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Kimi Antonelli s'impose à Austin et se rapproche du titre mondial

Kimi Antonelli, 20 ans, a posé une main ferme sur le titre mondial à Austin. Une main gantée de cuir, sûre d’elle, qui n’a tremblé à aucun moment sur les 56 tours du Circuit of The Americas. Il n’est pas encore champion du monde, pas officiellement. Mais tout le reste y ressemble déjà.

Antonelli s’offre Austin, et presque le monde

Le calcul était simple sur le papier, beaucoup moins sur l’asphalte texan : pour être sacré dès les États‑Unis, Kimi Antonelli devait gagner, espérer que Lewis Hamilton termine hors du top 4 et que George Russell ne fasse pas mieux que neuvième. Il a fait sa part à la perfection, en s’offrant une neuvième victoire cette saison avec une maîtrise glaciale et une stratégie à un seul arrêt. Les Mercedes ont joué à contre‑courant. Elles ont gagné la partie.

Hamilton, lui, a sauvé ce qu’il pouvait. Quatrième à l’arrivée, juste derrière Max Verstappen, il a repoussé l’inévitable. Russell, huitième, a également prolongé les espoirs mathématiques. Mais les chiffres ne mentent pas : Antonelli compte désormais 123 points d’avance sur Russell et 124 sur Hamilton, alors qu’il ne reste qu’un maximum de 125 unités à distribuer d’ici la fin de la saison.

Le décor est planté : à Mexico, dimanche prochain, un simple top 9 lui suffira pour devenir le plus jeune champion du monde de l’histoire de la F1, avec quatre Grands Prix encore au calendrier. Même sans ça, il sera titré si ni Russell ni Hamilton ne s’imposent. Le compte à rebours n’est plus qu’une formalité.

« Nous sommes très proches », a glissé l’Italien, presque en retenue, après l’arrivée. Proches, oui. Pratiquement au contact.

Un départ parfait, une stratégie tranchante

Son week‑end avait déjà pris une tournure particulière dès le samedi. Une pole position arrachée, sa première depuis le Grand Prix de Belgique en juillet, au moment même où Mercedes doutait de son dernier package aérodynamique, introduit deux courses plus tôt en Malaisie sans résultat éclatant. Certains imaginaient une fin de saison en gestion. Antonelli a choisi l’attaque.

Sur la grille, il est le seul des cinq premiers à chausser les pneus mediums. Derrière, les rivaux misent sur les softs pour le sprint jusqu’au premier virage en montée. Sur ce genre de départ, un instant d’hésitation peut tout faire basculer. Lui n’en laisse aucun. Réaction nette, trajectoire propre, aucune roue à sa hauteur au sommet de la côte : Antonelli vire en tête dès le virage 1, sans même avoir à défendre.

Derrière, c’est Verstappen qui vacille. Le Néerlandais se fait d’abord surprendre par Charles Leclerc dans les Esses avant de reprendre l’avantage sur la Ferrari au virage 13. Une passe d’armes musclée, mais déjà loin de l’homme de tête.

En quelques tours, Antonelli s’échappe. Quatre secondes d’avance, puis un écart qui se stabilise. Red Bull, en difficulté pour suivre le rythme, tente un coup : Verstappen est rappelé au stand dès le 13e tour pour un deuxième train de softs. Un choix agressif qui le condamne à une stratégie à deux arrêts, la réglementation imposant deux types de gommes différents.

Ferrari suit la même voie, en calant ses deux voitures sur un plan similaire. Mercedes, non. L’écurie allemande reste fidèle à son idée de départ : un seul arrêt, coûte que coûte. Antonelli ne s’arrête qu’au 24e tour pour passer les pneus durs, avec l’intention claire d’aller au bout sans repasser par la voie des stands.

Il ressort quatrième. Mais ce n’est qu’une parenthèse.

Le retour au commandement, sans trembler

Avec son relais prolongé, Leclerc mène un temps la course. L’illusion ne dure pas. Les pneus de la Ferrari s’essoufflent, Antonelli remonte, implacable. Au 32e tour, la hiérarchie se remet dans le bon ordre : la Mercedes dépasse la Ferrari et reprend la tête, cette fois pour ne plus la lâcher.

Verstappen, lui, a déjà effectué son deuxième arrêt. Son pari sur les softs a tourné court, le deuxième relais ayant été plus compliqué que prévu. Il se retrouve dans la même fenêtre stratégique que Leclerc, mais sans la même fraîcheur ni la même marge.

À l’avant, le scénario semble limpide : un leader en gestion, deux chasseurs à deux arrêts qui espèrent le cueillir en fin de course avec des pneus plus frais. La pression augmente, les écarts se réduisent. Mais jamais au point d’inquiéter réellement Mercedes.

Antonelli contrôle. Tour après tour, il surveille les temps, gère l’usure, garde toujours ce petit coussin de sécurité. Quand le drapeau à damier tombe, il franchit la ligne avec 13 secondes d’avance. Un gouffre, à ce niveau.

« C’était le résultat dont nous avions besoin. Toute l’équipe le mérite tellement », souffle-t-il. Il salue le travail sur ce fameux nouveau package, enfin récompensé. Il insiste aussi sur le pari stratégique : un one‑stop parfaitement exécuté, du mur des stands au cockpit.

Leclerc gagne son duel, Verstappen s’incline

Derrière, la plus belle remontée est signée Leclerc. Ferrari a misé sur une séquence soft‑medium‑medium qui a permis au Monégasque de hausser le ton dès son premier arrêt. Dans son dernier relais, il remonte, dépasse d’abord Lando Norris, longtemps en piste sur une stratégie à un arrêt, puis se jette à la poursuite de Verstappen.

La bataille entre les deux hommes se joue à sept tours de l’arrivée. Leclerc trouve l’ouverture au virage 12 et s’empare définitivement de la deuxième place. Un dépassement propre, autoritaire, qui confirme la vitesse de la Ferrari sur la durée.

« C’était une bonne course », résume Leclerc, lucide. L’objectif était la victoire, elle s’est envolée avec la stratégie d’Antonelli. Mais le rythme est là, surtout après un premier relais plus compliqué.

Verstappen doit se contenter de la troisième marche du podium. Longtemps, il a semblé le mieux placé pour menacer Antonelli. Sa dégradation plus rapide que prévu sur les softs a brisé cet élan. En fin de course, il voit même Hamilton fondre sur lui.

Hamilton aux portes du podium, Russell s’enfonce

Le septuple champion du monde termine à une seconde seulement de la Red Bull, après une fin de course très rapide. Il manquait un tour, peut‑être deux, pour transformer cette remontée en podium. Sa quatrième place a pourtant un poids énorme dans le récit du championnat : sans elle, le titre serait déjà tombé dans l’escarcelle d’Antonelli.

Norris, cinquième, a tiré le maximum de sa stratégie à un arrêt, juste devant l’autre Red Bull d’Isack Hadjar, solide sixième. Derrière, la journée de Mercedes se raconte en deux histoires radicalement opposées.

Au moment où Antonelli tutoie l’histoire, Russell s’enfonce dans une saison frustrante. Parti sixième, il écope d’une pénalité de cinq secondes pour avoir gagné un avantage en sortant des limites de piste dans son duel du premier tour avec Oscar Piastri. La sanction est appliquée lors de son unique arrêt, allongeant son passage au stand et le faisant ressortir derrière la McLaren de l’Australien.

Il la suivra longtemps. Trop longtemps. Incapable de trouver l’ouverture malgré près de la moitié de la course dans ses échappements, il finit huitième. À l’arrivée, il qualifie son rythme de « nul ». Le mot est brutal, mais colle à son week‑end.

Devant lui, Liam Lawson poursuit sa série de courses solides avec une neuvième place pour Racing Bulls, encore dans les points. Pierre Gasly complète le top 10 pour Alpine, discret mais efficace.

Aux portes de l’histoire

On aurait pu croire qu’un jeune pilote de 20 ans, à deux doigts d’un premier titre mondial, finirait par se crisper. Depuis la mi‑septembre et son succès chanceux en Espagne, Antonelli n’avait plus gagné. Le nouveau package Mercedes tardait à tenir ses promesses. Certains voyaient déjà un leader contraint de verrouiller, de calculer, de survivre.

Austin a balayé ces doutes. Pole position inattendue, départ parfait, gestion chirurgicale des pneus, choix stratégique audacieux assumé jusqu’au bout : ce Grand Prix des États‑Unis ressemble à une démonstration de champion.

Il ne manque plus qu’un détail. Un top 9 à Mexico. Un faux pas de ses deux poursuivants. Une course sans drame. Une seule chose est sûre : si le titre lui échappe encore, ce ne sera plus une question de vitesse.