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Manchester City sous pression : Dossier judiciaire et défis sportifs

Manchester City avance sur un fil. Sur le terrain, Enzo Maresca prépare un déplacement piégeux à Aston Villa avec un Erling Haaland annoncé « à 100 % ». En coulisses, le club affronte l’une des tempêtes judiciaires les plus lourdes de l’histoire du football anglais, avec une condamnation initiale sur 114 des 115 charges de la Premier League et un appel qui pourrait redessiner durablement le paysage du championnat.

Un dossier financier tentaculaire

Le cœur de l’affaire est désormais connu. Une commission indépendante, saisie par la Premier League, a jugé Manchester City coupable d’un ensemble massif de violations liées aux règles financières et à la transparence comptable.

Les charges sont vertigineuses :

  • 54 infractions pour ne pas avoir fourni des informations financières exactes et à jour entre 2009 et 2018.
  • 14 pour une mauvaise déclaration des rémunérations de joueurs et d’entraîneurs sur la même période.
  • 5 pour non-respect des règlements de l’UEFA, dont le Fair-play financier.
  • 7 pour entorse aux règles de Profitabilité et de Durabilité de la Premier League entre 2015 et 2018.
  • 35 pour absence de coopération avec les enquêtes de la ligue entre 2018 et 2023.

Le verdict initial est implacable : City aurait, selon la commission, systématiquement violé le cadre financier, en maquillant notamment des financements propriétaires en contrats de sponsoring indépendants, pour des montants se chiffrant en centaines de millions de livres.

Le club, lui, contre-attaque. Il clame son innocence, assure disposer de « preuves irréfutables » validant ses revenus et ses contrats, et a officiellement fait appel.

Un appel qui pourrait s’étirer jusqu’en 2027

Ce bras de fer ne se réglera pas en quelques mois. Le calendrier annoncé donne le vertige : l’ensemble du processus d’appel pourrait se prolonger jusqu’au début de l’année 2027 avant qu’une décision définitive et des sanctions éventuelles ne tombent.

D’ici là, un flou pesant s’installe sur la Premier League. Selon des informations relayées par la presse anglaise, plusieurs clubs rivaux ne s’attendent pas à une résolution du dossier cette saison. Une situation qui interroge : à quoi joue-t-on vraiment cette année, si le classement final risque d’être réécrit à coups de points retirés ou de sanctions rétroactives ?

L’éventail des peines possibles est large :

  • Retraits massifs de points, au point de pousser City vers la Championship.
  • Amendes historiques.
  • Interdictions de recrutement.
  • Sanctions étalées sur plusieurs saisons.

Un scénario extrême circule : une première déduction de points, puis une seconde la saison suivante, de quoi maintenir le club en Championship pendant au moins deux ans. Une sorte de bannissement sportif déguisé.

Plus radical encore, une option est désormais clairement sur la table : forcer la vente du club si ses propriétaires sont jugés inaptes à le diriger par le futur régulateur indépendant du football anglais.

Le régulateur indépendant prêt à frapper les propriétaires

David Kogan, président du nouvel Independent Football Regulator, a confirmé la portée de ses pouvoirs. Si le verdict accablant contre City est confirmé au terme de l’appel, l’instance pourrait se pencher à son tour sur le dossier.

Son message est clair : le régulateur ne sanctionnera pas un blason, mais des personnes.

« Nous jugerons les propriétaires, les dirigeants, les cadres », a-t-il expliqué. Le régulateur n’a pas la main sur les points ou les amendes – prérogative de la Premier League – mais peut exiger qu’un propriétaire se retire s’il estime que le club est dirigé d’une manière qui n’est ni correcte, ni équitable, ni conforme aux exigences de probité.

Et si le propriétaire refuse ? Kogan assure que l’instance dispose du « pouvoir absolu » pour l’y contraindre. Une menace directe pour Sheikh Mansour si l’appel de City venait à échouer et que le régulateur décidait de s’emparer du dossier.

Un débat moral qui déborde le terrain

Dans ce climat électrique, les prises de position se multiplient. L’ancien capitaine de Liverpool, Steven Gerrard, ne réclame pas une relégation en Championship, mais une sanction lourde et durable au sein même de la Premier League.

Pour lui, la réponse doit être double :

  • Retirer les titres au club, sans exiger des joueurs qu’ils rendent leurs médailles.
  • Imposer une punition « multi-annuelle » dans l’élite, plutôt qu’une descente qui fausserait, selon lui, la Championship et la lutte pour la montée.

Gerrard insiste sur l’impact symbolique : marquer, dans l’histoire, que les succès de City sur cette période portent une tache indélébile. Une étoile, un signe, peu importe la forme, mais un rappel permanent de ce qui s’est passé.

Sur un autre front, l’ancien propriétaire de Crystal Palace, Simon Jordan, déplace le projecteur. Pour lui, Chelsea serait un « plus grand » et « pire » contrevenant que City, en raison de la période de dépenses massives sous Roman Abramovich, avant le durcissement des règles.

Son argument est cinglant : Chelsea aurait profité d’un système encore permissif pour dépenser sans compter, puis continué à franchir la ligne rouge, là où City se serait heurté à une porte brutalement refermée. Une manière de demander : pourquoi toute la colère se concentre-t-elle sur City, et pas autant sur les Blues ?

Une bataille juridique qui s’annonce féroce

Sur le plan procédural, rien ne sera simple. L’ancien conseiller financier de City, Stefan Borson, prévient déjà : même s’il existe une pression énorme pour « en finir vite », le choix du règlement applicable et du calendrier pourrait lui-même faire l’objet d’une audience préalable.

La Premier League pousserait pour appliquer la version la plus récente de son règlement, qui permettrait un traitement en douze semaines et une décision rapide après une audience de cinq jours. Borson juge ce scénario très improbable, tant les parties divergent déjà sur ce point.

En parallèle, la Financial Reporting Council, le gendarme britannique de l’audit, a confirmé qu’il examinait des préoccupations liées à d’éventuelles irrégularités dans les comptes du club. Le dossier n’en est qu’à ses prémices, aucune enquête formelle n’est ouverte, mais le simple fait que l’instance ait repris le cas à l’Institute of Chartered Accountants ajoute une couche supplémentaire à la pression réglementaire.

Et si l’Appeal Board de la Premier League confirmait la culpabilité de City, le club pourrait encore saisir la High Court, non pas pour rejuger le fond, mais pour contester l’équité procédurale de la décision. Une dernière cartouche, mais une cartouche de poids.

Walker face à « l’éléphant dans la pièce »

Dans ce vacarme institutionnel, la voix des joueurs reste rare. Kyle Walker, lui, n’a pas esquivé. Interrogé par talkSPORT, le capitaine a reconnu que la situation « ne donne pas une bonne image » du club.

Il ne nie pas le choc du verdict initial. Il rappelle toutefois un point central pour le vestiaire : sur le terrain, les joueurs n’ont fait qu’une chose, jouer au maximum de leurs capacités, accumuler les titres et marquer une ère. Walker promet de défendre ses coéquipiers « pour le reste de sa vie », convaincu que ce qu’ils ont accompli « ne sera probablement jamais reproduit ».

Mais même de l’intérieur, il admet que, vu de l’extérieur, « ça ne fait pas bon effet ». Et il faudra bien, à un moment, regarder cet « éléphant dans la pièce » en face.

Haaland de retour, mais un effectif sous tension

Pendant que les avocats peaufinent leurs arguments, Maresca doit gérer l’urgence sportive. Bonne nouvelle pour lui : Erling Haaland est apte pour le déplacement à Aston Villa en Premier League. L’attaquant norvégien, resté sur le banc en milieu de semaine, est le seul joueur que l’entraîneur considère comme « disponible à 100 % ».

Autour de lui, le décor est moins rassurant. Nico O’Reilly, Matheus Nunes et Mateo Kovacic ont tous manqué le dernier match après avoir été touchés contre Ipswich. Leur présence à Villa Park reste incertaine.

« Ils pourraient tous être disponibles ou non », a expliqué Maresca, soulignant que les trois joueurs montraient des signes d’amélioration, mais que la décision tomberait après la séance de l’après-midi. City devra aussi se passer d’Antoine Semenyo pour environ huit semaines, victime d’une blessure au genou contre Ipswich.

Phil Foden, porté par un triplé en milieu de semaine, semble prêt à prendre davantage de responsabilités. Mais Maresca sait que, dans une saison aussi exigeante, chaque nouveau pépin physique peut vite tourner au casse-tête.

Un calendrier qui ne pardonne pas

Le programme à venir ne laisse aucun répit :

  • 24 octobre : Aston Villa (extérieur) – Premier League
  • 28 octobre : Brighton and Hove Albion (domicile) – EFL Cup, quatrième tour
  • 31 octobre : Brighton and Hove Albion (domicile) – Premier League
  • 4 novembre : RB Leipzig (extérieur) – Champions League
  • 7 novembre : Nottingham Forest (extérieur) – Premier League

Des déplacements lourds, des matchs à élimination directe, un groupe européen à gérer, tout cela pendant que l’ombre des sanctions plane au-dessus du club. Chaque résultat, chaque blessure, chaque décision arbitrale se lit désormais avec, en arrière-plan, la question qui obsède tout le monde : dans quel championnat Manchester City jouera-t-il dans deux ans ? Et sous quelle direction ?