Kimi Antonelli domine à Austin, titre en vue
Le Circuit of the Americas attendait peut‑être le plus jeune champion du monde de l’histoire. Il devra patienter. Le trophée n’est pas encore dans les mains de Kimi Antonelli, mais l’Italien a livré un récital qui a laissé peu de place au doute sur l’issue de ce championnat.
Au volant d’une Mercedes enfin à la hauteur de ses promesses, Antonelli a fait taire les interrogations nées après les débuts hésitants du package aérodynamique à Sepang et Singapour. À Austin, la voiture a respiré la performance, lui aussi. Une victoire nette, contrôlée, presque banale pour un pilote qui n’en est pourtant qu’à sa deuxième saison en F1.
Le plus frappant ? On s’habitue déjà à le voir gagner. Son précédent triple‑header sans succès représentait sa plus longue disette de l’année. Un “creux” qui ferait sourire n’importe quel autre pilote. Le titre semble désormais n’être qu’une formalité administrative, probablement scellée au Mexique.
Russell, le week‑end qui casse la dynamique
À l’autre bout du garage Mercedes, le contraste a été brutal. George Russell a quitté Austin avec le regard sombre et des mots sans filtre.
« Six bons tours, 50 mauvais », a‑t‑il lâché pour résumer son Grand Prix. « Le rythme était nul. »
La pénalité de cinq secondes ? Il l’a jugée « un peu ridicule », tout en admettant que ce n’était « que le moindre de [ses] soucis après un week‑end pareil ».
C’est après ce passage aux stands sanctionné qu’il a signé ces fameux « six bons tours », jusqu’à revenir sur Oscar Piastri pour finalement rester coincé derrière la McLaren. Un pic de performance isolé dans une course où rien n’a vraiment fonctionné.
Le plus inquiétant, c’est que Russell lui‑même ne sait pas expliquer ce qui cloche. L’optimisme affiché récemment, la sensation d’avoir trouvé une voie technique, tout cela s’est évaporé en quelques dizaines de tours au Texas.
Norris, l’art de transformer un samedi raté
Lando Norris, lui, a bâti son dimanche sur les ruines d’un samedi manqué. Mauvaise qualification, excellente course. Une habitude cette saison.
McLaren n’a pas hésité à demander à Oscar Piastri de lui céder la place très tôt, signe clair que l’équipe sait qui, pour l’instant, parvient le mieux à dompter cette monoplace instable, coincée sur ce fameux fil du rasoir dont se plaignent les deux pilotes.
Appuyé sur une stratégie medium/dur bien plus cohérente que les choix orientés vers les pneus tendres de Ferrari et Red Bull, Norris s’est même offert un passage en deuxième position. Une apparition éclair, certes, mais révélatrice de son niveau de pilotage actuel.
Il ne pouvait pas résister aux Ferrari ni à Max Verstappen. Il l’a dit : il doit pousser au‑delà du raisonnable pour placer cette voiture là où elle n’a pas vraiment sa place. Mais se battre, même brièvement, avec ces références, tout en devançant des pilotes en difficulté comme Isack Hadjar ou Russell, ressemble furieusement à une performance de pilote du jour. Discrète, mais immense dans le contenu.
Red Bull retombe sur terre
Pour Red Bull, Austin a eu un goût amer. Les qualifications avaient pourtant placé les deux voitures en position de force, dans la lignée d’un Verstappen irrésistible ces dernières semaines. Le dimanche a tout gâché.
Le premier tour a été catastrophique : moteur capricieux, puissance délivrée de façon irrégulière, difficultés en fin de relais quel que soit le composé de pneus. Verstappen a limité la casse, sauvé un podium et signé quelques dépassements musclés sur Charles Leclerc et Norris. Mais il a clairement pesté contre le comportement de sa monoplace et ne pourra pas se satisfaire d’avoir terminé si loin de la Mercedes d’Antonelli.
Pour Isack Hadjar, le coup est encore plus rude. Meilleure qualification de sa carrière, puis lente dégringolade jusqu’à la sixième place. Le Français est sorti de la voiture abattu, parlant d’un embrayage « fragile » qui « a besoin d’une nouvelle conception » après un départ raté, alors qu’il assure avoir tout fait correctement au volant.
Comme si cela ne suffisait pas, des problèmes de radio ont perturbé les deux pilotes. Hadjar est parti des stands avec le mauvais mode moteur, puis a perdu « une seconde au tour » avec les pneus durs. De quoi transformer une opportunité majeure en source de frustration profonde. Red Bull, récemment au sommet de son art, a affiché à Austin un visage bien plus vulnérable… et doit maintenant gérer un pilote qui se sent clairement trahi par sa voiture, et donc par son équipe.
Leclerc relance Ferrari
Au milieu de ce chaos relatif, Ferrari a trouvé des raisons de sourire. L’important package apporté à Austin a tenu ses promesses, et Charles Leclerc a décroché une solide deuxième place. Avec un meilleur samedi, il aurait même pu viser plus haut.
Leclerc l’a reconnu : sur le papier, pour Ferrari comme pour Red Bull, la course se jouait sur deux arrêts. Voir Antonelli triompher en ne s’arrêtant qu’une seule fois l’a surpris. La Scuderia avait été forte tout au long des essais, mais a perdu sa chance de victoire en qualifications, incapable de mettre les pneus dans la bonne fenêtre.
Résultat : Leclerc reprend trois points à Verstappen et revient à trois unités seulement du Néerlandais dans la lutte pour la quatrième place du championnat pilotes. Il n’est qu’à huit points de son propre équipier, Lewis Hamilton, troisième.
Hamilton n’a pas sombré, loin de là, mais il a peiné. Il a parlé d’un week‑end passé à bricoler les réglages, à retoucher l’aileron avant jusque pendant la course pour chasser un sous‑virage persistant. Quatrième à l’arrivée, il permet tout de même à Ferrari de repartir du Texas avec 30 points, mieux que Red Bull (23) et même que Mercedes (29). Un détail qui compte dans la bataille des constructeurs.
Alonso, un 16e place trompeuse
Sur le papier, 16e place pour Fernando Alonso. Dans les faits, une prestation bien plus solide qu’il n’y paraît.
L’Espagnol jure que son Aston Martin aurait pu jouer les points sans le contact avec Alex Albon au premier tour. Peut‑être exagéré, mais sa remontée avec, selon ses mots, « la moitié de la voiture » après des dégâts sur le bargeboard montre qu’il avait du rythme.
Même abîmée, la monoplace tenait un bon tempo. Une 12e ou 13e place semblait possible avant un deuxième arrêt au stand très lent. Alonso a même songé à abandonner – « j’étais prêt à tout couper » – puis a repris la piste après un changement d’aileron avant, pour finalement recroiser le fer avec Albon jusqu’au drapeau à damier.
Encourageant, malgré le classement brut. Était‑ce vraiment « de loin » sa meilleure course de la saison, comme il l’a suggéré ? Difficile à affirmer vu le scénario. Mais la performance pure était là, ternie par des critiques envers Albon un peu excessives, même si compréhensibles sur le moment.
Lawson, la régularité qui pèse
Liam Lawson continue, lui, à se construire une réputation de métronome. Troisième week‑end consécutif dans les points, une neuvième place à Austin, et le voilà solidement installé en tête du peloton des « autres » : neuvième du championnat, à 28 points de Hadjar et 35 devant Pierre Gasly.
Parti neuvième, arrivé neuvième. Cela pourrait sembler terne, mais le contenu raconte autre chose. Racing Bulls a apporté de nouvelles évolutions au Texas, et Lawson n’a cessé de louer une voiture « excellente du début à la fin » à la radio après l’arrivée. Seule ombre au tableau : un bip incessant du système lui indiquant à tort qu’il dépassait le delta sous VSC, alors qu’il était en réalité largement dans les clous.
Un week‑end sans incident, propre, maîtrisé. Tout l’inverse de celui de son rival Red Bull Hadjar. À ce niveau de la grille, cette constance vaut presque autant qu’un podium.
Bearman, l’attaque qui coûte cher
Pour Ollie Bearman, Austin restera comme une occasion manquée et une leçon brutale. Un contact au deuxième tour avec Gasly, des dégâts qui s’aggravent, une pénalité de 10 secondes, puis l’abandon sur sa Haas à mi‑course.
L’action clé se joue au virage 13 : Bearman plonge à l’intérieur de l’Alpine, touche Gasly et se voit jugé responsable de la collision. Il ne partage pas cet avis. Il assure que Gasly avait vu sa voiture, avait laissé de l’espace, « mais pas assez ».
De son point de vue, c’était un incident de course. « J’ai tenté un dépassement, d’accord, mais je pensais avoir droit à un peu plus d’espace. Je n’ai pas perdu le contrôle. J’ai même dû monter sur le vibreur pour éviter le contact, parce que je ne sentais pas qu’on me laissait assez de place. »
Il assume toutefois la prise de risque : à ce stade, explique‑t‑il, sans « quelque chose de spécial », sans un brin de réussite et des manœuvres audacieuses, Haas ne peut pas viser les points sur la seule performance. Malgré un choc visuellement léger, les dégâts lui coûtaient une seconde au tour. Impossible de continuer. L’équipe a fini par le rappeler au garage.
Gasly, un point qui vaut cher
Pour Pierre Gasly, ce même accrochage a failli tout ruiner. Il estime avoir perdu l’équivalent d’une dizaine de points d’appui aérodynamique. Dans ces conditions, ramener un point à la maison relève presque du petit exploit.
Certes, Racing Bulls creuse encore l’écart dans la lutte pour la cinquième place du championnat constructeurs. Mais Gasly était dans le match. Sans ce contact avec Bearman, sans un souci lors de son arrêt au stand, il aurait pu se battre directement avec Lawson pour la neuvième place. Le Néo‑Zélandais termine un peu plus de sept secondes devant lui.
Un détail sur le papier. Un monde, à ce stade de la saison. Chaque point perdu ici pourrait peser lourd lorsque la bataille du milieu de grille se jouera sur le fil en fin d’année.




