Novak Djokovic et Andy Murray : Rivalité aux ATP Finals
Pendant plus d’une décennie, les ATP Finals ont ressemblé à un territoire privatisé par Novak Djokovic. Sept titres, un record absolu. Une domination si nette qu’entre 2012 et 2015, le Serbe n’a concédé qu’un seul match sur quatre éditions. Une anomalie signée Roger Federer, en phase de groupes, en 2015.
Le reste du temps, Djokovic verrouillait le tournoi de fin d’année comme personne. Jusqu’à ce qu’Andy Murray vienne tout briser en 2016.
Londres, 2016 : Murray contre la dynastie
Le décor est posé à l’O2 Arena. Djokovic vise un cinquième sacre consécutif, une mainmise totale sur l’épreuve. Murray, lui, joue plus qu’un trophée : il joue pour terminer l’année numéro un mondial.
Quelques semaines plus tôt, le Britannique a déjà écrit l’histoire. En atteignant la finale du Masters 1000 de Paris, il devient le premier joueur britannique à s’installer sur le trône du classement ATP depuis la création des classements informatisés en 1973. Mais ce statut reste fragile. Djokovic est toujours là, en embuscade, et les ATP Finals doivent trancher.
Les têtes de série numéro un et numéro deux font le métier. Murray et Djokovic balayent la phase de poules, franchissent les demi-finales et se retrouvent en finale, comme si le scénario avait été écrit à l’avance. Le public londonien en rêvait, le tournoi le lui offre.
Les deux hommes se connaissent par cœur. En 2016, ils se sont déjà affrontés en finale de l’Open d’Australie, de Madrid, de Rome et de Roland-Garros. Djokovic a remporté trois de ces quatre duels. Mais l’équilibre a changé.
Murray arrive lancé, porté par une série de 22 victoires consécutives, avec des titres enchaînés à Beijing, Shanghai, Vienne et Paris. Une locomotive. Et cette fois, il a le public dans le dos, un mur de bruit bleu et blanc dans une salle acquise à sa cause.
Une finale à enjeu total
Face à lui, Djokovic sait tout ce qui se joue. Pas seulement un huitième titre aux ATP Finals. Le rang de numéro un mondial en fin de saison. Un symbole de pouvoir sur l’ère.
Le match ne laisse aucune place à la confusion : Murray prend les commandes et ne les rend plus. Le Britannique impose son rythme, son intensité, sa défense étouffante. Djokovic, d’ordinaire si souverain en indoor, se heurte à un mur. Score final : 6-3, 6-4. Sec, net, sans appel.
Murray soulève le trophée des ATP Finals pour la première fois de sa carrière et verrouille le statut de numéro un mondial à la fin de la saison. Dans l’arène londonienne, c’est plus qu’une victoire : c’est un couronnement.
Pour Djokovic, c’est une défaite qui marque. Des années plus tard, à Turin, lors des ATP Finals 2022, on lui demande de citer son plus beau et son plus douloureux souvenir dans ce tournoi. Sa réponse ne laisse aucun doute.
Son meilleur souvenir ? Ce passing gagnant long de ligne sur balle de match contre Federer, en finale, autour de 2014 ou 2015. Cette année-là, il avait dominé Rafael Nadal puis Federer en deux sets à chaque fois pour décrocher le titre 2015. Une campagne parfaite, un sommet de maîtrise.
Le plus dur à encaisser ? Il n’hésite pas : la finale perdue contre Murray en 2016. Un match, un titre, mais surtout un numéro un mondial laissé filer.
L’autre cicatrice : Zverev, 2018
Dans l’histoire de Djokovic aux ATP Finals, les échecs en finale se comptent sur les doigts d’une main. En réalité, sur deux doigts.
Après Murray en 2016, un seul autre joueur parvient à le priver du trophée au bout de la semaine : Alexander Zverev, en 2018.
Cette année-là, Djokovic arrive encore une fois en favori à Londres. Federer est annoncé comme son principal rival, mais le Serbe semble marcher sur l’eau. Il atteint la finale sans trembler. En face, Zverev, 21 ans, incarne la nouvelle vague. Il a déjà croisé Djokovic dans le tournoi, en phase de groupes, et s’est incliné.
On pourrait croire la hiérarchie figée. Elle ne l’est pas. En finale, l’Allemand se libère. Il frappe fort, il sert juste, il tient la distance. Djokovic, lui, ne trouve jamais la faille. Zverev s’impose 6-4, 6-3 et s’offre alors le plus grand titre de sa jeune carrière. Une victoire fondatrice, arrachée contre l’homme qui règne sur l’épreuve.
Le roi revient… et vise encore
Ces deux finales perdues restent des exceptions. Après 2018, Djokovic reprend la main. Il ajoute deux nouveaux titres à sa collection, en 2022 puis en 2023, portant son total à sept couronnes. Un record qui écrase toute concurrence.
Depuis, il n’est plus apparu aux ATP Finals, mais l’histoire n’est pas close. Le Serbe vise une nouvelle qualification pour l’édition 2026. Pour y parvenir, il repart sur le circuit, notamment au Basel Open, pour aller chercher les points nécessaires.
À 39 ans révolus lorsqu’arrivera cette édition 2026, Djokovic peut-il encore ajouter un chapitre à sa légende de maître des ATP Finals ? Ou bien ces rares défaites, celles signées Murray et Zverev, annoncent-elles peu à peu la relève définitive ?




