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Kawhi Leonard fait son retour triomphal à Toronto

TORONTO — Le Scotiabank Arena n’a pas simplement rouvert ses portes mercredi soir. Il a rouvert un chapitre que toute une ville pensait définitivement refermé.

Kawhi Leonard, à nouveau en saison régulière sous le maillot des Raptors, a été accueilli par une ovation qui ressemblait plus à un remerciement qu’à une simple salutation. Sur le parquet, son retour s’est accompagné d’une démonstration collective : victoire écrasante de Toronto, 135-92, face aux Chicago Bulls pour le match d’ouverture à domicile.

Le retour du héros

Sur chaque siège, un t-shirt blanc, frappé de sa main déployée. Sur le parquet, 23 points, six rebonds, quatre interceptions. Dans les tribunes, 19 800 personnes debout, prêtes à revivre 2019.

Leonard avait déjà foulé ce parquet en présaison, mais il l’a dit lui-même : ce n’était pas la même chose. « Ces matchs comptent au classement, et il y avait plus de monde ce soir que pour le premier match », a-t-il expliqué, savourant le moment. « C’était un bon soutien des fans. On leur a laissé des t-shirts, avec ma main dessus. C’est différent. C’est une atmosphère différente, surtout quand la saison commence. »

Différente, oui. Et terriblement familière à la fois.

C’était sa première apparition en saison régulière avec Toronto depuis 2019, année du seul titre NBA de la franchise, dont il reste l’architecte principal. Puis il était parti chez lui, à Los Angeles, rejoindre les Clippers. L’été dernier, un échange l’a renvoyé au Canada, transaction retardée par une enquête de la NBA sur une possible entorse au plafond salarial impliquant Leonard et la franchise californienne.

Une star en rodage, une équipe en surchauffe

Ce retard a un prix : à 35 ans, Leonard rattrape encore son retard physique. Darko Rajakovic l’avait laissé entendre avant la rencontre, le temps de jeu serait surveillé.

Toronto menait de 40 points au début du quatrième quart-temps. Rajakovic le sort. Leonard demande à revenir.

« Je n’ai pas eu la chance de beaucoup jouer au camp d’entraînement, donc toutes les minutes que je peux prendre, c’est important », a-t-il expliqué. « Je sais qu’on est en train de les corriger, mais l’objectif, c’était d’atteindre 23, 24 minutes ce soir. J’ai besoin de répétitions pour apprendre les systèmes… C’est là qu’on progresse. On progresse sur le terrain, en essayant des choses, en tirant quand on est ouvert. On ne peut pas attendre l’entraînement pour prendre 100 tirs. Il faut des répétitions en match. »

Rajakovic a apprécié ce refus de lever le pied. « J’ai trouvé que les tirs qu’il obtenait étaient vraiment de bons tirs. Il est encore en train de construire sa capacité à jouer », a commenté l’entraîneur des Raptors. « J’adore le fait qu’il ait demandé à jouer plus dans le quatrième quart-temps, juste pour se faire les jambes. Ça fait partie du processus. Mais chaque minute qu’il passe sur le terrain, cette capacité va augmenter. »

Leonard, pourtant, a connu une soirée inhabituellement maladroite pour un joueur qui tourne en carrière à 49,9 % au tir, dont 39,1 % à trois points. Contre Chicago, il termine à 5 sur 17, dont 2 sur 6 de loin. Loin de ses standards, bien loin des 27,9 points, 6,3 rebonds, 3,6 passes, 1,9 interception de moyenne en 65 matchs la saison passée avec les Clippers, saison conclue par une place dans la deuxième équipe All-NBA.

Mais l’essentiel, ce soir-là, n’était pas dans le pourcentage. Il était dans la présence.

Une salle en fusion, comme en 2019

L’excitation était palpable bien avant l’entre-deux. Dès l’ouverture des portes, les tribunes se sont remplies de maillots frappés du numéro de Leonard, de casquettes de champions 2019 ressorties des placards, de téléphones prêts à capturer chaque apparition du numéro 2 sur l’écran géant.

« Honnêtement, je n’arrive toujours pas à y croire », lâche Omar Rohilla, venu de Brampton. « Chaque fois que je le vois dans un maillot des Raptors, j’ai l’impression de regarder de la science-fiction. Je n’arrive pas à croire qu’il est de retour. Je suis juste excité. »

À ses côtés, son père, Aftab Rohilla, porte le même maillot. « Génial, génial », sourit-il. « J’ai détesté quand il est parti, mais le retour va être doux, c’est sûr. »

Les symboles se sont enchaînés. Scottie Barnes, All-Star en devenir, a pris le micro avant le match pour accueillir les fans. Il a lancé son discours par un « What it do baybee » qui a fait exploser la salle, clin d’œil à la phrase devenue virale en 2019 sur Instagram, lorsque Serge Ibaka filmait Leonard. Ibaka était là, dans les gradins, comme un témoin du lien indestructible entre le joueur et la ville.

Drake aussi, évidemment. Marina Mabrey, star de Toronto Tempo, plusieurs joueurs des Toronto Argonauts, et dans les loges, Edward Rogers et Keith Pelley, patrons de l’empire MLSE. Tout le monde voulait voir ce retour, sentir l’électricité d’un soir pas comme les autres.

Pendant « Ô Canada », la caméra s’attarde sur Leonard, tête baissée, concentré. Les tribunes explosent une nouvelle fois. On ne célèbre pas seulement un joueur. On célèbre un souvenir, et peut-être une promesse.

« C’est 2019, encore »

Dans les rangs, Jack Poon et Cecilia Lau, venus d’Aurora, n’ont pas l’impression d’assister à un simple match d’ouverture.

« C’est 2019 tout recommence », sourit Poon. « On a acheté ces billets spécialement pour ce soir parce que c’est sa tournée de retour. C’est le même sentiment. »

Lau a poussé le rituel un peu plus loin. « Bien sûr, gagner encore », glisse-t-elle. « Quand je me suis réveillée, j’ai mis ma casquette de champions 2019 et le t-shirt du titre. »

Sur le parquet, les Raptors ont fait leur part du travail, transformant la soirée en fête totale avec ces 135 points inscrits et un écart indécent de 43 unités. Leonard, deux fois champion NBA, deux fois MVP des Finales, sept fois All-Star, sept fois dans une All-NBA Team, n’a pas eu besoin d’être parfait pour redonner à la salle ce frisson si particulier.

Il lui faudra du temps pour retrouver son plein régime. Toronto, lui, n’a pas attendu pour se rappeler à quel point tout peut basculer quand Kawhi Leonard porte à nouveau du rouge et noir. La question, désormais, n’est plus de savoir si la ville l’a pardonné d’être parti.

La vraie question, c’est jusqu’où ils peuvent aller, ensemble, cette fois-ci.