Angleterre–Sri Lanka : Banton brille mais trébuche encore
On avait laissé l’Angleterre groggy après une nouvelle poursuite ratée contre le Pakistan. On la retrouve en tri-série face au Sri Lanka, invitée cette fois à faire ce qu’elle préfère : fixer le tempo avec la batte. Et pendant une bonne heure, Tom Banton donne l’illusion que tout est simple.
Banton lance la machine, Duckett traîne les pieds
Asitha Fernando ouvre proprement, maiden d’entrée à Banton. Pas de swing, pas de cadeau non plus : l’Angleterre commence en marche prudente. Dilshan Madushanka enchaîne, trois simples, les deux ouvreurs se contentent de jauger le terrain. Inspection de la piste, version ODI.
Il faut attendre le quatrième over pour que la partie s’embrase. Banton décide que ça suffit : trois limites de suite, un edge large du slip, un drive plein champ, puis un somptueux coup de poing du revers à travers extra-cover. En trois balles, l’Angleterre passe de l’attente à l’affirmation. Le ton est donné.
Face à lui, Ben Duckett vit un autre match. Il gratte, il cherche, il survit. Il échappe à un run-out après une course suicidaire, voit Arachchige lui offrir une vie en laissant tomber une chance plutôt simple à backward point. Après 16 balles, il n’a que 5 runs et une batte qui semble creuse. Pendant ce temps, Banton monopolise la lumière et la frappe : 28 des 31 runs au bout de six overs, la feuille de score penche lourdement d’un côté.
Eshan Malinga, le neveu de, arrive pour tenter de freiner l’élan. Wide pour commencer, puis un nouveau coup de velours de Banton, poussé à gauche de mid-on. Tout ce que touche l’ouvreur anglais semble sortir du milieu de la batte. Il avance à 20, 28, puis 41, sans jamais paraître forcer.
Un fifty brillant, puis le trou d’air
À 47, Banton n’est plus qu’à un coup d’un nouveau cap symbolique. Un pull pour deux runs face à Malinga, et il grimpe à 49. Le passage de témoin arrive dans l’over suivant : Dunith Wellalage, rappelé dans le XI, prend la dernière over du Powerplay. Banton ne se démonte pas, dégaine un reverse-sweep au-dessus du champ pour quatre, puis ajoute un simple en reverse pour aller chercher un superbe fifty en 48 balles, avec neuf limites, plus de toucher que de puissance brute. C’est déjà son quatrième score au-delà de 50 en cinq manches depuis qu’il a été promu à l’ouverture.
L’association avec Duckett commence enfin à ressembler à un partenariat digne de ce nom. Malinga en fait les frais : Duckett, soudain réveillé, lui prend 14 runs dans un over. Trois doubles pour se mettre en route, puis deux magnifiques frappes pour quatre, une frappe lourde à travers extra-cover, puis un coup de poignet parfaitement dosé dans les pads. L’Angleterre passe 74 sans perte, Banton à 50, Duckett à 23. Le décor est idéal.
Et puis, comme deux jours plus tôt, Banton trébuche au moment même où il semble intouchable. Sur 50, il tente un chip inside-out au-dessus d’extra-cover contre Wellalage, mais ne contrôle pas son geste. La balle flotte vers le large long-off, Liyanage se place et le cueille sans trembler. Pour la deuxième fois en trois jours, Banton s’écroule juste après son cinquantième. Une fin frustrante pour une manche de grande classe, et une piqûre de rappel : ce poste d’ouvreur, il le sublime, mais ne l’a pas encore verrouillé.
Les slow left-armers coupent le rythme
Joe Root arrive au milieu avec une cible personnelle en tête : 64 runs pour devenir le premier Anglais à franchir la barre des 8 000 en ODI. Il commence comme il sait le faire, sans bruit. Un run, puis une série de coups mesurés, tout en angles et en placement.
À l’autre bout, Duckett replonge dans ses tourments. Dasun Shanaka, introduit après la sortie de Banton, verrouille la ligne, surtout au-dessus de la main gauche de Duckett. Cinq dot balls d’affilée, un bottom-edge qui frôle les stumps sur une tentative de cut. L’Anglais n’arrive plus à libérer ses bras.
Le piège finit par se refermer. Wellalage, déjà récompensé par le scalp de Banton, revient. Duckett tente de balayer, manque complètement, et se retrouve plombé lbw, tellement net qu’il ne discute presque pas avec Root de l’éventualité d’un DRS. 29 runs en 39 balles, une lutte plus qu’une manche. L’Angleterre passe de 74-0 à 85-2, et retrouve ces fameuses « slow left-arm blues » dont elle se serait bien passée.
Les chiffres sont cruels : entre Wellalage et Arafat Minhas, les deux left-arm spinners qui ont croisé la route anglaise dans cette tri-série, on arrive à des chiffres combinés de 8-58 en 12,4 overs. Un cauchemar récurrent, presque un cas d’école.
Root déroule, Brook cherche la clé
Harry Brook, capitaine du jour, rejoint Root. Il a lui-même reconnu, après le match de mardi, que l’Angleterre n’avait pas été assez positive contre les spinners. Les paroles sont là, il faut maintenant les actes.
Pour l’instant, Wellalage le tient. Brook joue un coup indécis, se fait battre, hésite à accélérer. L’Angleterre se rabat sur les fondamentaux : des singles, des doubles, rien de spectaculaire, mais un tableau qui avance. Six runs dans l’over, puis trois seulement au suivant. Le Sri Lanka a brisé le rythme, exactement ce que cette équipe anglaise déteste.
Shanaka, lui, tourne autour des 75 mph, mais Kusal Mendis ne monte pas aux stumps. Étrange, quand on sait à quel point Root et Brook ont déjà souffert de ce plan en Test. Les deux Anglais en profitent pour gratter, encore et encore. Les runs viennent, doucement. Root, surtout, impose sa classe discrète.
Un over face à Shanaka résume tout : deux fois, Root fouette la balle à travers midwicket, parfaitement timé, puis prend le simple en fin d’over pour garder la main. 16 runs en 12 balles, sans un geste superflu. On le regarde depuis 14 ans, on connaît la partition, mais elle reste implacable.
Brook, lui, peine à décoller : 4 runs en 12 balles, puis 6 en 12. Il tente une charge sur Wellalage, se retrouve à raser le sol avec un coup mal contrôlé vers midwicket. Le lancer revient sur les stumps, l’arbitre fait appel au troisième homme, mais la reprise montre un Brook bien rentré dans sa crease. Frayeur sans conséquence. Pour l’instant.
À la fin du 20e over, l’Angleterre pointe à 110-2. Root est à 22 sur 18, Brook à 8 sur 12. La base est là, solide mais pas intimidante. Les deux camps le savent : c’est ici que tout se joue. Derrière, l’Angleterre a de la batte en réserve – Sam Curran, Will Jacks, Cox, Overton – mais si ce partenariat cède tôt, les fantômes de la déroute contre le Pakistan reviendront aussitôt hanter le vestiaire.
Une tri-série, un avertissement
Le contexte donne à cette manche une dimension plus lourde qu’un simple match « neutre » de tri-série. Le vaincu se retrouvera lanterne rouge à mi-parcours, zéro point et beaucoup de questions. L’Angleterre a déjà laissé filer une poursuite de plus de 300 runs deux fois en trois rencontres. Les schémas négatifs s’installent vite dans un groupe, surtout quand les collapses deviennent un sujet récurrent.
Cette fois, l’équipe de Jos Buttler – en l’occurrence menée sur le terrain par Brook – a l’avantage de frapper en premier. Elle a vu Banton briller, puis gâcher. Elle a vu Duckett lutter, puis céder à la pression des spinners. Elle s’appuie sur un Root toujours maître du tempo, mais reste sous la coupe des slow left-armers adverses.
Face à elle, ce Sri Lanka remodelé, avec Avishka Fernando de retour en haut de l’ordre et Wellalage en métronome au milieu, n’a rien d’un figurant. La tri-série peut sembler fade à certains, mais pour ces deux équipes, elle ressemble de plus en plus à un test de caractère.
La question est simple, brutale : cette Angleterre-là va-t-elle enfin apprendre à finir ce qu’elle commence si bien ?




