Austin : Leclerc en tête, Hadjar en difficulté, Antonelli s'approche
Le Circuit of the Americas a encore joué son rôle habituel : bosselé, piégeux, impitoyable avec la moindre erreur. À l’issue de la journée de vendredi, Charles Leclerc a terminé devant, Lewis Hamilton en chasseur, tandis qu’Isack Hadjar s’enfonçait dans un cauchemar de réglages et qu’Andrea Kimi Antonelli confirmait, lui, que la Mercedes nouvelle génération commence enfin à parler le même langage que son pilote.
Une hiérarchie sans cesse bousculée
Les chronos n’ont jamais vraiment cessé de bouger. Les commissaires non plus. Les limites de piste ont effacé autant de tours qu’elles en ont validé, au point de rendre chaque amélioration immédiatement suspecte.
Oscar Piastri a d’abord cru s’offrir la référence provisoire en 1’36’’243, avant que Max Verstappen ne frappe en 1’35’’702 chaussé de mediums. Un message clair : le composé intermédiaire fonctionne, et pas seulement pour un tour d’installation. Leclerc, lui aussi en mediums, s’intercale ensuite à la deuxième place, ne concédant que quelques dixièmes dans le secteur central.
Hamilton répond. Il claque un 1’34’’893, prend brièvement les devants, puis améliore encore sans parvenir à déloger Leclerc, finalement crédité du meilleur temps de la journée. Le Britannique termine à 0’’289 de la Ferrari, tout près, mais pas encore à portée de dépassement.
Derrière, la feuille de temps raconte un peloton sous tension. Nico Hülkenberg se glisse jusqu’à la septième place, assez pour séparer les deux McLaren. Pierre Gasly trouve lui aussi du rythme et se place devant les deux Racing Bulls, même si la valse des tours supprimés brouille légèrement le tableau final. Lando Norris, lui, voit plusieurs tentatives anéanties par des sorties au-delà du vibreur, notamment au virage 9 et au virage 12, où un tour prometteur disparaît une fois encore pour non-respect des limites.
Au moment où les stands ferment, l’ordre provisoire donne Leclerc devant Hamilton, Antonelli, Verstappen, Norris, George Russell, Piastri, Hadjar, Liam Lawson et Oliver Bearman dans le top 10. Une photographie à prendre avec des pincettes, mais qui fixe au moins les forces du jour.
Le trafic, ennemi invisible des favoris
Sur un tour, Austin ne pardonne ni les erreurs… ni le trafic. Hamilton en a fait l’amère expérience en tombant sur Gabriel Bortoleto au virage 12, obligé d’abandonner sa tentative. Le septuple champion n’a pas mâché ses mots à la radio, reprochant au pilote Audi d’être resté sur la trajectoire de freinage. Les Audi, déjà pointées du doigt plus tôt dans la séance, se sont retrouvées plusieurs fois au mauvais endroit, au mauvais moment.
Plus loin, Russell part large au virage 20 et ruine son effort, tandis qu’un peu plus tôt, un trio Russell–Hülkenberg–Esteban Ocon se retrouve dangereusement compact au virage 14, Ocon devant freiner fort pour éviter la touchette. À chaque fois, un tour potentiellement rapide s’évapore.
Bearman, lui, s’offre une grosse alerte au virage 7, un énorme coup de raquette qui l’oblige à lever le pied avec sa Haas à livrée Godzilla. Plus de peur que de mal, mais un rappel brutal du niveau d’engagement requis pour aller chercher la limite ici.
Même Leclerc n’y échappe pas : longtemps seul pilote sans temps valide, il doit relancer une tentative après avoir manqué l’apex au virage 1 et franchi la ligne blanche. Il lève le pied, repart, et finit par imposer son rythme. Mais rien n’a été simple.
Hadjar : d’un FP1 prometteur à une voiture « inconduisible »
Sur l’autre rive du paddock, l’ambiance est tout autre. Chez Red Bull, la journée se découpe en deux histoires.
Côté Verstappen, le ton reste mesuré mais globalement positif. Le triple champion du monde juge les premiers signes de la RB22 encourageants, tout en pointant un équilibre encore imparfait entre les sections rapides et lentes. Pierre Waché, directeur technique, insiste sur la nécessité de progresser dans les portions plus lentes du tracé. On parle de réglages fins, de « fine-tuning ».
Dans le garage voisin, ce vocabulaire-là n’a plus cours. Isack Hadjar, quatorzième en FP1 mais satisfait de ses sensations, choisit pour la deuxième séance de s’engager dans une autre direction de réglages. Mauvais pari.
« J’ai fait beaucoup de changements après le FP1. J’étais à peu près content de ce matin. Je pensais aller dans la bonne direction, mais ça n’a apporté que beaucoup plus de problèmes », résume le Français. Le contraste est brutal : sur les mediums, il se sent encore à peu près en contrôle, malgré les modifications. Sur les softs, tout s’écroule. Voiture « complètement partie », pilotage « très difficile ». Le mot est lâché : il faut « tout retourner » pour samedi.
Hadjar insiste sur l’ampleur du pas en arrière : la voiture a fait « un énorme pas vers le bas ». L’objectif du soir est clair : au minimum, revenir au niveau de la matinée, retrouver cette base plus saine avant de penser à autre chose. Une nuit longue s’annonce dans le box Red Bull, entre data, comparaisons et compromis à trancher.
Antonelli et Mercedes : la fenêtre de performance se rapproche
Chez Mercedes, le discours est plus nuancé, mais nettement plus optimiste. Le W17 reste une machine capricieuse, mais elle commence enfin à obéir.
L’écurie allemande a débarqué à Austin avec une nouvelle spécification d’aileron avant, pensée pour compléter le gros package aérodynamique introduit en Malaisie. Ce package a relevé le plafond de performance, tout en rendant la voiture plus pointue, plus difficile à exploiter.
Depuis Singapour, Antonelli et Russell disposent tous les deux de la même configuration. Résultat : les ingénieurs peuvent multiplier les comparaisons et accélérer l’apprentissage. Le gain se voit dès le passage du FP1 au FP2.
« Je me suis senti mieux dans la voiture par rapport au FP1 », explique Antonelli. Il parle d’un « bon pas en avant », tout en rappelant que « beaucoup de travail reste à faire ». Mais les chiffres parlent : en FP2, il termine à seulement 0’’042 de Leclerc, leader de la séance. La Mercedes n’est pas encore facile, elle reste délicate à placer dans sa bonne fenêtre d’exploitation, mais lorsque tout s’aligne, la performance est là.
Le jeune Italien souligne l’importance d’avoir les deux voitures sur le même package : plus de variantes à tester, une compréhension plus fine de ce dont cette Mercedes a besoin. Depuis Singapour, les données se sont accumulées, les ingénieurs commencent à mieux cerner le mode d’emploi de ce châssis révisé. La quête, désormais, consiste à réussir à placer le W17 dans la bonne fenêtre plus souvent que sur quelques tours isolés.
FP3 en ligne de mire : confirmation ou redistribution des cartes ?
La suite arrive très vite. Le FP3 offrira une dernière heure pour ajuster les hauteurs de caisse, peaufiner les niveaux d’appui et, pour certains, tout simplement remettre la voiture sur des rails exploitables.
Leclerc devra confirmer que sa Ferrari tient la corde sur un tour, Hamilton et Antonelli voudront prouver que Mercedes a réellement trouvé un palier supplémentaire, tandis que Verstappen cherchera à transformer une base « satisfaisante » en arme implacable pour la qualification.
Pour Hadjar, l’enjeu est plus brutal : retrouver une voiture pilotable avant que les choses sérieuses ne commencent. À Austin, ceux qui ratent la fenêtre le vendredi passent souvent leur samedi à courir après le temps perdu. Qui aura vraiment apprivoisé le COTA lorsque les feux passeront au vert en qualifications ?




