Max Verstappen tire la sonnette d’alarme sur son dos avant le Grand Prix des États-Unis
À l’approche du Grand Prix des États‑Unis, l’enthousiasme habituel de Max Verstappen pour Austin a laissé place à quelque chose de plus rare chez lui : une vraie inquiétude. Pas pour la performance. Pour sa colonne vertébrale.
Vainqueur des deux dernières courses, quadruple champion du monde, le pilote Red Bull arrive au Circuit of The Americas en pleine confiance sportive. Mais jeudi, face aux médias, il a surtout parlé douleurs, vertèbres et bosses incontrôlables.
« Pour être honnête, je n’ai pas vraiment hâte, pour ta colonne », lâche‑t‑il.
Il avait plaisanté sur le sujet lors de la course précédente. Ce n’est plus un trait d’humour. « On le répète depuis des années : ça devient un peu hors de contrôle. »
Un tracé adoré… devenu « inacceptable »
Le paradoxe est violent. Verstappen adore Austin. Il le répète : le tracé, la ville, l’ambiance, tout y est. « C’est l’un des meilleurs tracés qui existent, et l’une des meilleures villes où venir », insiste‑t‑il. Mais il pose aussitôt le diagnostic : les bosses, elles, sont « inacceptables ».
Le Néerlandais s’appuie sur ce qu’il a déjà vu en WEC : « Le circuit était extrêmement bosselé. » Il sait que trouver un compromis de réglages sera un casse‑tête. « Je ne sais pas comment notre voiture va réagir », reconnaît‑il.
Derrière la critique, un message très clair aux organisateurs : il faut cesser de bricoler. Oui, le sol texan bouge. Oui, on peut toujours dire que « le problème vient du terrain ». Verstappen ne se contente plus de cette explication. « Dans ce cas, il fallait renforcer davantage dès le départ », martèle‑t‑il.
Pour lui, les opérations de fraisage ponctuelles ne sont qu’un pansement posé sur une fracture ouverte. « On ponce un peu ici ou là, mais on ne fait que mettre un sparadrap sur le vrai problème, ce qui se passe en dessous. » La seule solution, selon lui, serait de « complètement ouvrir » la piste et de la refaire en profondeur. Coûteux, long, mais indispensable. « Ces bosses ne sont pas naturelles, et elles sont hors de contrôle. »
« Le bas de ma colonne ne va pas très bien »
Le débat n’est plus seulement technique. Il est médical. Verstappen le dit sans détour : ses examens ne sont pas rassurants.
« Je peux vous le dire, avec les contrôles que j’ai faits, le bas de ma colonne ne ressemble pas à quelque chose de très bon », confie le pilote de 29 ans.
Il sait que les risques physiques font partie du métier, « ça fait partie de la course, du sport ». Mais il pointe du doigt une aggravation liée aux monoplaces récentes, plus rigides, plus dures sur les compressions. « C’est aussi des dégâts supplémentaires à cause des voitures que nous avons eues ces dernières années. »
Et il prévient : si le plateau continue à considérer ces conditions comme « acceptables », la facture physique ne fera qu’augmenter. Pour lui, la limite a déjà été franchie.
Norris roule avec des cachets pour la tête
Max Verstappen n’est pas seul à tirer la sonnette d’alarme. Lando Norris, champion du monde en titre, a livré un aveu qui en dit long sur l’état des circuits les plus bosselés.
Le Britannique explique qu’il prend des comprimés contre le mal de tête avant de rouler sur certains tracés tant les chocs répétés sont violents. À propos de COTA, il ne mâche pas ses mots : « C’est vraiment mauvais. »
Norris rappelle aussi que, si un circuit neuf était construit aujourd’hui avec un tel niveau de bosses, il ne passerait jamais les critères d’homologation actuels. « Si tu construis un nouveau circuit maintenant, les tolérances sont très petites. Celui‑ci ne s’en approche même pas. Mais c’est une vieille piste, pas une nouvelle. »
Sur la piste, les conséquences sont concrètes : « Il y a beaucoup d’endroits où… je dois prendre des cachets pour la tête avant de sortir, simplement parce que c’est tellement bosselé et que tu te cognes la tête très fort contre les appuis. Ce n’est clairement pas agréable. » Les pilotes se plaignent, répètent le message « de très, très nombreuses fois », mais, constate Norris, « il n’y a qu’une certaine limite à ce qu’on peut faire ».
Russell accepte les bosses, mais alerte sur l’ensemble du calendrier
Chez Mercedes, George Russell adopte un ton un peu différent sur Austin, tout en rejoignant le fond du problème. Pour lui, les bosses « font partie de la course ». Mais il pointe un souci plus global : la dégradation des revêtements tout au long de la saison.
« Mon avis général, c’est que les circuits de F1 devraient probablement être refaits tous les deux ans, pour rendre tout ça un peu plus cohérent », explique‑t‑il.
Il décrit des tracés où le bitume « se soulève, se désagrège » et finit par créer « plus de problèmes qu’autre chose ».
Le contexte technique accentue tout. Les F1 modernes roulent extrêmement bas. « Nos hauteurs de caisse sont à 10 mm en bout de ligne droite, un centimètre du sol. À chaque bosse, tu le sens vraiment. » Avec les jantes de 18 pouces, le profil du pneu s’est réduit, et avec lui une part de la suspension naturelle. « On a perdu tout cet amortissement dans le pneu, que nous n’avons plus vraiment. Pas idéal, mais on ne peut pas faire grand‑chose », constate Russell.
Austin, joyau menacé ou électrochoc nécessaire ?
Le Circuit of The Americas reste l’un des rendez‑vous les plus appréciés du calendrier, par les pilotes comme par les fans. Son premier secteur rapide, ses dénivelés, son ambiance, tout plaide en sa faveur. Mais quand un quadruple champion du monde explique que « le bas de sa colonne » est déjà abîmé, quand un autre pilote roule sous cachets pour la tête, la question dépasse le simple confort.
Austin est‑il en train de devenir le symbole d’un seuil de tolérance dépassé en F1 moderne ? Ou ce week‑end servira‑t‑il enfin de déclencheur pour que les organisateurs, au Texas comme ailleurs, acceptent de casser l’asphalte… avant que ce ne soient les pilotes qui cassent ?




