Les Proteas dominent l’Australie à Gqeberha
À la tombée du quatrième jour au St George’s Park de Gqeberha, l’affaire semble presque réglée. L’Australie vacille sur 156/4 dans sa deuxième manche, encore à 170 runs de l’objectif simplement pour obliger l’Afrique du Sud à rebattre. Les Proteas, eux, sentent déjà l’odeur d’une victoire qui remettrait la série à égalité.
Une mission quasi impossible pour l’Australie
Les visiteurs abordent le cinquième jour au bord du gouffre. Ils doivent non seulement survivre à une attaque sud-africaine déchaînée, mais probablement le faire sans leur pilier le plus expérimenté. Steve Smith, diminué par une blessure au cou lors de la première manche, n’a pas encore pris la batte dans ce second tour et a été relégué dans l’ordre. Son incertitude pèse comme un nuage supplémentaire sur un ciel déjà très sombre pour les Australiens.
Travis Head (87*) reste leur unique phare dans la tempête. Il reprendra ce dernier jour aux côtés du nightwatchman Scott Boland (2*), avec un seul objectif réaliste : retarder l’inévitable, gratter des overs, user la balle, espérer un miracle. Mais tout, dans le scénario de cette rencontre, crie le contraire.
Le coup de massue : 99 all out
La bascule s’est produite plus tôt dans la journée, lorsque les Proteas ont balayé l’Australie pour 99 dans sa première manche. Un score famélique, surtout face aux 425/9 déclarés la veille par les hommes de Temba Bavuma. Un déficit de 326 runs, et une décision sans hésitation du capitaine sud-africain : follow-on immédiat.
Les Australiens, repartis à 69/6, n’ont jamais vraiment eu le temps d’espérer. Marco Jansen a ouvert le bal du carnage matinal en décrochant son cinquième wicket en faisant pousser Beau Webster (13) loin de son corps, offrant une prise confortable à Aiden Markram au deuxième slip. 84/7, et la pente devenait une falaise.
Les trois derniers wickets sont ensuite tombés en un éclair, pour seulement trois runs. Wiaan Mulder a d’abord fait vaciller Smith (28), le mettant en grande difficulté avant de le battre proprement. Kagiso Rabada a ensuite fait effleurer Mitchell Starc (1) jusque dans les gants de Ryan Rickelton, puis Mulder a conclu en faisant trouer l’air à Pat Cummins, repris à deep square leg par Matthew Breetzke.
Tableau final impitoyable : Jansen en vedette avec 5/33, parfaitement épaulé par Mulder (2/12), Rabada (2/33) et Anrich Nortje (1/5), pourtant blessé au niveau de l’aine un peu plus tôt.
Le follow-on, et la même punition
Contraints de rebattre, les Australiens ont revécu un mauvais rêve. Rabada, déjà tranchant la veille, a frappé le premier en deuxième manche. Nic Maddinson (8) a effleuré derrière, Rickelton ne s’est pas fait prier. 8/1, et le ton était donné.
Cette fois, Travis Head et Marnus Labuschagne ont relevé la tête. Ils ont résisté, se sont accrochés, ont construit une deuxième-wicket partnership de 42 runs jusqu’au thé, puis l’ont prolongée à 92 après la pause. Un peu de caractère, enfin. Head a même bénéficié d’un énorme coup de pouce : un edge franc sur Mulder, droit sur Jansen au gully. La balle est arrivée vite, a explosé dans ses mains, puis s’est échappée vers la limite. Un répit inespéré.
La résistance australienne a alors semblé se structurer. Le score a atteint 100/1, la pression s’est légèrement desserrée. Puis tout a rebasculé sur un instant de folie.
Labuschagne, déjà sauvé une première fois par la vidéo après une décision LBW initiale contre lui sur Simon Harmer, a tenté le coup de trop. Il a dansé hors de sa zone, a cherché la puissance, a trouvé la hauteur. La balle est montée très haut, Marco Jansen a sprinté vers long on et l’a cueillie. 100/2, et l’espoir australien a pris un sérieux coup.
Rabada, Harmer et la pression qui craque
La fin de journée a appartenu aux Sud-Africains. La pression, patiemment entretenue, a fini par fissurer les visiteurs. Rabada a produit un moment de pur génie pour écarter Matt Renshaw (11). Le gaucher a laissé passer une balle qu’il croyait hors de danger ; elle est revenue violemment, a fauché ses stumps. Un wicket d’école, et un message clair : aucune erreur ne serait pardonnée.
Beau Webster (8) a suivi, piégé LBW par Harmer. L’Australie, qui avait semblé reprendre un peu de contrôle, s’est retrouvée à 150/4, de nouveau acculée.
Head, lui, s’est accroché, stoïque, porté par ses 87* construits dans l’adversité. Mais il sait ce qui l’attend au réveil : une nouvelle salve de Jansen, Rabada, Mulder et Harmer, avec un Boland en éclaireur et une longue tail exposée. La marge d’erreur est nulle.
Le tournant : un troisième jour libéré de la pluie
Ce scénario brutal prend racine dans un troisième jour où les Proteas ont enfin pu s’exprimer après deux journées hachées par la pluie. Temba Bavuma a donné le ton avec un magistral 179, soutenu par un Jansen inspiré (85) et un Simon Harmer précieux (82). Ces contributions ont propulsé l’Afrique du Sud vers un total de 425/9 déclaré en fin de journée, total qui pèse désormais comme un rocher sur cette rencontre.
Rabada, de retour de blessure, a immédiatement annoncé la couleur en renvoyant Maddinson pour un duck sur la quatrième balle de l’inning australien, laissant les visiteurs à 3/1 pour la nuit.
Le lendemain matin, le plan s’est déroulé presque à la perfection. Jansen a fait sauter le nightwatchman Boland (2) dès sa première balle de la journée, dans le deuxième over, ramenant l’Australie à 11/2. Dans le 10e over, un énorme in-swinger de Jansen a écrasé les pads de Head (14). L’arbitre a d’abord refusé, Bavuma a demandé la révision, et le DRS a affiché trois rouges. 22/3, la digue commençait déjà à céder.
Labuschagne (14) et Smith ont tenté de colmater. Quelques coups positifs, une volonté de reprendre l’initiative. Puis Nortje a trouvé la ligne parfaite : la balle a redressé, a accroché l’edge de Labuschagne, et Harmer, placé au gully, a plongé sur sa gauche pour une prise à une main superbe devant Markram. 45/4, l’étau se refermait.
L’Australie espérait au moins atteindre le déjeuner. Elle a cru être sauvée par la malchance sud-africaine quand Nortje, dans son quatrième over, a dû quitter le terrain, touché à l’aine. Mais Jansen a refusé de laisser filer le moment. Juste avant la pause, il a asséné un double coup fatal : d’abord Renshaw (12), héros du premier test, surpris par un short ball agressif qui a filé vers Harmer au troisième slip ; puis Alex Carey pour un golden duck, léger edge vers Rickelton. 65/6, et le match avait basculé.
Une dernière journée sous haute tension… pour l’Australie
Tout mène désormais à cette dernière question : combien de temps l’Australie peut-elle encore retarder la sentence ? Head peut-il transformer son 87* en monument de résistance ? Smith, blessé, pourra-t-il descendre les marches du pavillon pour une dernière bataille, ou regardera-t-il, impuissant, la série se rééquilibrer depuis le balcon ?
Face à eux, les Proteas n’ont plus qu’un travail à finir. Une série à relancer. Et une occasion en or d’envoyer un message clair : à Gqeberha, ce sont eux qui dictent le tempo.




