RDC Sport

Arne Slot face à la tempête à Liverpool

À Anfield, l’orage gronde. Et il a désormais un nom : Arne Slot.

Depuis l’élimination en quart de finale de Ligue des champions face au Paris Saint-Germain, l’atmosphère s’est alourdie autour du technicien néerlandais. La déroute 4-0 en quart de finale de FA Cup sur la pelouse de Manchester City a servi de catalyseur. Le Daily Mail a dégainé sans nuance : « Slot avance en somnambule vers le licenciement. » Le ton est donné.

Un club sous tension, une direction inflexible

Dans les tribunes comme sur les réseaux, la perspective d’un départ en fin de saison a rapidement pris de l’ampleur. La saison est jugée décevante, le costume de champion en titre trop lourd à porter, et la sortie de route en coupes a laissé des traces. Mais en coulisses, le discours est tout autre.

Selon le journaliste David Ornstein, la hiérarchie de Liverpool reste arrimée à son plan initial : soutenir Slot sur le long terme. Son contrat court jusqu’en 2027, et la direction ne lierait pas son avenir immédiat à une qualification ou non dans le top 4. Une position rare, presque à contre-courant, dans un environnement où les entraîneurs sautent au moindre faux pas.

Sportivement, la corde est pourtant tendue. Liverpool occupe la cinquième place, quatre points devant Chelsea, sixième. Le nouveau cinquième ticket de la Premier League pour la Ligue des champions laisse une porte entrouverte, mais le calendrier ressemble à un champ de mines.

Dimanche, un derby de la Mersey brûlant à Goodison Park face à Everton. Ensuite, Crystal Palace à Anfield, avant une série de trois chocs qui peuvent redessiner la saison : déplacement à Manchester United, réception de Chelsea, puis voyage à Aston Villa. Pour finir, un dernier rendez-vous piégé à Brentford, actuel septième et encore en chasse européenne. Aucune marge d’erreur.

De Klopp à Slot, du titre aux doutes

Lorsque Slot a succédé à Jürgen Klopp en 2024, la tâche paraissait presque impossible. Remplacer une légende, relancer un cycle, tout en restant compétitif au sommet. Il a pourtant réussi son entrée : dès sa première saison, il offre le titre de champion à Liverpool. La deuxième campagne démarre sur le même tempo, avec cinq victoires consécutives en championnat. On parlait alors de continuité, de transition réussie, de nouveau projet déjà mûr.

Puis la machine s’est grippée.

La défense du titre a vite tourné court, les points lâchés ont effacé les rêves de back-to-back. L’équipe est sortie très tôt de l’EFL Cup, puis a été balayée de la FA Cup par Manchester City. Il ne restait plus qu’un trophée à portée de main : la Ligue des champions.

Le quart de finale contre le PSG devait servir de tremplin. Il a scellé l’illusion. Deux défaites 2-0, à l’aller comme au retour, sans frisson ni révolte majeure. Le genre de double confrontation qui laisse plus de questions que de regrets.

Le pari Isak, et la tempête

Après le match retour, une décision a cristallisé la colère : le choix d’aligner d’entrée Alexander Isak, tout juste de retour d’une absence de trois mois, en laissant Mohamed Salah et Cody Gakpo sur le banc.

Dans un match couperet, face à l’une des meilleures équipes d’Europe, Slot a pris un risque frontal. Il l’a ensuite justifié en expliquant qu’il préférait débuter avec Isak plutôt que de le faire entrer plus tard, potentiellement en prolongation, estimant que le Suédois risquait de manquer de jus après son long arrêt. Il a évoqué l’idée de le faire jouer 45 minutes, de faire le point à la pause, puis éventuellement de prolonger de cinq ou dix minutes. Finalement, Isak, transparent, a été remplacé par Gakpo à la mi-temps.

Le raisonnement n’a pas convaincu tout le monde. Loin de là.

Dietmar Hamann, ancien milieu de Liverpool, n’a pas mâché ses mots. Pour lui, si un joueur n’a pas joué depuis trois mois et se retrouve propulsé d’emblée face à ce qu’il considère comme la meilleure équipe d’Europe, la logique sportive vacille. Il a ouvertement tourné en dérision l’argument de Slot sur la gestion potentielle de la prolongation, affirmant n’avoir « jamais entendu quelque chose de pareil », tout en concédant que cela avait peut-être déjà existé, mais rarement à ce niveau, et certainement pas en Ligue des champions.

La critique est dure, frontale, symbolique. Elle traduit le malaise ambiant : chaque choix de Slot est désormais disséqué, chaque pari tactique devient un procès.

Un avenir sous haute surveillance

Le paradoxe est là. D’un côté, une direction qui affiche sa fidélité à son entraîneur, qui regarde 2027 plutôt que le classement du week-end. De l’autre, un environnement sportif et médiatique qui voit un champion en titre vaciller, une équipe éliminée de toutes les coupes et contrainte de se battre jusqu’au bout pour accrocher l’Europe qui compte.

Les prochaines semaines diront si cette confiance affichée résiste au tumulte d’Anfield, aux derbies enfiévrés, aux soirées à Old Trafford ou à Villa Park. Slot a déjà prouvé qu’il pouvait gagner un titre en Premier League. La question, désormais, est simple : pourra-t-il regagner le vestiaire, le public… et le temps que le football accorde si rarement ?

Arne Slot face à la tempête à Liverpool