Les Lionesses sans Kelly ni Toone : Wiegman fait des choix forts
Le coup de tonnerre est tombé en silence, dans une simple liste de noms. Deux manquaient. Deux visages devenus presque indissociables du renouveau de l’Angleterre depuis l’Euro 2022 : Chloe Kelly et Ella Toone.
Les deux héroïnes de Wembley, piliers de la sélection depuis le sacre continental, ne figurent pas dans le groupe retenu pour le premier barrage de qualification à la Coupe du monde 2027. Un signal fort de Sarina Wiegman, mais aussi le reflet d’une réalité implacable : la concurrence n’a jamais été aussi féroce.
Kelly et Toone payent leur début de saison
Sur le papier, l’absence de Kelly surprend. Dans les mémoires, elle reste l’attaquante décisive, capable de faire basculer un match d’un crochet et d’une frappe. Sur le terrain, en ce début de saison, l’histoire est moins flatteuse : une seule titularisation sur les cinq premiers matches d’Arsenal. Trop peu pour verrouiller une place dans un secteur offensif où les places se gagnent à la forme du moment.
Le cas Toone est différent, mais tout aussi révélateur. Remplaçante lors du nul 1-1 entre Arsenal et Manchester United plus tôt dans le mois, la numéro 7 des Red Devils a réagi avec caractère. Quatre jours plus tard, elle signe un but et une passe décisive en League Cup face à Sheffield United, puis enchaîne une titularisation dans la victoire 2-1 contre West Ham. La réponse attendue, la production statistique aussi. Pas suffisant, pourtant, pour convaincre Wiegman de lui maintenir sa place.
La sélectionneuse a choisi de récompenser celles qui bousculent la hiérarchie. Et dans ce registre, deux noms s’imposent.
Potter et Parkinson, la nouvelle vague s’installe
Depuis plusieurs semaines, une question revenait avec insistance autour de l’équipe nationale : combien de temps encore Wiegman pourrait-elle ignorer la montée en puissance de Grace Potter ? À 20 ans, la milieu s’est imposée comme titulaire à Chelsea dès le début de saison, enchaînant les matches et les performances solides. Difficile de rester sourde à un tel signal.
Erica Parkinson, elle, a choisi de s’exporter. Nouveau défi, nouveau continent, et un départ convaincant avec North Carolina Courage. Sa présence dans le groupe d’avril, puis son absence en juin, laissaient planer le doute sur sa place dans la hiérarchie. Sa progression aux États-Unis lui rouvre aujourd’hui la porte. Elle n’a pas frappé. Elle l’a déverrouillée.
Le prix à payer est clair : pour intégrer ces deux jeunes milieux offensives, il fallait faire de la place. Kelly et Toone en font les frais. La transition se fait à vue, au cœur d’une campagne de qualification où le moindre faux pas peut coûter cher.
Défense remaniée, gardienne changée
Les sacrifices ne s’arrêtent pas à l’attaque. Lotte Wubben-Moy et Taylor Hinds manquent elles aussi à l’appel. Toutes deux ne comptent qu’une seule apparition avec Arsenal sur les cinq premiers matches de la saison. Là encore, la logique de Wiegman est nette : pas de temps de jeu en club, pas de garantie en sélection.
À l’inverse, le retour de Niamh Charles illustre la porte ouverte à celles qui reviennent fort. La défenseure a retrouvé les terrains avec Manchester City, entrée en jeu le week-end dernier, et retrouve immédiatement sa place dans le groupe. À ses côtés, une autre confirmation : Grace Fisk, solide défenseure centrale de Liverpool, est appelée pour renforcer l’axe.
Dans les buts, un autre symbole de cette bascule. Ellie Roebuck, opérée de l’épaule cet été et toujours sans la moindre minute de jeu cette saison, cède son poste. Khiara Keating en profite. La gardienne, relancée par son transfert estival à Liverpool, enchaîne les matches et s’offre une fenêtre idéale pour s’installer durablement dans le paysage international.
Aggie Beever-Jones, elle, regarde ce rassemblement à distance. Freinée par une blessure ces dernières semaines, limitée à dix petites minutes lors de la victoire de Chelsea contre Arsenal dimanche, l’attaquante ne figure pas dans la liste. Une absence dictée par la prudence autant que par la concurrence.
Direction la Crète, avec la pression du statut
Sur le plan sportif, le décor est planté : l’Angleterre n’a pas décroché le seul billet automatique dans un groupe relevé dominé par l’Espagne. Conséquence directe, un passage par les barrages pour espérer voir la Coupe du monde 2027.
Premier obstacle : la Grèce. Premier acte : le 9 octobre, au Pankritio Stadium d’Heraklion, sur l’île de Crète. Un déplacement qui n’a rien d’exotique pour les Lionesses, mais tout d’un piège à éviter. Sur le papier, l’écart est abyssal : la Grèce pointe au 59e rang du classement FIFA. Dans les têtes, le message sera tout autre : interdiction de laisser le doute s’installer sur 90 minutes.
Le retour se jouera quatre jours plus tard, le 13 octobre, au King Power Stadium de Leicester City. Une affiche à domicile, une atmosphère favorable, mais une obligation : boucler le travail avant d’aborder la dernière marche.
Car même en cas de victoire, rien ne sera encore acquis. Il restera un dernier duel à remporter, face à la Slovaquie ou à l’Ukraine. Deux profils différents, une même certitude : l’Angleterre partira favorite. L’Ukraine a déjà croisé la route des Lionesses en phase de groupes de ces qualifications, avec deux défaites à la clé face aux championnes d’Europe. La Slovaquie, elle, navigue une vingtaine de places plus bas au classement FIFA et n’a jamais participé à un grand tournoi. Sur le papier, l’écart est net. Sur un barrage aller-retour, il ne pardonne simplement pas l’erreur.
Une Europe en surchauffe
L’Angleterre n’est pas seule dans ce parcours semé de barrages. Les Pays-Bas, la Suède, l’Italie ou encore la Norvège doivent eux aussi passer par cette route plus étroite pour espérer voir le Mondial. Les géants continentaux se retrouvent dans la même file d’attente, condamnés à prouver à nouveau leur statut.
Pendant ce temps, d’autres regardent déjà vers 2027 avec sérénité : l’Espagne, le Danemark, la France et l’Allemagne ont sécurisé les rares billets automatiques offerts par l’UEFA.
Dans ce paysage tendu, chaque choix de Wiegman prend une dimension supplémentaire. Miser sur la forme plutôt que sur le passé, ouvrir la porte à Potter, Parkinson ou Keating, laisser Kelly et Toone à quai, ce n’est pas seulement préparer un barrage. C’est redessiner, à haute intensité, le visage de l’Angleterre qui veut encore régner sur le monde.
Reste une question : dans ce sprint vers 2027, qui écrira la prochaine page décisive de l’histoire des Lionesses ?




