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Kimi Antonelli en quête du titre à Austin

Le soleil tape déjà sur le bitume bosselé du Circuit of the Americas et, dans les stands, tout le monde sait que ce week-end peut faire basculer une saison. Kimi Antonelli arrive à Austin avec une équation simple à écrire, beaucoup plus compliquée à résoudre : gagner, et espérer que la concurrence s’écroule.

Le jeune Italien, 20 ans, possède 102 points d’avance sur son équipier George Russell et 111 sur Lewis Hamilton. Six Grands Prix restent au calendrier, 150 points à distribuer. Mathématiquement, le titre peut tomber dès le Texas. Concrètement, il faudra un week-end parfait de sa part… et un faux pas massif des autres.

Antonelli doit s’imposer dimanche. Russell ne doit pas faire mieux que neuvième, Hamilton pas mieux que cinquième. Dans ce cas seulement, le prodige deviendrait le plus jeune champion du monde de l’histoire de la F1. Lui refuse de se laisser happer par les calculs.

« C’est fou quand on y pense, donc je n’y penserai pas », lâche-t-il, presque en souriant. Il sait que le scénario nécessite « quelque chose de catastrophique pour les autres » et une prestation sans faute de son côté. Avec son ingénieur de course Peter Bonnington, « Bono », le mot d’ordre est resté le même qu’au premier tour de roue de la saison : prendre les courses une par une, « juste s’amuser ».

Williams en panne de lumière, Audi dans l’ombre des bosses

Plus loin dans la pitlane, l’ambiance est moins légère. Le garage Williams s’agite autour des monoplaces de Carlos Sainz et Alex Albon. Les deux hommes patientent avant de signer un chrono en EL1, symbole d’une saison globalement ratée. L’équipe pointe au neuvième rang du championnat constructeurs, derrière Audi et Haas. Loin, très loin de ses ambitions.

Chez Audi, Nico Hülkenberg se bat avec un autre adversaire : le dernier virage. L’Allemand décrit un comportement « très bizarre » de sa voiture dans cette courbe piégeuse de COTA. Sur un circuit déjà délicat, ce genre de détail peut pourrir un week-end.

Norris recadré, mais toujours lâché

Même les champions ont droit au coin. Lando Norris, tenant du titre, l’a appris à ses dépens après son accrochage avec son équipier Oscar Piastri lors du sprint de Singapour. Contact dans le dernier tour, un seul point ramené par Norris, un abandon pour l’Australien. Et une série de « remontages de bretelles » en interne, comme le raconte le Britannique.

Le message est clair : les deux McLaren peuvent continuer à se battre en piste, mais pas question de refaire les mêmes « bêtises ». Norris, qui avait relancé sa saison avec deux victoires consécutives à Budapest et Zandvoort après la trêve estivale, glisse désormais au sixième rang du championnat. À Austin, il se replace pourtant déjà dans le match : troisième des feuilles de temps, à quatre dixièmes de Charles Leclerc.

Verstappen adore Austin, déteste ses bosses

Max Verstappen, lui, aime tout ici. Ou presque. Il aime Austin, son ambiance, le tracé fluide de COTA. Il n’aime pas ce que le temps, les températures et les contraintes ont fait à l’asphalte.

« Pour moi, les bosses sont inacceptables », lâche le quadruple champion du monde. Le circuit a bien été « poncé ici et là », mais le Néerlandais y voit « un pansement sur un gros problème ». Selon lui, il faudrait rouvrir complètement la piste pour régler ces irrégularités « pas naturelles » et désormais « hors de contrôle ». Un chantier coûteux, long, mais qu’il juge inévitable s’il veut retrouver un ruban digne de ce nom.

Les bosses ou pas, Verstappen arrive lancé : deux victoires de rang, à Singapour puis au Bahrain Grand Prix disputé en Malaisie, et cinq podiums consécutifs. Il vise un troisième succès de suite ce dimanche, et un rapprochement encore un peu plus menaçant au classement. Le Néerlandais, déjà remonté à la quatrième place après Singapour, n’est plus qu’à 17 points de la deuxième position.

En piste, il signale pourtant un autre souci : « Le volant est bizarre, en tournant à gauche il y a une sorte de friction », explique-t-il à son nouvel ingénieur Tom Hart, qui remplace Gianpiero Lambiase à la radio ce week-end. Malgré cette gêne, il claque un 1’38’’040 qui le propulse un temps en tête.

Ferrari frappe fort d’entrée

Ferrari a débarqué au Texas avec des évolutions et une idée fixe : enfin décrocher une première victoire depuis le succès de Charles Leclerc à Silverstone, cet été. Sur les premières feuilles de temps, le plan semble prendre forme.

Leclerc et Lewis Hamilton, désormais en rouge, verrouillent un doublé provisoire. Le Monégasque, qui s’apprête à devenir père dans les prochains jours, devance son équipier de 0’’074 sur le même train de médiums. Hamilton, encore marqué par sa bourde stratégique de Singapour – il a reconnu avoir coûté un podium à l’équipe en refusant de s’arrêter sous voiture de sécurité virtuelle –, a démarré le week-end avec un mélange de lucidité et de détermination.

Il ne tarde pas à le prouver. Le septuple champion du monde se hisse en tête avec un 1’36’’835 en gomme medium. Une réponse nette à ses propres regrets de Marina Bay, où il avait « levé les mains » pour assumer sa décision.

Le répit est de courte durée. Leclerc, lancé, écrase la référence de Verstappen et repousse le Néerlandais à huit dixièmes en 1’37’’430. Norris s’intercale ensuite à six dixièmes de la Ferrari. Devant, le cheval cabré marque son territoire. Derrière, Mercedes tâtonne : George Russell se plaint d’« énormément de sous-virage » et demande qu’on vérifie son aileron avant.

Colton Herta à la fête, Austin vibre déjà

Sur la piste, un nom fait lever les tribunes américaines : Colton Herta. Le pilote local remplace Sergio Perez chez Cadillac pour cette première séance d’essais libres. Il est le seul rookie en piste, entouré de monoplaces bardées de capteurs et de râteaux aéros, sur des pneus mediums et durs.

Pendant ce temps, Lando Norris signe un 1’38’’715 pour s’installer en haut de la feuille des temps provisoire, avant la réplique attendue des Ferrari et de Verstappen. Le décor se met en place, les hiérarchies se dessinent, les bosses rappellent leur présence à chaque freinage appuyé.

Pirelli, le bitume et l’usure comme juge de paix

Pirelli a opté pour un trio classique : C2 pour les durs, C3 pour les mediums, C4 pour les tendres. Une portion du tracé, entre les virages 9 et 11, a été resurfacée cette année. Cela ne suffira sans doute pas à gommer une usure de pneus traditionnellement élevée à Austin.

Sur 56 tours de course, tout indique un Grand Prix à un seul arrêt. Le C2 pourrait devenir l’arme maîtresse pour de longs relais, surtout si la température grimpe et que les bosses accentuent les contraintes. Les deux zones de DRS – entre les virages 11 et 12, puis sur la ligne droite de départ-arrivée jusqu’au virage 1 – promettent leur lot d’attaques tardives au freinage.

Un triple-header sous haute tension

Austin lance le dernier triple-header de cette saison 2026, et clôt aussi la série des courses lointaines. La F1 arrive des nuits moites de Singapour avec un constat clair : Max Verstappen a remis la main sur le peloton, doublé de victoires en sprint et en Grand Prix, et une remontée au championnat qui le place désormais dans le sillage direct de Lewis Hamilton et George Russell.

Devant, Kimi Antonelli sait qu’il tient une première balle de match. Elle est compliquée, presque improbable. Mais elle existe. Et sur un circuit bosselé, imprévisible, où les erreurs coûtent cher et où la stratégie peut tout renverser, qui peut jurer que ce week-end texan ne deviendra pas le théâtre d’un couronnement inattendu ?