WNBA Finals : Angel Reese brille lors du Game 3
L’instant est presque devenu un cliché à Atlanta. Angel Reese s’écarte derrière la ligne, reçoit le ballon, arme. Quand le tir tombe dedans, l’histoire est presque écrite d’avance.
Avec 40,1 secondes à jouer dans le premier quart-temps de ce Game 3 des Finals, la star du Atlanta Dream plante un tir à trois points qui fait exploser le State Farm Arena et porte l’écart à 22-12. Un détail statistique dit tout : cette saison, le Dream affiche un parfait 14-0 dès que Reese rentre au moins un tir longue distance. 9-0 en saison régulière. 5-0 en playoffs. Chaque trois points ressemble à un présage.
Une salle survoltée, un début de match à sens unique
Dès l’entre-deux face à Kiah Stokes, le ton est donné. Atlanta gagne la première possession. Les premières minutes appartiennent totalement au Dream : 6-0 d’entrée, une salle debout, des huées nourries pour le Golden State Valkyries à chaque entrée sur le parquet, et une clameur à chaque panier local.
L’énergie est brute, presque sauvage. Les Valkyries, elles, restent scotchées au sol. 0 sur 8 au tir pour commencer la rencontre. Il faut attendre un hook dos au panier d’Aminata Gueye à 4 minutes et 38 secondes de la fin du premier quart pour voir enfin un tir réussi côté Golden State. Un symbole de leurs difficultés offensives sur cette série : 32 % au tir lors du Game 1, 34 % lors du Game 2, et un début de Game 3 dans la même veine.
La pression défensive d’Atlanta étouffe chaque tentative. Le public fait le reste.
Angel Reese, moteur d’une équipe et d’une ville
Si le Game 1 avait laissé à Reese un goût amer – elle avait reconnu ne pas avoir été assez agressive ni assez présente dans l’intensité lors de la défaite 68-64 – la réponse a été cinglante dès le Game 2. 30 points à 62,5 % au tir, 16 rebonds, 3 passes, 2 contres, 1 interception dans la victoire 79-65. Une démonstration de puissance et de volonté.
Avant ce Game 3, elle avait expliqué s’être lancé un défi mental : entrer sur le parquet avec une énergie supérieure à tout le monde, imposer son rythme avant même que les autres aient le temps d’y penser. Ses coéquipières le savent, l’assument, s’y accrochent. Naz Hillmon l’a résumé : égaler l’énergie de Reese est presque impossible, alors l’équipe choisit de s’y abandonner, de « se jeter dedans », de prendre les coups de poitrine, de faire les petits efforts pour suivre le courant.
Cette énergie est contagieuse. Elle déborde du parquet, grimpe les tribunes, gagne la ville. Angel Reese avait d’ailleurs appelé Atlanta à « pull up and pop out » pour ce rendez-vous des Finals au State Farm Arena. La ville a répondu.
Une soirée de stars et de symboles
Le décor est à la hauteur de l’enjeu. Game 3 des WNBA Finals, une série à égalité une victoire partout, et une salle NBA pleine à craquer après le déménagement depuis le plus modeste Gateway Center Arena. Passer de 3 500 à 17 000 places, c’est changer d’échelle, d’ambition, de bruit. Rhyne Howard l’avait dit : disputer les Finals dans une grande salle, c’est offrir à plus de monde la possibilité de venir célébrer avec l’équipe.
Les tribunes racontent l’histoire. Cam Newton, enfant d’Atlanta devenu MVP en NFL, est là. Ryan Clark, champion du Super Bowl, aussi. Q Parker, voix de 112, a posé une interprétation léchée de l’hymne national, veste en cuir et lunettes sombres. L’atmosphère est celle des grandes nuits de sport américain.
Au bord du parquet, un autre symbole : Kim Mulkey. Avant de devenir « ATL Barbie », Reese était la « Bayou Barbie » sous les ordres de la coach à LSU. Ensemble, elles ont offert à LSU un premier titre national en 2023, Reese y décrochant le titre de Most Outstanding Player du tournoi NCAA. Deux fois All-American, meilleure joueuse de la SEC en 2024, meilleure scoreuse et rebondeuse de la conférence deux saisons de suite : son CV universitaire l’a suivie jusqu’en Géorgie. La présence de Mulkey, veste marron et pantalon imprimé léopard, donne au moment un parfum de retrouvailles et de transmission.
Même les à-côtés racontent la tension du soir. Enes Kanter Freedom, ancien pivot NBA, annoncé depuis plusieurs jours comme présent pour ce Game 3, a finalement été déplacé en loge après avoir exprimé des inquiétudes pour sa sécurité. Un détail, mais qui rappelle l’intensité du contexte extra-sportif, alors que la polémique autour de l’absence des joueuses sur le parquet pendant l’hymne national lors des Games 1 et 2 continue d’enfler en ligne.
Stokes, la muraille, et la bataille tactique
Face à la vague Reese, Golden State s’accroche à ce qu’il peut. Kiah Stokes, deuxième de la ligue en contres totaux (74) et quatrième en contres par match (1,7) en saison régulière, organise sa propre « block party ». Deux fois de suite, à 7:01 puis 6:54 dans le premier quart, elle renvoie Reese au cercle. Mercredi soir, elle atteint rapidement trois contres. Un rappel que cette série ne se résume pas à une seule star, mais à un duel de forces contraires : la puissance offensive et l’impact émotionnel de Reese contre la solidité intérieure de Stokes.
Sur les lignes extérieures, les Valkyries attendent le réveil de Gabby Williams, étincelante sur l’ensemble des playoffs (22,0 points, 4,4 rebonds, 3,4 passes, 41 % au tir, 35,6 % à trois points), mais freinée lors du Game 2 avec 14 points à 3 sur 15 au tir. Sa performance du Game 1 – 26 points, dont 16 dans le seul deuxième quart-temps – reste la référence pour Golden State. Pour espérer repartir d’Atlanta avec l’avantage, les Valkyries ont besoin de cette version-là.
En face, Rhyne Howard cherche encore son adresse. 16,1 points de moyenne en playoffs, mais seulement 30,6 % au tir et 29,2 % de loin. 12 points, 7 rebonds, 4 passes, 2 contres et 1 interception lors du Game 1, mais avec un pourcentage famélique. Cinq petits points au Game 2, plombée par les fautes. Si elle parvient à retrouver son efficacité en même temps qu’Angel Reese maintient son niveau, le Dream change de dimension.
Une série qui bascule, une histoire à écrire
Cette finale 2026, disputée pour la deuxième fois dans un format au meilleur des sept matchs (2-2-1-1-1), a déjà trouvé son ton : âpre, physique, tactique. Golden State a pris le premier match (68-64), Atlanta a répondu avec autorité dans le deuxième (79-65). Game 3, au cœur d’un State Farm Arena incandescent, ressemble à un pivot de saison.
L’enjeu dépasse la soirée. Atlanta Dream et Golden State Valkyries courent toutes deux vers un premier titre de championnes WNBA. Après les sacres récents des Las Vegas Aces, New York Liberty, Chicago Sky ou Seattle Storm, la ligue s’apprête à accueillir un nouveau nom au palmarès. Reste à savoir lequel.
Prochain rendez-vous : Game 4, samedi 24 octobre à 13 h (heure de la côte Est), encore à Atlanta. Si le Dream confirme sa mainmise à domicile, la série basculera sous haute pression vers la Californie. Si les Valkyries arrachent ce match, tout repartira de zéro.
Pour l’instant, une question domine la nuit d’Atlanta : tant qu’Angel Reese continue de faire trembler le filet de loin, qui osera parier contre ce Dream-là ?




