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Grand Prix des États-Unis : Ferrari, Red Bull, Mercedes et McLaren en lutte

À Austin, un Grand Prix des États-Unis à quatre têtes se dessine déjà. Ferrari, Red Bull, Mercedes et McLaren se tiennent dans un mouchoir de poche sur un tour… mais racontent une toute autre histoire sur les longs relais. Le Circuit of The Americas, avec ses enchaînements rapides, ses épingles bosselées et ses longues lignes droites, a mis tout le monde à nu. Et personne ne domine partout.

Leclerc, le maître du lent… puni sur les lignes droites

Sur un tour, Charles Leclerc a donné le ton. Le Monégasque a signé la référence de la séance, avec une Ferrari redoutable dans les sections lentes. À Turn 1, il emporte plus de vitesse minimum que quiconque, freine tard à Turn 11 sans sacrifier sa relance, et reste très souvent le premier à remettre les gaz. Même tableau à Turn 12, où il égale le meilleur de Kimi Antonelli.

Dans les rapides, Leclerc ne se contente pas de suivre. Dans la séquence 6-7, il reste partiellement sur l’accélérateur là où Max Verstappen relève le pied. L’image est claire : la Ferrari respire bien dans les virages, qu’ils soient lents ou rapides.

Mais la sanction arrive dès que la SF-24 s’étire. Sur les lignes droites, elle paie lourd. Un peu plus de six dixièmes concédés à Verstappen une fois les vitesses stabilisées. Sur un tour, c’est énorme. C’est l’écart entre la pole et une deuxième ligne quand tout est serré.

Leclerc signe pourtant un tour théorique de 1’35’’291 en combinant ses meilleurs secteurs, à peine mieux qu’Antonelli (1’35’’333) et devant Verstappen (1’35’’438). Trois voitures, trois philosophies, moins de deux dixièmes d’écart. Austin tient déjà son scénario.

Verstappen, fusée en ligne droite, en difficulté dans le lent

La Red Bull de Verstappen, elle, dévore le bitume en ligne droite. En vitesse de pointe et en phase d’accélération, la RB est une arme. En rythme pur, elle gagne environ six dixièmes sur Leclerc sur les parties à pleine charge, et un peu plus d’un dixième sur les Mercedes.

Le Néerlandais se montre aussi tranchant au freinage, avec une puissance de décélération impressionnante. Mais son style du jour – freiner un peu plus tôt, plus fort, pour soigner la sortie – ne se traduit pas partout en performance. Sauf à Turn 20, où son excellente relance lui offre un gain net.

Le problème est ailleurs. Dans le lent, la Red Bull ne tourne pas comme il le voudrait. Pierre Wache, directeur technique de l’équipe, ne cherche pas à le cacher : « C’est clairement la performance en basse vitesse qui nous occupe en ce moment. La basse vitesse est la clé pour nous. » Le message est limpide.

Turn 1 en est le symbole. Verstappen freine le plus tôt des trois de tête, gère un peu de patinage en sortie, et se retrouve dernier à remettre plein gaz. Il passe d’un léger avantage à plus de deux dixièmes de retard sur Leclerc au sommet de la colline. Turn 12 raconte la même histoire : freinage un peu anticipé, manque de réponse à la mise en appui, trajectoire qui s’élargit, vitesse minimum environ 10 km/h plus basse que Leclerc et Antonelli. Résultat : encore deux dixièmes envolés.

La voiture semble moins docile sur les bosses en zones de freinage. Verstappen ne peut pas agresser l’entrée comme il aime, ni stabiliser aussi sereinement la sortie. Wache le reconnaît : « Trouver le bon équilibre a été plus difficile que prévu. » Rien de catastrophique, mais assez pour transformer un tour dominant en simple tour solide.

Mercedes, profil équilibré, Antonelli en éclaireur

La Mercedes d’Antonelli s’affiche comme la plus homogène du quatuor de tête. Plus rapide que la Ferrari en ligne droite, sans atteindre le niveau Red Bull, mais très à l’aise à l’approche de l’épingle. La répartition de la puissance électrique, différente, y est sans doute pour quelque chose.

Sur le tracé, l’Italien brille à Turns 8-9, à Turn 12 et à Turn 15. Il perd cependant du temps à plusieurs sorties de virage, là où Leclerc et Verstappen parviennent à mieux convertir la rotation en traction.

Son tour théorique le place pourtant à quatre centièmes de Leclerc seulement. Derrière, George Russell (1’35’’657) et Lewis Hamilton (1’35’’752) complètent un tableau où Mercedes reste dangereuse, même si l’équipe n’a pas encore tout aligné.

Hamilton, lui, a tenté un pari de réglages. Mauvaise pioche. Il avoue ne pas être à l’aise, surtout sur les bosses. À Austin, quand la voiture ne filtre pas les irrégularités, le pilote le paie à chaque freinage défoncé.

McLaren, faux lent sur un tour, vrai poison sur la durée

Sur la feuille des temps, McLaren semble loin. Lando Norris termine FP2 à plus d’une seconde de la référence. Mais ce chiffre trompe tout le monde. Son chrono a été signé en pneus durs, après deux tentatives avortées en simulation qualif.

Sur son premier tour rapide, Norris perd tout à Turn 9, surpris par un décrochage en milieu de virage, possiblement causé par l’air sale de la Mercedes de Russell devant lui. Deuxième tentative, cette fois en pneus tendres déjà entamés : blocage à Turn 15, tour abandonné.

Pourtant, le secteur 1 qu’il avait claqué avant son erreur parlait fort. Temps violet au moment où il le réalise, finalement battu de 0’’015 par Verstappen, et surtout plus rapide que tout ce qu’ont produit Ferrari et Mercedes. Rob Marshall, directeur technique de McLaren, résume : « C’était un tour compétitif jusqu’au moment où nous avons fait une erreur. Pour la suite, nous devons être assez optimistes. »

Les chiffres confirment cette impression. Le tour théorique de Norris pointe à 1’35’’828, dans le sillage direct des Mercedes, devant plusieurs gros noms. Oscar Piastri, lui, reste un cran derrière (1’36’’029) sur l’exercice d’un tour.

Mais c’est sur la durée que McLaren frappe vraiment.

Longs relais : Norris en patron, Verstappen en menace silencieuse

Les moyennes des longs relais de vendredi dessinent un autre paysage. Sur le papier, Norris est le plus rapide : 1’41’’289 de moyenne sur neuf tours en pneus durs. Juste derrière, Verstappen signe 1’41’’481 sur onze tours en tendres, devant Leclerc (1’41’’503, quinze tours en tendres) et Antonelli (1’41’’521, douze tours en médiums). Russell suit en 1’41’’602 sur médiums, Hamilton glisse en 1’41’’949 sur tendres. Piastri tourne en 1’41’’997, Isack Hadjar en 1’42’’031 sur médiums.

La photo est brouillée par le trafic et par le mélange de composés. Comparer un relais en durs de Norris à un relais en tendres de Verstappen n’a rien de simple. Mais une chose ressort : la McLaren est bien plus menaçante que ne le laisse croire son classement brut de FP2.

Pirelli, de son côté, n’imagine les durs qu’en rôle secondaire dans les stratégies de course. Le scénario le plus probable reste un arrêt unique en combinant tendres et médiums. Dans ce cadre, la tenue des tendres chez Red Bull intrigue : ceux de Verstappen se dégradent moins que ceux de Leclerc, avec des temps au tour plus constants.

Hadjar, lui, vit une autre journée. À l’opposé de son coéquipier, il souffre d’un train avant en surchauffe permanente. Son tour en tendres ? « C’est juste un désastre », lâche-t-il. Il parle d’une voiture « inconduisible », d’un avant qui s’en va massivement, de pneus « complètement détruits » dans les virages rapides. Wache précise que les deux Red Bull ne sont pourtant pas très éloignées en termes de réglages. C’est la gestion des pneus dans le rapide qui fait toute la différence.

Chez McLaren, la courbe de Piastri inquiète un peu : son relais en tendres s’écroule plus vite. Chez Mercedes, Hamilton et Russell apparaissent un cran derrière leurs équipiers respectifs, au moins sur ce vendredi.

Un carré d’as pour le dimanche

Les équipes vont désormais passer la nuit à décortiquer les données, ajuster les hauteurs de caisse, revoir les cartographies de déploiement et polir les compromis pour les bosses d’Austin. Rien n’est figé. Mais une chose est déjà claire : Ferrari, Red Bull, Mercedes et McLaren ont toutes de quoi rêver à la victoire.

Leclerc a la précision dans le lent. Verstappen garde l’arme fatale de la vitesse de pointe et une gestion des tendres très solide. Mercedes possède la voiture la plus équilibrée, Antonelli en tête d’affiche. McLaren cache un rythme de course qui peut retourner un dimanche.

À Austin, ce Grand Prix des États-Unis ne ressemble pas à un duel. Il ressemble à un bras de fer à quatre, où la moindre correction de trajectoire, le moindre choix de gomme, la moindre bosse mal négociée peut faire basculer tout un week-end. Qui osera le plus quand il faudra enfin tout montrer ?