Cameron Green revient pour le Test décisif au Cap
Cameron Green est de retour. Et il arrive à Newlands comme une pièce maîtresse d’un puzzle australien encore loin d’être réglé.
Absent depuis sa blessure abdominale lors du dernier ODI contre l’Afrique du Sud le 30 septembre, l’all-rounder a confirmé qu’il serait disponible pour le Test décisif au Cap. Il ne lancera pas une seule balle, mais il frappera. Et dans cette série qui se joue sur des détails, c’est déjà énorme.
« Je suis prêt », a-t-il assuré, surpris lui-même de la rapidité de sa guérison. À l’entraînement, il a même envoyé quelques balles au filet, signe que le corps répond mieux que prévu, même si le staff a déjà tranché : ce sera batteur pur pour ce match.
Un retour qui bouscule tout l’ordre de frappe
Sa présence change la donne. L’Australie vient de s’incliner d’une manche et 31 runs à Gqeberha, et au moins un changement dans le XI semble inévitable. Green, lui, est quasiment assuré de retrouver sa place.
Derrière, les dominos menacent de tomber. Marnus Labuschagne, Nic Maddinson, Beau Webster : trois noms, trois joueurs sous pression. Labuschagne devrait bénéficier d’une nouvelle chance, mais rien n’est figé.
Si Green remplace Maddinson, il faudra remodeler l’ordre. Dans ce scénario, Matt Renshaw, auteur de 272 runs lors du premier Test, remonterait probablement pour ouvrir. Green reviendrait alors à ce poste de numéro 5 où il a brillé contre le Bangladesh en août.
Mais si les sélectionneurs décident de laisser Renshaw là où il est, fort de sa forme actuelle, Green devra encore bouger. Ce ne serait pas une première.
Entre 4 et 5, le cœur de son jeu
Dans le cricket domestique, Green a passé la majeure partie de sa carrière de first-class au numéro 4. En 2024, c’est à cette position qu’il a signé son chef-d’œuvre : 174* contre la Nouvelle-Zélande à Wellington. Un innings qui a installé son nom parmi les valeurs sûres du middle order australien.
Problème : Steven Smith occupe aujourd’hui ce numéro 4. Et personne, dans ce vestiaire, n’imagine vraiment le déplacer.
Les chiffres, eux, plaident pour un Green au cœur de l’ordre. Depuis le début de 2025, la moyenne des batteurs australiens au numéro 5 culmine à 53,36. La meilleure suivante est celle du numéro 6, à 36,33. L’écart est immense, révélateur de l’importance stratégique de cette place.
Green le sait, et ne s’en cache pas : il se sent taillé pour frapper en 4 ou 5. Mais il connaît aussi la densité de talent qui occupe ces postes depuis des années. Sa réponse, donc, reste celle d’un joueur qui pense d’abord collectif : il est prêt à monter ou descendre selon les besoins de l’équipe.
Un tempo retrouvé au Bangladesh
La dernière série contre le Bangladesh a marqué un tournant discret mais essentiel dans sa carrière. Là-bas, Green a retrouvé ce qu’il appelle son « tempo naturel » en Test. Un rythme qui lui permet d’allonger les innings sans se renier, dans un contexte où il doit jongler avec les exigences des trois formats, et notamment l’influence parfois envahissante du T20 sur la technique et la patience.
Les Tests disputés à Mackay et Darwin ont servi de laboratoire. Il y a ajusté son approche, s’appuyant aussi sur les enseignements tirés de son dernier match de Sheffield Shield. Sa manière de construire ses manches, de choisir ses moments d’accélération, lui a semblé plus instinctive, plus fluide.
L’Afrique du Sud, les cicatrices et le défi
Green connaît déjà le feu sud-africain. Trois Tests contre eux, et des souvenirs qui collent à la peau.
Au MCG en 2022, il s’était fendu d’un cinquante héroïque malgré un doigt fracturé après un choc avec Anrich Nortje. La saison suivante, il revenait de blessure au dos pour disputer la finale du World Test Championship à Lord’s, propulsé au numéro 3. Résultat : 4 et 0, deux fois pris par Kagiso Rabada. Une leçon rude, mais formatrice.
Il a ensuite eu plus de succès à ce même poste lors de la tournée aux West Indies, avant de redescendre dans l’ordre pour les Ashes. Cette polyvalence forcée, parfois subie, a fini par nourrir sa lecture du jeu et son adaptabilité.
Au Cap, il retrouvera un duo qui vient de ravager l’Australie : Rabada et Marco Jansen, 12 wickets à eux deux pour remettre la série à égalité. Green n’a plus frappé au milieu depuis près d’un mois, mais il ne se cache pas. Il veut ce duel. Il veut ces quilleurs au sommet de leur art, dans un match qui vaut une série.
Une blessure étrange, un retour accéléré
Son absence est née d’une blessure aussi spectaculaire qu’inhabituelle, à Potchefstroom. D’abord touché « là où personne ne veut être touché » par Corbin Bosch, il enchaîne pourtant en expédiant la balle suivante pour six. C’est sur la troisième, en tentant un pull, que tout lâche : le muscle abdominal inférieur se déchire.
Green fait lui-même le lien entre le premier impact et la blessure. Le muscle, déjà traumatisé, refuse l’extension violente imposée par le shot. Déchirure nette, arrêt brutal.
Que quelques semaines plus tard, il se dise « pleinement opérationnel » relève presque de l’accéléré. Mais les médecins ont validé, le staff a tranché : il ne lancera pas, il frappera. Et dans un match où l’Australie cherche désespérément un « collective batting day », pour reprendre les mots de Travis Head, chaque run de Green pèsera double.
Un calendrier flou en toile de fond
Au-delà de Newlands, son horizon reste flou. Novembre s’annonce comme un casse-tête. Western Australia disputera deux rencontres de Sheffield Shield avant que le groupe Test ne se rassemble à Perth pour la série contre la Nouvelle-Zélande. Dans le même temps, l’Australie doit affronter l’Angleterre en ODI et en T20I.
Avec une Coupe du monde ODI dans moins d’un an, ce format devient une priorité claire pour les sélectionneurs. Le T20, lui, pourrait être abordé avec un noyau différent, moins chargé en joueurs de Test.
Pour l’instant, Green ne sait pas exactement où il sera ni dans quel maillot il frappera en novembre. Mais au Cap, il sait une chose : il revient au cœur d’une série brûlante, sans la sécurité de son bowling, exposé, jugé uniquement sur sa batte.
C’est parfois dans ce genre de dépouillement qu’un joueur bascule d’espoir à pilier. Newlands dira dans quel camp Cameron Green est en train de passer.




