IndyCar à Barcelone : Fernando Alonso s'enthousiasme mais avertit
IndyCar posera enfin ses roues en Europe. Et pas n’importe où : à Barcelone, sur le Circuit de Barcelona-Catalunya, théâtre de tant d’histoires de Formule 1. L’annonce est tombée vendredi : le championnat nord-américain de monoplaces disputera du 16 au 18 juillet 2027 l’IndyCar Grand Prix of Barcelona, dans le cadre d’un accord pluriannuel présenté comme un engagement de dix ans.
Pour la série, c’est un retour sur le Vieux Continent pour la première fois depuis 2007, et une première sortie hors d’Amérique du Nord depuis 2013. Pour l’Espagne, c’est un événement. Pour Alex Palou, natif de Barcelone et quintuple champion IndyCar, c’est surtout un cadeau : enfin une course à domicile au plus haut niveau de sa discipline.
Et forcément, un autre grand nom espagnol ne pouvait pas rester silencieux.
Alonso salue un “événement historique” pour l’Espagne
Devant les médias au Circuit of The Americas, en marge du week-end de Formule 1, Fernando Alonso, 45 ans, pilote Aston Martin et double vainqueur du titre mondial, a accueilli la nouvelle avec enthousiasme.
« Je pense que ça va être bien. Évidemment un événement historique pour notre pays et pour Barcelone », a-t-il lâché, rappelant immédiatement ce qui fait, selon lui, la force du tracé catalan : sa permanence.
Pour Alonso, un circuit fixe, ce n’est pas seulement un décor de Grand Prix. C’est une infrastructure vitale, un poumon pour tout un écosystème.
« C’est le bénéfice d’avoir un circuit permanent. Tu as l’opportunité de tester n’importe quel jour de l’année. Mais aussi d’accueillir des courses de temps en temps », a-t-il insisté, en citant la récente manche du WEC (FIA World Endurance Championship), l’arrivée d’IndyCar, mais aussi MotoGP.
Pour lui, la comparaison est claire : quand on met en balance les tracés urbains et les circuits traditionnels, Barcelone illustre l’avantage décisif de ces derniers. On peut y rouler, former, tester, toute l’année.
“On ne peut pas survivre sans Barcelone”
Alonso est allé plus loin, presque dans le registre du plaidoyer pour la survie du sport automobile espagnol.
« C’est pour ça que Barcelone est crucial pour le sport automobile en Espagne. On ne peut pas survivre sans Barcelone », a-t-il affirmé.
Derrière la grande vitrine de la Formule 1 ou d’IndyCar, il pense aux catégories de base, à ceux qui font leurs premiers tours de roues.
« Pour les catégories de jeunes, pour les gens qui vont tester leurs voitures pour la première fois. Freca, Formula 3, Moto3. Tu dois avoir un circuit où tu peux aller », a-t-il rappelé. L’arrivée d’IndyCar n’est, pour lui, qu’un exemple de plus de cette “chance” d’avoir une telle installation dans le pays.
Barcelone comme socle, comme colonne vertébrale. Palou comme héros local. IndyCar comme vitrine internationale. Le puzzle semble parfait.
Enthousiasme, mais avertissement
Mais Alonso ne se contente pas d’applaudir. Interrogé sur la portée stratégique de cette expansion européenne pour IndyCar, il a immédiatement sorti le contrepoids : les coûts, la fatigue, la dérive potentielle vers un calendrier trop éclaté.
« Ça peut être le cas. IndyCar est très spécifique au marché américain », a-t-il rappelé. Le double champion du monde sait de quoi il parle : la Formule 1 sillonne la planète à un rythme effréné, et il en mesure chaque semaine le prix humain et financier.
« Une des choses les plus pénalisantes en F1 pour les pilotes et pour les équipes, c’est que les coûts deviennent très élevés quand tu voyages autour du monde. Donc il y a des avantages et des inconvénients », a-t-il souligné.
Le message est limpide : oui à Barcelone, oui à un peu d’ouverture, mais pas à une fuite en avant globale qui transformerait IndyCar en copie low-cost de la F1.
« Je pense qu’ils doivent garder ça d’une certaine manière aux États-Unis. Et avoir une ou deux courses ailleurs. Mais je ne pense pas qu’ils continueront à aller partout », a tranché Alonso.
Le décor est planté. IndyCar s’offre Barcelone, offre à Alex Palou une scène à domicile, et donne à l’Espagne une nouvelle grande date de sport mécanique. Reste une question, sous-jacente dans les propos d’Alonso : jusqu’où la série américaine osera-t-elle s’éloigner de ses racines sans y perdre son âme ?




