Rawalpindi : Sri Lanka et England en quête de rédemption
À Rawalpindi, retrouvailles sans filet entre vieilles connaissances
Un mois à peine s’est écoulé depuis que ces deux équipes ont rangé l’été anglais dans les vestiaires. Jeudi, Sri Lanka et England se recroisent à Rawalpindi, dans une tri-série où chacun cherche encore ses marques… et une place en finale que Pakistan semble déjà avoir verrouillée d’un pied.
Les deux viennent de s’incliner face à Pakistan, les deux ont couru après des scores autour des 300 sans jamais vraiment les menacer. Sri Lanka a cédé à 37 runs, England à 87. Même symptôme, deux scénarios différents.
Les Sri Lankais, lancés à la poursuite de 306, étaient confortablement installés à 210 pour 4. Puis la poursuite s’est délité, faute d’accélération, faute de prise de risque. England, de son côté, se trouvait à 120 pour 1, avec 183 runs à marquer en 190 balles. Une situation idéale sur le papier. Elle s’est transformée en débâcle, en 87 runs de retard au coup de sifflet final.
Ce match-là ne décidera sans doute pas du vainqueur de la tri-série. Mais il dira qui refuse de s’installer dans le rôle de figurant.
Le souvenir brûlant de septembre
La dernière fois que ces deux équipes se sont croisées, la température chutait sur le nord de l’Angleterre mais pas sur le terrain. La série de septembre avait tourné nettement en faveur d’England, emmenée par Harry Brook : 2-1, avec des victoires de 89 puis 223 runs, de part et d’autre d’un sursaut sri lankais à Headingley, porté par un 121 majuscule de Kusal Mendis.
Ce passé récent donne un cadre. Il ne garantit rien. À Rawalpindi, la dynamique est différente, le décor aussi, et les questions se sont accumulées dans les deux camps après leur entrée ratée face à Pakistan.
Brook, après la défaite de mardi, n’a pas caché son admiration pour Arafat Minhas, auteur d’un 6 pour 40 qui a renversé la poursuite anglaise. Mais le capitaine a aussi pointé du doigt l’attitude de ses batteurs, trop prudents, trop respectueux du gaucher. Ce n’est pas la première fois que ce groupe anglais, joueurs comme staff, se demande si la vraie faute n’est pas un manque d’agressivité au bâton.
Cette fois encore, l’argument tient la route.
Sur le plan tactique, Brook n’est pas exempt de reproches non plus. En laissant le bas ordre de Pakistan s’échapper pour dépasser les 300, il a offert un tournant au match. Seuls Will Jacks et Jamie Overton ont bouclé leurs 10 overs. Le choix de confier le 46e over à Joe Root – 12 runs encaissés – a ressemblé à un pari inutile, mal payé.
Face à eux, Sri Lanka a de quoi répondre dans le secteur clé du moment : le spin. Dunith Wellalage, gaucher orthodoxe, avait pris 3 pour 49 lors de la victoire à Leeds en septembre. À ses côtés, le leg spinner Sachindu Colombage attend lui aussi une Angleterre plus frontale, plus décidée à attaquer. Et dans le vestiaire sri lankais, les batteurs se posent les mêmes questions que leurs homologues : la poursuite contre Pakistan a-t-elle échoué parce qu’ils ont trop temporisé, là aussi ?
Formes du moment, doutes bien réels
Sri Lanka reste sur une série de résultats en dents de scie : deux défaites consécutives, puis une victoire, une défaite, une victoire (LLWLW). England affiche un tableau un peu plus stable (LWLWW), mais la dernière sortie a laissé une impression forte : un revers net, assumé par Brook lui-même, qui y voit presque une base de travail. Quand une équipe parle de “défaite la plus convaincante depuis longtemps”, c’est qu’elle cherche à recadrer son récit.
Deux noms cristallisent les interrogations.
D’abord Adil Rashid. Son retour mardi, après une blessure à la main qui l’avait privé de la série contre Sri Lanka en fin d’été, n’a pas rassuré. Huit overs, 55 runs concédés, et surtout 24 d’entre eux arrachés par Hasan Nawaz, auteur de 79 avec quatre sixes, dont trois sur Rashid. Pour la quatrième fois de suite en ODI – les trois précédentes contre India cet été – le leg spinner n’a pas bouclé son quota de 10 overs.
À 38 ans, la question n’est plus taboue : jusqu’où ses pouvoirs vont-ils décliner d’ici la prochaine Coupe du monde ODI ? Une prestation plus aboutie contre Sri Lanka calmerait les débats. L’inverse les enflammerait.
En face, Avishka Fernando joue gros. Sa première apparition en ODI depuis février 2025 a duré neuf balles, stoppée net par un bouncer de Naseem Shah. Si Pathum Nissanka avait été apte, Fernando ne serait sans doute pas entré dans ce XI pour sa 52e sélection. Le voilà pourtant avec une nouvelle chance, gagnée sur sa forme en domestic. Gros frappeur propre, capable de trouver les cordes avec fluidité, il devra transformer l’échantillon minuscule de dimanche en vraie déclaration sur une surface annoncée encore une fois fidèle aux batteurs.
XIs probables : stabilité contre loterie
Composer un XI sri lankais reste un exercice proche du tirage au sort. Une chose semble claire : ils chercheront à reproduire la recette Minhas en réinstallant Dunith Wellalage dans l’équipe. Sahan Arachchige apparaît comme le candidat le plus probable pour sortir.
Sri Lanka (XI probable) :
- Avishka Fernando
- Kamindu Mendis
- Kusal Mendis (capitaine, wicketkeeper)
- Pavan Rathnayake
- Sahan Arachchige / Dunith Wellalage
- Janith Liyanage
- Dasun Shanaka
- Sachindu Colombage
- Eshan Malinga
- Asitha Fernando
- Dilshan Madushanka
England (XI probable) :
- Tom Banton
- Ben Duckett
- Joe Root
- Harry Brook (capitaine)
- Jordan Cox (wicketkeeper)
- Sam Curran
- Will Jacks
- Jamie Overton
- Gus Atkinson
- Adil Rashid
- Josh Tongue
Rawalpindi, terrain de chasse à 300
Les deux équipes ont choisi de chasser lors de leur premier match, misant sur la rosée attendue avec ces coups d’envoi à 13 heures. La rosée est bien tombée. Elle n’a pas suffi à transformer les seconds lancers en cauchemar pour Pakistan.
Difficile d’imaginer Sri Lanka ou England renoncer à l’idée de poursuivre s’ils gagnent le toss. Pourtant, un détail intrigue : sur la fin des deux rencontres, la surface de Rawalpindi a montré des signes de rebond variable, de caprices sous les projecteurs. De quoi pousser à revoir les plans ? Pas sûr. Ces derniers jours ont offert un parfum de cricket d’une autre époque : passez les 300, et vous devenez favori.
Dans ce contexte, certains jalons individuels ajoutent une couche d’enjeu. Joe Root n’est qu’à 64 runs de devenir le premier Anglais – et le 34e joueur au total – à atteindre les 8000 runs en ODI. Dunith Wellalage, lui, n’est qu’à cinq wickets des 50 dismissals en ODI. Deux caps, deux trajectoires, deux manières d’inscrire ce match dans une histoire plus longue.
Entre réaction et confirmation
Les chiffres bruts disent que Pakistan a dominé les deux, que Sri Lanka a mieux résisté qu’England. Mais ce duel-là ne portera pas seulement sur l’écart au tableau d’affichage. Il portera sur la manière de répondre.
Sri Lanka doit prouver qu’il sait terminer une poursuite bien lancée, qu’il peut transformer 210 pour 4 en victoire, pas en naufrage progressif. England doit montrer qu’il n’a pas perdu son identité offensive, qu’il sait encore dicter le tempo plutôt que subir le spin adverse.
Harry Brook, lucide après la claque d’ouverture, a parlé d’une défaite “probablement la plus convaincante” subie par son équipe depuis l’an dernier, en y voyant presque un signe positif. À Rawalpindi, ce genre de discours ne suffira plus. Il faudra une réaction nette, au bâton comme à la balle.
Pakistan regarde déjà vers la finale. À Sri Lanka et England de décider, jeudi, qui refuse de se contenter du rôle de sparring-partner dans cette tri-série.




