Fury et Joshua : La guerre des mots avant le choc
Le décor est planté : Londres, mercredi, premier face-à-face officiel entre Tyson Fury et Anthony Joshua avant leur choc poids lourds prévu le 11 décembre. Un combat monstrueux, un rendez-vous que tout le monde attend. Mais avant le gong, il y a la scène, les micros, les regards. Et pour Matthew Macklin, consultant de Sky Sports et ancien prétendant mondial, ce moment-là compte déjà comme un premier round.
« La conférence de presse sera importante », insiste-t-il. Pas un détail de promotion, pas un simple show pour les caméras. Dans un sport où l’on se retrouve seul, enfermé entre les cordes, la bataille se joue aussi dans la tête. Peut-être surtout dans la tête.
Fury, maître du chaos verbal
Macklin ne tourne pas autour du sujet : l’aspect psychologique, mental, est colossal. En boxe, on ne peut pas se cacher derrière un coéquipier, un système de jeu ou un plan collectif. C’est un contre un. Si l’un parvient à fissurer la confiance de l’autre, à l’installer dans un état d’esprit négatif, il a déjà parcouru la moitié du chemin.
Et dans ce registre, Tyson Fury est un expert. « Fury va certainement essayer tous les trucs du livre », prévient Macklin. On peut s’attendre à un Fury expansif, théâtral, provocateur, fidèle à sa réputation de showman qui teste les limites, joue avec les nerfs, cherche la faille invisible dans le regard adverse.
Il le sait : la confiance est la clé. Si l’adversaire doute, même un peu, chaque petite graine plantée peut germer au fil des semaines, jusqu’à devenir un vrai problème au moment de monter sur le ring.
Joshua, le choix de la retenue ?
Face à lui, Anthony Joshua présente un profil très différent. Plus mesuré, plus contrôlé, moins porté sur la « guerre psychologique ». Macklin le dit clairement : ce n’est pas un domaine où Joshua excelle autant que Fury. Il n’a ni la verve, ni l’habitude de ce type de joutes verbales.
Mais ne pas répondre peut aussi devenir une arme. Le silence, parfois, coupe l’oxygène au provocateur. Macklin convoque un souvenir précis : Carl Froch contre George Groves, deuxième épisode. Lors du premier combat, Froch s’était laissé aspirer par le jeu mental de Groves, y laissant de l’énergie et de la lucidité. Une erreur qu’il n’a pas répétée.
Entre les deux affrontements, Froch a choisi une autre voie : se détacher, refuser les pièges, ne plus nourrir la haine. Macklin se rappelle une phrase attribuée à Michael Corleone dans Le Parrain III : « Ne déteste jamais tes ennemis, ça affecte ton jugement. » Pour Froch, ce fut une leçon. Pour Joshua, ce pourrait être un modèle.
Va-t-il se lancer dans le ping-pong verbal avec Fury, ou au contraire se mettre en retrait, laisser passer les rafales de mots sans y répondre ? Macklin penche pour la seconde option : AJ pourrait bien choisir de ne pas s’impliquer, de rester froid, presque distant, pour garder sa clarté de jugement.
Argent, ego, fissures et route cabossée
Autour de ce combat, tout est démesuré : l’argent, les enjeux sportifs, la fierté nationale, les égos. « Il y a déjà des fissures qui apparaissent de tous les côtés », note Macklin. Quand autant d’intérêts s’entremêlent, la moindre tension se transforme en incident, la moindre phrase en polémique.
Les organisateurs le savent. Des équipes seront là pour canaliser, contrôler, éviter que le face-à-face ne dégénère physiquement. On veut de l’électricité, pas une bagarre générale avant l’heure. Mais même avec des garde-fous, impossible d’imaginer un Fury calme et lisse. Il sera animé, tranchant, imprévisible. C’est sa nature.
Macklin, lui, reste persuadé que, malgré les secousses, la montagne finira par accoucher du combat que tout le monde réclame. « Je pense qu’on y arrivera. Le combat aura lieu », assure-t-il, tout en prévenant : la route ne sera pas droite. Il y aura des rebondissements, des tensions, des « twists and turns », comme il le dit.
Le premier virage, c’est ce mercredi, à Londres. Devant les caméras, Fury et Joshua ne porteront pas de gants, mais chaque mot, chaque regard, chaque silence comptera déjà comme un coup porté. Qui sortira vraiment vainqueur de ce premier round mental ?




