Kimi Antonelli : le futur champion du monde
A Austin, Kimi Antonelli n’a pas seulement gagné un Grand Prix. Il a posé la main sur un championnat du monde qui, sauf cataclysme, porte déjà son nom.
Toto Wolff, pourtant avare de superlatifs, a tranché net : « le meilleur qu’il ait livré jusqu’ici » et « la course d’un champion qui n’est pas encore champion ». Pas encore. Mais on n’est plus dans le registre du suspense, seulement dans celui du calendrier.
Une victoire qui ferme la porte
Vingt ans, un sang-froid glacial et une victoire aux États-Unis qui vaut presque autant qu’un trophée. L’Italien se présente à Mexico dans une position quasiment inexpugnable. Pour lui arracher le titre, il faudrait un scénario à la limite du crédible : que George Russell ou Lewis Hamilton s’impose, et qu’Antonelli s’effondre.
Même dans ce cas, la barre reste basse pour lui : un neuvième place suffirait si Russell gagne, une dixième si c’est Hamilton. La réalité, c’est que le championnat ne tient plus qu’à une formalité administrative.
Le contraste avec son coéquipier résume le week-end. Russell, pénalisé de cinq secondes, finit seulement huitième, coincé derrière la McLaren d’Oscar Piastri. Antonelli, lui, évolue sur une autre planète, comme si la même Mercedes ne répondait pas aux mêmes lois.
« Exceptionnel, et je pense qu’il a surperformé la voiture », lâche Wolff. La phrase pèse lourd, surtout dans une saison où la W15 a souvent été décrite comme capricieuse.
La pression ? Invisible
Antonelli arrivait déjà au Texas avec une balle de match : titre assuré en cas de victoire, à condition que Russell ne fasse pas mieux que neuvième et Hamilton pas mieux que cinquième. Il a rempli sa part du contrat. Les deux autres ont repoussé l’échéance d’une semaine, rien de plus.
Dans ce genre de situation, certains se crispent. Lui, non. Il avait annoncé qu’il traiterait ce week-end comme un autre. Ce n’était pas un discours de façade.
Wolff raconte la scène, sourire en coin : « Il arrive, s’assoit sur ma chaise, les pieds en l’air, et continue de discuter en disant : ‘C’est tellement drôle. Je ne pense pas du tout au championnat.’ Avec une excitation un peu juvénile, presque irréelle. C’est pour ça que ce n’est pas si important pour lui. »
Le patron de Mercedes y voit autant l’effet de l’avance au championnat qu’un trait de caractère. « L’avantage aide. Mais c’est aussi inné chez lui. Ce n’est pas quelque chose qu’on entraîne. Il ne suranalyse pas. »
Monza ou Austin ? Le débat Wolff
Que Wolff qualifie Austin de meilleure performance peut surprendre ceux qui ont encore en tête Monza, remporté depuis la 19e place sur la grille. Quand on lui rappelle, il sourit : il admet ne pas vraiment se souvenir des courses passées, puis concède que celle-là aussi « était plutôt pas mal ».
Monza, c’était la folie italienne, les tifosi en rouge, et un pilote transalpin sur le podium… en combinaison Mercedes. « On va voir plus de casquettes Kimi, des casquettes Mercedes l’an prochain », glisse Wolff.
Antonelli, lui, tranche avec nuance. « À Monza, on avait clairement la voiture la plus rapide. On était super rapides, donc forcément, c’était incroyablement spécial en partant de l’arrière. Mais c’était aussi un circuit où il était relativement facile de dépasser, et on était tellement rapides. »
Austin, en revanche, lui laisse une autre forme de satisfaction : « En termes d’exécution, c’était mieux. La manière dont on a construit le week-end, dont on a bâti la performance, était très bonne. »
Dompter une Mercedes récalcitrante
Le décor technique donne encore plus de relief à ce succès. Mercedes arrivait au Texas avec les deux voitures dans la nouvelle spécification, ce fameux package d’évolution qui avait laissé une impression désastreuse en Malaisie deux courses plus tôt.
Là-bas, Wolff parlait d’un déficit de trois dixièmes au tour. L’équipe a alors scindé les configurations à Singapour pour mieux comprendre l’ensemble, avant de tout remettre sur les deux voitures à Austin. Résultat : Antonelli en pole, puis dominateur en course. Russell, lui, a semblé retrouver la même machine rétive qu’en Malaisie.
« La mise à jour est difficile à exploiter, et Kimi l’a posée par terre », résume Wolff. Il va plus loin : « C’est peut-être dur à dire, mais son style de pilotage colle à la voiture. On l’a vu en qualifications : sur son dernier tour, il pouvait encore aller chercher 0,15 à 0,2 seconde. De l’autre côté, George a énormément souffert. Je pense que c’est parce que la fenêtre d’exploitation de la voiture est très difficile. »
Là où beaucoup se plaignent de monoplaces hyper pointues, Antonelli, lui, semble avoir trouvé la clé.
L’Italie attendait depuis Ascari
Quand il bouclera l’affaire – ce qui ne tient plus qu’à quelques tours –, Antonelli deviendra le premier Italien champion du monde depuis Alberto Ascari en 1953. Soixante-dix ans d’attente pour un pays où le sport automobile fait presque partie du patrimoine.
Forcément, cela résonne. Andrea Stella, patron de McLaren, ne cache pas ce que cela représente pour lui. « En tant qu’Italien, waouh, il faut remonter à Ascari, à ces noms qui ont créé l’inspiration pour nous tous. Voir un Italien atteindre ce niveau de performance et de résultats en Formule 1, c’est particulièrement excitant pour un Italien dans le sport auto. »
Stella se penche aussi sur le cas technique « Antonelli », et là encore, le portrait est singulier : « Kimi est très intéressant à observer, parce qu’il attaque quasiment tout le temps. On le voit souvent sortir un peu large, et en onboard, il est très agressif. Mais ce n’est pas seulement un pilotage agressif : c’est efficace. »
Dans un paddock où l’on répète à longueur de week-end que ces voitures sont extrêmement difficiles à piloter vite et de manière constante, l’Italien fait figure d’exception. « Il a su adapter son style à ce que demandent ces voitures. Et en même temps, quand il faut ramener le résultat, il le fait. C’est le leader méritant de ce championnat. Il écrit une page importante de l’histoire du sport automobile, parce qu’une fois le titre acquis, il sera le plus jeune. »
Plus jeune que Vettel
Antonelli va pulvériser de plus de trois ans le précédent record de précocité détenu par Sebastian Vettel depuis 2010. Un détail sur le papier, un symbole dans les faits.
Lui sait très bien ce qui l’attend, sans en faire une obsession. « Je vais l’aborder avec le même état d’esprit. Juste essayer de prendre autant de plaisir que possible, en espérant me battre pour une nouvelle victoire. »
Il vise une fin en apothéose : « Le mieux serait de finir sur un sommet, c’est l’objectif. Mais je vais juste essayer de profiter du reste de la saison désormais.
Il ne reste donc qu’une question, simple et brutale : à Mexico, Kimi Antonelli se contentera-t-il d’assurer le titre, ou choisira-t-il de l’arracher avec la manière, comme un champion qui, cette fois, le sera vraiment ?




