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Morkel prépare les lanceurs indiens au vent de Wellington

À Wellington, ce n’est pas seulement la Nouvelle‑Zélande qu’il faudra affronter. C’est le vent. Un vent qui fait vibrer les vitres de l’hôtel, fait tanguer les cyclistes sur le front de mer et oblige les Indiens à revoir tout leur plan de jeu avant le troisième T20I de mardi.

Morne Morkel, lui, connaît la bête. L’ancien quick sud‑africain, aujourd’hui coach des lanceurs indiens, en sourit encore : « Assurez‑vous d’avoir un ventilateur très puissant à la maison et marchez dedans, c’est votre préparation », a‑t‑il lancé en rigolant à propos de Wellington. Derrière la blague, un message clair : il va falloir accepter le chaos et s’y adapter très vite.

Bhuvneshwar, le retour sous pression

Au cœur des débats, un nom : Bhuvneshwar Kumar. Quatre ans loin de la sélection, 36 ans – presque 37 –, et un retour attendu comme celui d’un métronome revenu pour remettre de l’ordre. Pour l’instant, la partition grince.

Deux matches à Christchurch, un seul wicket – celui de Daryl Mitchell – et surtout 49 puis 50 runs concédés dans ses quotas complets. Une économie à 12,37, la plus chère du camp indien. Les chiffres sont brutaux.

Morkel, lui, refuse le procès expéditif.

« J’ai beaucoup de sympathie pour son retour », explique‑t‑il. Il rappelle le contexte : quatre ans loin du niveau international, mais deux saisons d’IPL de très haut vol avec Royal Challengers Bengaluru, 17 puis 28 wickets et deux titres consécutifs à la clé. Le talent n’a pas disparu. La main sait toujours. Le corps aussi.

Le problème se situe ailleurs. « Il y a ce facteur d’attente après quatre ans. Il a très bien joué en IPL. Mais là, c’est un autre animal : le cricket international, avec des marges infimes. Avant sa sélection, il n’a eu qu’un mois de cricket, oui il s’est entraîné, mais ce n’est pas la même chose. Il est arrivé avec un volume de travail limité, à cause du calendrier. »

Le discours du coach à son vétéran tient en une ligne : ne pas courir après quoi que ce soit. « Just be you and connect with that », lui répète‑t‑il. Autrement dit : oublier le bruit, les chiffres, les débats, et retrouver son rythme, balle après balle. « On doit respecter le jeu, insiste Morkel. Il faut lui laisser le temps de retrouver ses appuis sur quelques matches. Chaque rencontre le fera progresser. »

Mayank, Prince et le casse‑tête du troisième quick

Derrière Bhuvneshwar, l’Inde a déjà commencé à tester la profondeur de sa réserve de pace. À Christchurch, le troisième rapide a changé d’un match à l’autre.

Mayank Yadav d’abord : 1 pour 40 lors du premier T20I. Puis Prince Yadav : 1 pour 30 dans le deuxième. Une rotation qui n’a rien d’une sanction, assure Morkel.

« C’était purement tactique, lié au lieu », détaille‑t‑il. À Christchurch, l’option Prince s’est imposée pour la fin d’innings : yorkers, exécution précise, capacité à gérer une balle potentiellement humide et un terrain aux dimensions piégeuses. « Ce n’est pas une question de performance. J’ai trouvé que Mayank avait très bien lancé au premier match. »

Pour le jeune Mayank, le staff voit même un bénéfice à ce léger recul. Un match pour goûter, puis du temps pour digérer. « Il est encore brut. Il doit apprendre à lire un over, à comprendre comment le construire. Pour un jeune, ce n’est pas une mauvaise chose de jouer, puis de prendre un peu de recul pour réfléchir. »

Prince, lui, offre un autre profil : rapide, utilisable dans toutes les phases, avec un taux de réussite légèrement supérieur dans l’exécution. Deux pièces différentes sur l’échiquier, que Morkel espère sans doute aligner ensemble un jour, mais pas au prix de la clarté tactique.

Le vent, cet adversaire invisible

Le décor change maintenant. Direction Wellington, officiellement Hnry Stadium pour ce troisième T20I, mais toujours la même réputation : ville la plus venteuse du monde, officieusement. Ces derniers jours, les rafales ont forcé la fermeture du front de mer, des cyclistes ont été renversés. Le cricket arrive dans ce tumulte.

Morkel a déjà goûté à ces conditions au Basin Reserve, en Test. Il sait que ce vent ne se contente pas de siffler dans les oreilles. « C’est un autre monstre, ce vent. Ce matin, à l’hôtel, le bâtiment tremblait », raconte‑t‑il, mi‑sérieux, mi‑amusé.

Pour ses joueurs, l’apprentissage sera express. Une fenêtre réduite : un entraînement, un échauffement, et il faudra déjà se lancer dans l’arène. « Ce vent peut tout impacter, insiste le coach. Le batting, la position dans la stance, la façon de courir, de lancer. Les gars doivent rapidement comprendre comment ça les affecte, puis, une fois le match lancé, le bloquer mentalement et exécuter chaque balle. »

Reste un point très concret, presque brutal : tout le monde ne pourra pas lancer avec le vent dans le dos. « À la fin, il faut quelqu’un qui lève la main et accepte de lancer face au vent. On ne peut pas avoir quatre gars qui lancent avec le vent. »

C’est là que le discours mental de Morkel prend tout son sens. Il a déjà « planté les graines » avant même le début de la tournée, prévenant ceux qui n’avaient jamais joué ici. Le vent, on peut le voir comme un handicap, une excuse toute prête. Ou comme un défi à embrasser.

« Tu peux le voir comme un challenge ou comme quelque chose de négatif qui va te tirer vers le bas. Nous, on veut mettre les gars dans un état d’esprit où ils attendent ce défi avec impatience. »

Une série déjà bien lancée, mais un vrai test à venir

L’Inde mène 2‑0 dans cette série en cinq T20I après les deux victoires à Christchurch. L’écart au tableau d’affichage est net. Sur le terrain, la marge reste plus fine, surtout avec la météo annoncée à Wellington : vent violent, pluie possible, conditions changeantes.

New Zealand joue pour sa survie dans la série. L’Inde, elle, joue pour autre chose : consolider le retour d’un vétéran, accélérer l’apprentissage de deux jeunes rapides et prouver qu’elle peut dompter les éléments autant que l’adversaire.

Dans un stade fouetté par les rafales, la question sera simple : qui osera vraiment lancer face au vent, et qui s’en servira pour plier la série dès Wellington ?