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Usman Khawaja : la vérité sur 88 Tests et la polyarthrite

Usman Khawaja a attendu la fin de sa carrière internationale pour lever le voile. Neuf mois après avoir rangé définitivement son casque avec l’Australie, l’ancien ouvreur a révélé avoir disputé l’intégralité de ses 88 Tests en vivant avec une polyarthrite rhumatoïde. Une maladie auto-immune lourde, invalidante, qu’il a longtemps associée à une condamnation à mort.

Dans un entretien saisissant accordé à l’ABC, Khawaja raconte le choc du diagnostic, posé alors qu’il n’avait que 22 ans. À cet âge-là, il pensait avoir tout le temps devant lui. Il s’est soudain cru en sursis.

« Je pensais sincèrement que j’allais mourir », confie le joueur de 39 ans dans l’émission Australian Story. « Je suis passé de cet athlète qui jouait au cricket professionnel à quelqu’un qui n’arrivait plus à marcher dix mètres pour aller aux toilettes. »

Une double vie au sommet

Sur le terrain, rien ne transparaissait. Khawaja empilait les runs, 6 229 en Test, 16 centuries, une carrière solide au plus haut niveau. En coulisses, seuls le staff médical et l’encadrement étaient au courant. Ses coéquipiers les plus proches, le public, les supporters, tous ignoraient qu’il jouait avec une maladie qui ronge les articulations et le quotidien.

Cette vie en parallèle, il la raconte désormais dans son autobiographie, Sabr. Il y détaille la douleur, les peurs, les nuits d’angoisse, mais aussi la discipline et l’adaptation permanente nécessaires pour continuer à performer face aux meilleurs bowlers du monde.

Il ne cherche pas à se poser en héros. Il veut ouvrir une porte. Donner un repère à ceux qui vivent avec une maladie chronique et se croient condamnés à renoncer à leurs ambitions.

« Si une personne peut jouer au plus haut niveau, comme joueur de cricket professionnel, avec une polyarthrite rhumatoïde, alors je pense que beaucoup d’autres peuvent accomplir énormément de choses aussi », écrit-il.

Un « cadeau du ciel » venu d’une seringue

Dans ce récit, Khawaja ne minimise pas non plus le rôle décisif de la médecine moderne. Il parle d’un traitement par injections, qu’il qualifie de « cadeau du ciel », sans lequel sa carrière se serait arrêtée net.

« Sans ce médicament, je n’aurais plus jamais joué au cricket, ni même vécu une vie normale », explique-t-il.

La formule claque, mais elle n’a rien d’une exagération. À l’époque où la maladie s’est déclarée, il peinait à se lever, à marcher, à simplement fonctionner au quotidien. Revenir ensuite au niveau d’intensité d’un Test match relève de l’exploit physique et mental.

Retraité, mais toujours tranchant

Retiré des joutes internationales, Khawaja n’a pas pour autant quitté le jeu. Il reste une voix écoutée du cricket australien, et il n’hésite pas à s’attaquer aux débats sensibles. Le dernier en date : la place de Marnus Labuschagne dans l’équipe nationale.

Sous pression après une longue période sans century – 47 innings sans atteindre la barre symbolique –, Labuschagne vient de sortir d’une série en Afrique du Sud avec 37, 37, 14 et 39. Des scores corrects, mais loin de son pic de forme passé.

Pour Khawaja, la concurrence existe bel et bien dans le Sheffield Shield, et elle mérite qu’on la regarde autrement.

« Nous avons beaucoup de joueurs dans le Sheffield Shield qui sont très bons, qui font à peu près la même chose que Marnus à ce niveau », souligne-t-il.

Il cite des noms. Kurtis Patterson d’abord, qu’il décrit comme « en train de marquer des runs à la pelle ». Les chiffres parlent : Labuschagne tourne à une moyenne de 38 dans le Sheffield Shield, Patterson à environ 39. Le gaucher vient de frapper un century, et enchaîne les grosses manches.

Derrière, la liste s’allonge : Peter Handscomb, moyenne de 39, « joueur magnifique » selon Khawaja. Cameron Bancroft, 32 ans seulement, autour de 38 de moyenne. Marcus Harris, autre habitué du plus haut niveau. Tous ont déjà goûté au Test cricket.

Et puis il y a les moins médiatisés. Jack Clayton, par exemple, que Khawaja connaît bien. Un jeune batteur avec déjà six centuries et une moyenne de 38. « Personne ne parle de lui », regrette-t-il.

Un plaidoyer pour le Sheffield Shield

Au-delà du cas Labuschagne, Khawaja attaque une idée qui l’agace profondément : la tendance à dévaluer le Sheffield Shield.

« Quand on déprécie le Sheffield cricket, ça me frustre », lâche-t-il. Son raisonnement est limpide : si le bilan statistique de Labuschagne dans cette compétition suffit à justifier sa place en équipe d’Australie, pourquoi les autres, avec des chiffres similaires voire supérieurs, n’auraient-ils pas la même chance ?

La question, posée par un homme qui a appris à vivre avec la douleur sans jamais réclamer d’indulgence, résonne avec un certain poids. Khawaja a passé sa carrière à prouver qu’il pouvait tenir son rang malgré un handicap invisible. Désormais, il demande simplement que ceux qui empilent les runs dans l’ombre bénéficient, eux aussi, d’un regard juste.

Son corps lui a imposé une bataille permanente. Le cricket australien, lui, doit maintenant décider qui est prêt à en livrer une nouvelle pour une place au sommet.