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Mauricio Pochettino : Équité sportive en question après le verdict contre Manchester City

Mauricio Pochettino n’a pas cherché ses mots. Face au séisme provoqué par la décision de la Premier League contre Manchester City, l’ancien manager de Tottenham et Chelsea a mis le doigt là où ça fait mal : sur l’idée même d’équité sportive en Angleterre.

Un panel indépendant a jugé Manchester City coupable d’un large éventail d’infractions aux règles financières. Selon The Athletic, 114 des 115 charges retenues contre le club auraient été confirmées. Les sanctions n’ont pas encore été annoncées, le club a l’intention de faire appel, mais pour Pochettino, le mal est déjà fait.

« Quel que soit le châtiment, il est impossible de remonter le temps », lâche l’Argentin, aujourd’hui sélectionneur des États-Unis. « Ça a fait énormément de dégâts. Beaucoup de clubs ont respecté les règles et d’autres non. »

Une période où la justice sportive n’existait pas

Les accusations couvrent la période de 2009-2010 à 2017-2018, avec en plus un manquement présumé à la coopération avec les enquêtes de la Premier League entre décembre 2018 et février 2023. Autrement dit, exactement les années durant lesquelles Pochettino construisait sa réputation en Angleterre : 15 mois à Southampton, cinq ans à Tottenham, une saison à Chelsea.

Pour lui, ce verdict ne concerne pas seulement un club, mais toute une époque.

« C’est une immense tristesse », confie-t-il. « On se retrouve dans une situation où ce qui a été célébré n’était pas vraiment réel, ce qui semblait bien ne l’était peut-être pas autant, et ce qui n’avait pas l’air bien était peut-être bon, mais ne pouvait pas être reconnu comme tel à cause de ce qui s’est passé. »

Puis la phrase tombe, lourde de sens : « Nous avons traversé quelque chose où la justice sportive n’existait pas. Alors, comment répare-t-on tout ce qui a été abîmé à cause de ça, si c’est vrai que les 114 règles ont été enfreintes ? Nous avons vécu une période de tromperie. »

Tottenham, les restrictions… et les autres

Derrière ses mots, il y a aussi une frustration très personnelle. Pochettino n’a jamais caché à quel point les contraintes financières avaient pesé sur son Tottenham.

Il se souvient de ces mois d’austérité pendant la construction du Tottenham Hotspur Stadium. « Si je me souviens bien, à Southampton, puis à Tottenham… Je me souviens de la construction du stade et de l’absence de possibilité économique de faire un transfert pendant 18 mois », raconte-t-il. « Je pense que nous avons été la seule équipe de l’histoire de la Premier League à passer 18 mois sans faire un transfert. »

Malgré cela, son équipe jouait les premiers rôles. « Tottenham se battait pour les titres avec ceux qui étaient au-dessus de nous, chaque année dans le top 4, une demi-finale de Ligue des champions, tout ça sans pouvoir faire un transfert pendant 18 mois, simplement parce que nous devions nous adapter aux contrôles financiers de la Premier League. »

Et c’est là que le contraste le frappe. « Ils ont été tellement stricts avec nous, mais aussi tellement indulgents avec d’autres. C’est pour ça que je dis : tout ça est très étrange. »

Le titre 2016-2017 dans le viseur

Ce n’est pas la première fois que Pochettino remet frontalement en cause la légitimité de certains trophées. Plus tôt ce mois-ci, il avait déjà estimé que Chelsea devrait être dépossédé de son titre de champion 2016-2017 après avoir été reconnu coupable d’infractions historiques aux règles, et que ce titre devrait être « attribué » à son Tottenham, deuxième cette saison-là.

Cette phrase, loin d’être anecdotique, prend un relief particulier à la lumière du dossier Manchester City. Elle traduit le sentiment de toute une génération de techniciens et de clubs qui ont joué le jeu des règles financières, parfois au prix de sacrifices sportifs, pendant que d’autres étiraient les limites du système jusqu’à les faire céder.

Où étaient les contrôles ?

La question qui obsède Pochettino ne vise pas seulement Manchester City, mais aussi le cadre régulateur lui-même.

« Où étaient les contrôles ? » répète-t-il. « C’est ça qui attire mon attention. Où étaient les contrôles ? »

La Premier League avait inculpé City en février 2023, à l’issue d’une enquête de quatre ans. Le dossier a ensuite été transmis à une commission indépendante. Une audience à huis clos a débuté en septembre 2024 et s’est étalée sur environ 12 semaines. Aujourd’hui, le verdict sur la culpabilité est tombé, mais pas encore la sanction.

Pendant ce temps, selon des sources citées par BBC Sport, d’autres clubs de l’élite consultent déjà des avocats pour étudier d’éventuelles demandes de compensation après la décision contre City. Le terrain se déplace des pelouses vers les tribunaux.

Les points ? Les amendes ? Les titres ? Les réparations financières ? Personne ne sait encore jusqu’où ira la Premier League. Mais une chose est sûre : pour Pochettino, cette affaire dépasse le simple cadre disciplinaire. Elle touche au cœur de ce que le football anglais prétend incarner.

Si la justice sportive a vacillé pendant près d’une décennie, combien de saisons, de carrières, de rêves faudra-t-il pour rééquilibrer la balance ?