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Roger Federer et Alexander Zverev : L'ère du Big Three se termine

Quand Roger Federer a rangé sa raquette, puis que Rafael Nadal l’a imité deux ans plus tard, le tennis a eu l’impression de refermer un livre entier. Une ère s’éteignait. Novak Djokovic était toujours là, bien sûr, mais deux des trois piliers qui avaient verrouillé les Grands Chelems pendant près de vingt ans venaient de disparaître du paysage. Restait le Serbe, seul gardien d’un territoire que la nouvelle génération rêvait enfin de conquérir.

On imaginait alors une autoroute dégagée pour Daniil Medvedev, Stefanos Tsitsipas, Casper Ruud, et surtout Alexander Zverev, longtemps présenté comme le plus grand joueur de sa génération sans titre majeur. La voie semblait tracée. Le trône, enfin accessible.

Puis Carlos Alcaraz et Jannik Sinner ont déboulé.

Les deux prodiges ont fait irruption, bousculé la hiérarchie, et repris le flambeau laissé par le Big Three avec une insolence désarmante. Pour Zverev, la perspective devenait brutale : celle d’une carrière entière à flirter avec la gloire sans jamais l’atteindre. Le joueur que tout le monde voyait taillé pour les titres majeurs restait bloqué à la porte.

Cette saison a tout changé. Et Roger Federer, lui, savoure.

Federer, lucide et soulagé pour Zverev

Dans un entretien accordé à Sports Illustrated, le Suisse ne cache pas sa satisfaction en voyant l’Allemand enfin sacré en Grand Chelem, puis confirmer avec un deuxième titre à New York le mois dernier.

Pour Federer, ces couronnes n’ont rien d’une surprise tardive, plutôt la fin logique d’un long retard à l’allumage : selon lui, au vu du talent de Zverev, ces deux titres « étaient attendus depuis longtemps ». Il dit avoir été « incroyablement heureux » de le voir, enfin, franchir cette barrière mentale et tactique qui le retenait.

Le mot est important : tactique.

Federer rappelle que, pendant des années, lui et d’autres voix du circuit ont martelé le même conseil à Zverev : arrêter de subir, avancer. Être plus agressif depuis le fond du court, prendre le contrôle des échanges, dicter le rythme au lieu de l’encaisser. Dans les grands rendez-vous, l’Allemand avait souvent le même travers : se recroqueviller, devenir trop passif au moment où il fallait mordre.

Ce n’est qu’en assumant un tennis plus audacieux dans les matches qui comptent qu’il a enfin renversé l’histoire. Le changement ne tient pas à un coup miraculeux, mais à une attitude. Il a osé.

L’ironie d’un maître qui a longtemps fermé la porte

Il y a dans le regard de Federer une pointe d’ironie, presque de paradoxe. Pendant toute sa carrière, le Suisse a incarné cette barrière infranchissable que Zverev et sa génération se heurtaient à répétition. Il a contribué, avec Nadal et Djokovic, à cette chape de plomb qui a retardé l’avènement de l’Allemand.

Les deux hommes ont longtemps cohabité sur le circuit. Zverev a dû se construire dans l’ombre la plus dense qui soit, au cœur de l’apogée du Big Three. Malgré cela, détail piquant de l’histoire, il a quitté cette ère avec un bilan positif face à Federer : quatre victoires en sept confrontations.

Face à une légende, Zverev n’a donc jamais été un figurant. Mais il lui manquait la consécration que l’on associe à ce genre de bilan. Ce vide est désormais comblé.

Alcaraz, le talent débordant qui doit encore apprendre

Federer, en observateur affûté, ne s’arrête pas à Zverev. Il glisse aussi un mot sur Carlos Alcaraz, symbole de la nouvelle vague qui a accéléré la pression sur les épaules de l’Allemand.

Le Suisse décrit un joueur doté d’« une quantité de talent incroyable » – au point, dit-il, qu’Alcaraz doit encore apprendre à gérer lui-même cet excès de possibilités. Trop de solutions, parfois, tue la clarté. Le prodige espagnol doit encore apprivoiser cette richesse pour en faire une arme totalement maîtrisée.

Pendant que Zverev, lui, a enfin trouvé la sienne : une agressivité assumée, un tennis à la hauteur de son gabarit et de ses ambitions. Longtemps, Federer a douté de sa capacité à transformer le potentiel en titres majeurs. Aujourd’hui, le doute a changé de camp.

La question n’est plus de savoir si Zverev gagnera un Grand Chelem. Elle est de mesurer combien de temps il pourra encore tenir tête à cette nouvelle meute qui refuse déjà de le laisser respirer.