Liverpool perd Hugo Ekitike : une saison brisée et un Mondial manqué
La glissade a paru anodine. Une simple perte d’appui sur la pelouse d’Anfield, mardi soir, en pleine défaite de Liverpool face au Paris Saint-Germain en Ligue des champions. En réalité, c’était le moment où la saison d’Hugo Ekitike s’est brisée.
Le club a confirmé que l’attaquant souffre d’une rupture du tendon d’Achille. Blessure « sérieuse », absence immédiate et totale : il ne rejouera plus de la saison et manquera la Coupe du monde avec l’équipe de France.
Un coup d’arrêt brutal
Sorti en première période, Ekitike a passé des examens qui ont confirmé la gravité de la lésion. À 23 ans, il se retrouve face à l’une des blessures les plus redoutées chez un footballeur. Les premières estimations parlent d’au moins six mois d’absence, avec un scénario noir qui pourrait l’éloigner des terrains jusqu’à neuf mois. Le staff médical doit encore affiner la durée exacte de sa convalescence, mais le verdict sportif est déjà connu.
Liverpool l’a acté dans un communiqué : l’ancien joueur de l’Eintracht Frankfurt est forfait pour toutes les « semaines restantes » de la saison du club et ne participera pas au Mondial avec la France cet été. Pour un joueur lancé à pleine vitesse, le choc est terrible.
Arrivé l’été dernier contre 79 millions de livres, Ekitike avait justifié l’investissement. Dix-neuf buts toutes compétitions confondues avec Liverpool et les Bleus, une intégration rapide, une présence constante dans les zones décisives. Il s’était imposé comme l’une des nouvelles figures offensives du club et une option crédible pour Didier Deschamps.
Le soutien de Deschamps, la frustration des Bleus
Le sélectionneur des Bleus n’a pas tardé à réagir. Il a rappelé qu’Hugo faisait partie de la douzaine de jeunes joueurs lancés récemment en équipe de France et qu’il s’était « parfaitement intégré » au groupe, sur le terrain comme en dehors. Pour Deschamps, cette blessure est un « énorme coup dur » pour le joueur, mais aussi pour la sélection.
La déception est immense, a-t-il insisté, tout en affichant sa conviction de le revoir à son meilleur niveau. Le staff de l’équipe de France lui a adressé son soutien, persuadé qu’Ekitike restera derrière les Bleus à distance pendant la compétition. Une maigre consolation pour un attaquant qui voyait s’ouvrir devant lui son premier grand tournoi international.
Un plan à 320 millions réduit en pièces
Pour Liverpool, ce n’est pas qu’un joueur qui tombe, c’est une architecture offensive entière qui vacille. Le projet était clair en début de saison : bâtir une attaque nouvelle génération autour d’Alexander Isak, Florian Wirtz et Hugo Ekitike. Un trio estimé à 320 millions de livres, censé porter le club sur plusieurs années.
Sur le papier, l’idée avait tout d’un manifeste offensif. Sur le terrain, la réalité a été bien plus cruelle.
Isak, recruté pour 125 millions de livres en provenance de Newcastle, devait empiler les buts. Il a lui aussi passé la saison à lutter contre les pépins physiques, dont une fracture de la jambe qui l’a écarté à partir de décembre. Mardi, face au PSG, il vivait seulement sa première titularisation depuis sa blessure.
Entre les arrêts, les rechutes et les rotations forcées, le trio n’a quasiment jamais existé. Arne Slot l’a résumé avec une statistique qui en dit long : avant le match contre Paris, Liverpool n’avait joué que 88 minutes avec Wirtz, Isak et Ekitike alignés ensemble. La rencontre face au PSG en a ajouté à peine 27. Et l’entraîneur ne se fait guère d’illusions sur la possibilité d’en voir plus d’ici la fin de saison.
La blessure d’Ekitike est venue couronner une soirée déjà frustrante, une de plus dans une campagne où Liverpool a souvent eu le sentiment de jouer contre l’adversaire… et contre son propre destin physique.
Une infirmerie qui ne désemplit pas
Le cas Ekitike n’est que le dernier dossier d’une pile déjà trop haute. Le gardien numéro un, Alisson, a manqué du temps de jeu à cause de problèmes aux ischio-jambiers. Conor Bradley a dû passer sur la table d’opération pour un genou récalcitrant. Giovanni Leoni s’est gravement blessé au genou, avec une rupture du ligament croisé antérieur qui a mis à mal la profondeur en défense centrale.
Jeremie Frimpong, Wataru Endo, Joe Gomez : tous ont connu des absences significatives. À chaque fois qu’Arne Slot a semblé retrouver un groupe au complet, un nouveau coup est tombé. Ironie cruelle, il estimait avant le choc face au PSG que l’état physique de son effectif n’avait jamais été aussi bon cette saison. Quelques heures plus tard, il perdait son attaquant en forme sur une action sans contact.
Perdre un match est une chose. Perdre un joueur clé en même temps est devenu un refrain trop familier pour Liverpool.
La course à la Ligue des champions sous tension
Le timing ne pouvait guère être pire. Liverpool se bat pour accrocher une place en Ligue des champions la saison prochaine. Le club pointe à la cinquième place de Premier League, trois points derrière Aston Villa, quatrième, et avec seulement quatre longueurs d’avance sur Chelsea. La moindre erreur peut coûter très cher.
Sans Ekitike, la marge se réduit encore. Les Reds vont devoir négocier un calendrier piégeux avec un secteur offensif amputé d’une arme majeure. Les prochaines semaines diront si ce groupe a encore une réaction en lui.
Le programme est sans pitié : déplacement à Everton le 19 avril, réception de Crystal Palace le 25, voyage à Old Trafford pour y défier Manchester United le 3 mai, choc à Anfield contre Chelsea le 9, puis rendez-vous possiblement décisif à Aston Villa le 17 mai.
C’est dans cette série que se jouera une bonne partie de la saison. Et c’est là, précisément, que Liverpool devra apprendre à vivre sans Hugo Ekitike.




