDonald et Steve Smith.
Un échange prolongé. Un joueur en difficulté. À ce niveau, ces signaux ne passent jamais inaperçus.
Le parallèle a été immédiatement fait par Bharat Sundaresan : ce scénario rappelle sa dernière mise à l’écart, dans les Caraïbes l’an passé. À l’époque, l’Australie avait choisi d’expérimenter avec Cameron Green au poste de numéro 3, Sam Konstas montant pour ouvrir avec Usman Khawaja. Labuschagne, lui, avait regardé de côté.
Un ancien métronome devenu maillon fragile
Les chiffres racontent une histoire cruelle. Labuschagne a longtemps flirté avec une moyenne au-dessus de 60 en Test. Aujourd’hui, elle est retombée à 43,36 en 67 matchs. Un déclin progressif, mais net.
Son dernier siècle en Test remonte à juillet 2023. En Afrique du Sud, il a multiplié les débuts d’innings sans jamais les convertir : quatre départs corrects, aucune fois au-delà de 40. Dans une série aussi serrée, ces occasions manquées pèsent lourd.
Sa sortie au deuxième innings la semaine dernière, alors que l’Australie se battait pour arracher le nul, a déclenché une vague de critiques. Mauvais choix de coup, mauvais timing, mauvaise lecture de la situation : tout y est passé.
Un autre détail intrigue. Quand il a enfin pris la batte à l’entraînement dimanche, le coach des batteurs Michael Di Venuto n’était nulle part en vue, comme l’a relevé Daniel Brettig. Pour un joueur en plein doute, l’absence de son principal référent technique alimente encore un peu plus les interrogations sur sa place pour ce troisième Test.
Green revient, les chaises musicales commencent
Si Labuschagne vacille, Cameron Green, lui, revient en pleine lumière. L’all-rounder est désormais apte après avoir manqué les deux premiers Tests en raison d’une blessure abdominale contractée lors d’un match en un jour international.
Le coup d’origine ? Un choc là « où on ne veut pas être touché », comme il l’a expliqué aux médias, suivi deux balles plus tard d’un geste banal derrière le wicket. Le muscle refuse alors de s’allonger, la déchirure survient. Blessure atypique, incertitudes médicales, attente prolongée autour du groupe. Mais le verdict est tombé : prêt pour le dernier match.
Green arrive avec la confiance de son dernier Test disputé, marqué par la fin de sa propre disette de siècle face au Bangladesh dans le Top End en août. Il devrait intégrer le XI et s’installer quelque part entre les positions 3, 4 ou 5. Une certitude : son retour bouscule tout l’édifice.
Maddinson sous pression, Renshaw en embuscade
En haut de l’ordre, Nic Maddinson joue lui aussi gros. Ses difficultés sur les deux premiers Tests ont ouvert la porte à un autre changement majeur : Matt Renshaw est pressenti pour être propulsé à l’ouverture, possiblement aux côtés de Travis Head.
Maddinson pourrait glisser plus bas dans l’ordre… ou tout simplement sortir de l’équipe. Beau Webster, lui, ne tient plus qu’à un fil après des prestations discrètes à Durban et Gqeberha.
Dans ce puzzle, Josh Inglis ajoute une pièce de plus. Remis d’une blessure au doigt, il se remet dans la discussion pour une place dans le XI, aux côtés d’Alex Carey déjà présent dans la composition probable. Les sélectionneurs jonglent avec les options, cherchant le bon équilibre entre stabilité, forme du moment et audace.
Un dernier Test chargé d’histoire… et de tensions
Le troisième Test débute mardi soir (heure de l’est australien) au Cap. Ce n’est pas un terrain neutre dans la mémoire australienne : c’est là, en 2018, que le scandale du ball-tampering a éclaté et marqué durablement une génération de joueurs, dont certains sont encore là aujourd’hui.
La composition possible donne le ton :
Travis Head, Matt Renshaw, Steve Smith, Cameron Green, Nic Maddinson, Josh Inglis, Alex Carey, Pat Cummins, Mitchell Starc, Josh Hazlewood, Nathan Lyon ou Scott Boland.
Un XI qui pourrait donc ne pas contenir Marnus Labuschagne. Il y a encore quelques années, l’idée aurait semblé impensable. Aujourd’hui, elle ressemble presque à une simple conséquence logique de la forme du moment.
Au Cap, l’Australie ne joue pas seulement une série. Elle teste la solidité de ses cadres, la pertinence de sa transition, et la place réelle de ceux qui, comme Labuschagne, sont passés du statut d’indispensables à celui de suspects. La réponse tombera dès la feuille de match. Et elle pourrait redessiner la hiérarchie du batting australien pour longtemps.




