RDC Sport

Shadab Khan renverse l’Angleterre : un chef‑d’œuvre à un wicket

On aurait pu écrire l’épitaphe de la poursuite pakistanaise à 154 pour 9. On se retrouve à raconter l’une des plus grandes fuites de nulle part de l’histoire des ODI. Entre ces deux images, il y a un homme : Shadab Khan, 113* au courage, à la technique, et à la rage.

Face à une Angleterre déjà traumatisée par la remontée folle du Sri Lanka, le Pakistan a arraché une victoire à un wicket, 243 pour 9 en 47,1 overs, et validé sa place en finale du tri‑séries. Le tout en signant la plus grosse association de dernier wicket jamais vue dans une poursuite réussie en ODI : 89 runs entre Shadab et le numéro 11, Haris Rauf.

Du gouffre au miracle

Le décor est brutal : 154 pour 9 au 34e over. Le vestiaire anglais commence à respirer. Le Pakistan, lui, se tient au bord du vide. Rauf rejoint Shadab, et personne n’imagine alors ce qui va suivre.

Shadab prend le contrôle. Il « farme » la frappe, prend les risques, dicte le tempo. Rauf, 7* en 19 balles, joue son rôle à la perfection : défense sobre, aucun geste inconsidéré, juste assez de soutien pour laisser son partenaire écrire l’histoire.

Les overs défilent, les nerfs anglais lâchent petit à petit. Shadab cogne tôt dans les overs, trouve les limites, casse le rythme des pacers. Il construit son cent en 96 balles, avec 12 frontières, et une autorité qui contraste violemment avec le chaos du tableau de score.

Le renversement total : un LBW, une batte jetée, puis la délivrance

Même dans ce partenariat, l’Angleterre croit tenir la sortie. Gus Atkinson obtient un LBW contre Shadab, alors qu’il reste encore 21 runs à marquer. Shadab lâche sa batte, commence à féliciter les Anglais. Le match semble terminé.

Puis vient la révision, presque désespérée. La technologie révèle un léger inside edge, à peine perceptible. Décision renversée. Shadab explose, hurle sa joie, renaît au centre. L’Angleterre, elle, vient de prendre un coup psychologique dont elle ne se relèvera pas.

Revigoré, Shadab finit le travail. Un late cut contre Atkinson lui offre son premier cent en ODI. Derrière, il le frappe au‑dessus du long off pour six, ramenant la cible à trois runs sur les trois derniers overs. L’inimaginable est désormais à portée de main.

La conclusion appartient pourtant à Rauf, symbole de cette résistance collective. Face au débutant Henry Crocombe, il plante une frappe droite pleine batte pour quatre. Pakistan 243 pour 9. Remontée accomplie. Silence anglais.

L’Angleterre retombe, encore

Pour Brendon McCullum et ses joueurs, le scénario tourne à l’obsession. Après avoir inscrit 429 runs contre le Sri Lanka pour finalement perdre, l’Angleterre se retrouve cette fois renvoyée au vestiaire pour 241 en 46,4 overs, malgré un cent solide de Ben Duckett.

Duckett, gaucher élégant et obstiné, compile 105 runs en 111 balles, avec 10 fours et 2 sixes. Son cinquième cent en ODI, le premier contre le Pakistan. Il remet son équipe sur les rails après un début d’innings catastrophique : 52 pour 4.

Avec Sam Curran (42 sur 52 balles), il construit un partenariat de 93 runs qui semble stabiliser la situation. Mais le Pakistan ne lâche pas. Shaheen Shah Afridi, qui avait enfin remporté le toss pour choisir de lancer, se charge de démolir le haut de l’ordre anglais avec 4 pour 46. Quatre des cinq premiers batteurs repartent avec un score à un chiffre.

Le moment clé survient lorsque Harry Brook, déjà auteur d’un double cent tonitruant contre le Sri Lanka, se fait surprendre par un éclair venu du champ. Parti pour un deuxième run, il est coupé net par un tir précis du débutant Razaullah. Run out, et un pilier anglais en moins.

Razaullah (2 pour 38) ajoute les scalps de Will Jacks et Liam Dawson. Duckett, lui, finit par céder au 37e over, top‑edge sur un sweep qui file à fine leg face au spin de Arafat Minhas. L’Angleterre glisse alors vers 201 pour 9, avant que Atkinson (36*), associé à Crocombe, n’arrache 40 runs pour le dernier wicket. Un effort qui semblait décisif. Il ne le sera pas.

Un début de poursuite cauchemardesque

La réponse pakistanaise débute dans la tourmente. Jamie Overton (3 pour 43) impose immédiatement sa loi. Deux prises tranchantes dans les cordes, et les deux ouvreurs, Fakhar Zaman (10) et Saim Ayub (6), rentrent prématurément. Quand Atkinson vient ensuite faire sauter le off stump de Babar Azam, le tableau affiche 31 pour 3 à l’intérieur des sept premiers overs.

L’hémorragie ne s’arrête pas là. Brook rappelle Overton juste après le powerplay. Le jeune Saad Baig, 19 ans, auteur d’un 32 prometteur, coupe directement vers Will Jacks au point. Le piège fonctionne.

Derrière, Liam Dawson (2 pour 30) et Jacks (1 pour 18) verrouillent le milieu d’innings. Les lignes sont serrées, les variations précises. L’Angleterre voit se dessiner sa première victoire du tournoi. À ce moment‑là, tout indique une soirée enfin maîtrisée.

Tout, sauf Shadab.

Entré dans un contexte d’effondrement, le leg‑spinner se mue en batteur de référence. Il lit les longueurs, exploite les angles, refuse de céder au panique. Over après over, il grignote la cible, isole les bons match‑ups, gère la frappe comme un vétéran.

À 154 pour 9, il ne lui reste plus qu’un partenaire. Il en fera un complice.

Un tri‑séries qui change de visage

Avec cette troisième victoire consécutive, le Pakistan s’offre non seulement une place en finale, mais aussi une emprise psychologique sur la compétition. Après avoir déjà battu le Sri Lanka de 37 runs lors du match d’ouverture, les hommes de Babar aborderont leur dernier match de poule, mardi contre ce même Sri Lanka, avec une confiance presque insolente.

L’Angleterre, elle, s’enfonce. Trois défaites de rang dans ce tri‑séries : une correction de 87 runs contre le Pakistan, une poursuite historique concédée au Sri Lanka malgré un double cent de Brook, et maintenant ce naufrage à un wicket, alors qu’un succès semblait acquis à 154 pour 9.

Les mots de McCullum à la BBC résument l’état d’esprit : les joueurs sont « absolument dévastés ». Deux fois, ils se sont retrouvés « dans une très bonne position ». Deux fois, la ligne d’arrivée leur a échappé.

La finale attend déjà le Pakistan. L’Angleterre, elle, doit répondre à une question plus lourde : comment une équipe capable d’inscrire 429 runs un jour peut‑elle laisser filer, deux fois de suite, des matchs gagnés sur le papier ?