Khawaja propose Kuhnemann pour remplacer Lyon ou Boland
À quelques heures du troisième et dernier Test face à l’Afrique du Sud, Usman Khawaja a relancé le débat de sélection avec une idée qui tranche : et si l’Australie cessait d’opposer Nathan Lyon à Scott Boland… pour enfin parler de Matt Kuhnemann ?
Lyon écarté, Boland brille… et un vide dans l’attaque
La mise à l’écart de Nathan Lyon pour le deuxième Test a fait l’effet d’un séisme. Treize ans que l’off‑spinner n’avait plus été laissé de côté pour un Test sur balle rouge alors qu’il était apte. À sa place, les sélectionneurs ont misé sur Scott Boland. Pari gagnant.
Le vétéran victorien a aussitôt justifié sa présence : un troisième cinq‑wickets haul au niveau Test, puis un rôle précieux de nightwatchman dans la deuxième manche. Une entrée fracassante qui a validé le courage de la décision… tout en exposant son revers. Sans Lyon, l’Australie s’est retrouvée sans véritable spinner de métier. Un manque criant sur certaines phases, un déséquilibre assumé mais coûteux.
À l’heure de préparer le choc final au Cap, le débat semblait simple : rappeler Lyon ou prolonger l’option Boland. Khawaja, lui, voit un angle mort.
Khawaja met Kuhnemann sur la table
« On parle de Boland et de Lyon, et personne ne mentionne vraiment Kuhnemann », a confié l’ouvreur à foxsports.com.au. Le ton n’est ni polémique ni sentimental, mais résolument technique.
Pour Khawaja, Matt Kuhnemann n’est pas un pari exotique. C’est déjà un joueur de Test. Un gaucher orthodoxe qui a signé un cinq‑wickets dès sa deuxième apparition en 2023, avec des chiffres de 5/16 qui avaient marqué les esprits. Sur ses cinq matchs de Test, il a prouvé qu’il savait tenir un rôle précis, celui d’un spinner fiable, discipliné, capable de verrouiller une extrémité.
Son dernier passage en équipe nationale remonte à la série au Sri Lanka, en février 2025 à Galle : 16 wickets en deux Tests. Des chiffres lourds, obtenus dans des conditions tournantes, face à des batteurs rompus au spin. De quoi nourrir autre chose qu’un simple débat théorique.
Un match-up oublié : le bras gauche contre les droitiers sud-africains
L’argument clé de Khawaja se trouve dans la composition adverse. L’Afrique du Sud aligne une majorité de batteurs droitiers. Un terrain idéal, selon lui, pour un left‑arm orthodox comme Kuhnemann.
« Je ne comprends pas vraiment pourquoi on ne le met pas dans la discussion, alors que les Sud‑Africains ont autant de droitiers », insiste-t-il. Quand la balle s’éloigne du batteur, la vie se complique. Les angles changent, les zones de scoring se ferment, la moindre erreur de pied devient fatale.
Khawaja cite d’ailleurs l’exemple tout frais de Simon Harmer. Le spinner sud‑africain a étouffé les batteurs australiens au match précédent, en contrôlant le rythme et en serrant les lignes. « Il garde les choses très serrées, exactement ce que Harmer a fait avec nous », explique-t-il. Les Proteas avaient alors associé Harmer et le gaucher Keshav Maharaj à Durban, misant sur un double spin pour cibler la forte présence de gauchers dans le top order australien.
Pour Khawaja, l’Australie pourrait répondre avec la même logique stratégique : adapter son spinner au profil de l’alignement adverse. « Je sais que Nathan Lyon est le ‘GOAT’, il n’y a rien contre lui. C’est juste lié au fait que l’Afrique du Sud a tellement de droitiers. Kuhnemann mérite qu’on parle de lui. »
Lyon, Kuhnemann… mais pas les deux
La probabilité de voir Lyon et Kuhnemann alignés ensemble au Cap reste faible. Le passé récent de l’Australie montre qu’elle préfère rarement jouer avec deux spinners en dehors de conditions extrêmes. Là où les Sud‑Africains ont osé le duo Harmer–Maharaj à Durban, les Australiens semblent plus enclins à conserver une structure classique : trois quicks, un spinner, un all‑rounder.
Le casse‑tête devient donc brutalement concret. Si Kuhnemann entre vraiment dans la conversation, c’est forcément au détriment de Lyon ou de Boland. Et derrière le débat tactique, c’est presque une question de symbole : oser laisser le GOAT sur le banc deux Tests de suite, ou renoncer à une option de variation précieuse pour un line‑up rempli de droitiers.
La réponse des sélectionneurs au Cap dira beaucoup de leur capacité à casser les hiérarchies établies au nom du pur match‑up.
Maddinson, Labuschagne, Green : l’autre chantier
Pendant que l’on dissèque le choix du spinner, un autre pan de l’équipe bouge. L’ordre de frappe n’est pas figé. Nic Maddinson se retrouve sous pression, Marnus Labuschagne n’est pas intouchable au poste de numéro 3, et le retour attendu de Cam Green rebattrait les cartes au milieu.
Maddinson apparaît comme le candidat le plus exposé à une sortie du XI. Khawaja, pourtant, plaide pour une utilisation différente de son compatriote. « Aucun discrédit pour Nic. Je le trouve excellent. Je l’aurais mis au milieu de l’ordre dès le début de la série, justement parce que le poste d’ouvreur est tellement dur à combler », explique-t-il.
Propulsé en haut de l’ordre, Maddinson n’a même pas eu l’occasion de montrer sa puissance contre le spin, l’une de ses armes majeures. « Il n’a pas eu un seul over de spin à jouer. Il démonte les spinners, il les envoie pour six. Je suis un peu déçu de ne pas avoir vu ça sur les deux premiers matchs », regrette Khawaja.
Entre la protection d’un talent mal utilisé, la réintégration probable de Green et l’incertitude autour de Labuschagne, les sélectionneurs marchent sur une ligne de crête.
Un choix qui dira tout
À Cape Town, l’Australie ne jouera pas seulement un dernier Test. Elle jouera une certaine idée de sa sélection : la fidélité aux légendes ou la froideur du match‑up, la continuité rassurante ou le courage d’un ajustement audacieux.
Matt Kuhnemann restera‑t‑il un nom murmuré en marge des débats, ou deviendra‑t‑il la carte inattendue qui change la physionomie de la série ? La réponse tombera sur la feuille d’équipe, bien avant la première balle.




