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Sanju Samson et Vaibhav Sooryavanshi : L'Attitude au Coeur du Cricket Indien

La scène se répète partout dans le cricket moderne : des totaux qui s’envolent, des terrains plus rapides, des batteurs qui frappent plus fort et plus loin. Mais pour Sitanshu Kotak, entraîneur adjoint en charge du batting de l’Inde, le vrai bouleversement est ailleurs. Dans la tête.

À Christchurch, lors du premier T20I face à la Nouvelle-Zélande, Sanju Samson n’a pas seulement frappé fort. Il a frappé sans peur. Et c’est cette nuance qui fascine Kotak.

Samson, la tempête en tête d’affiche

En poursuivant un objectif massif de 226, l’Inde aurait pu s’empêtrer dans la pression. Samson a fait exactement l’inverse. Un 67 en 33 balles, un partenariat d’ouverture de 93 points dans le Powerplay, et soudain la montagne ressemblait à une simple colline.

« Sanju est un joueur exceptionnel, plein de puissance », a rappelé Kotak. Mais il a rapidement déplacé le débat loin des simples chiffres. Ce qui l’impressionne, c’est l’attitude.

Il a détaillé ce que peu osent avouer : la peur du batteur moderne. « Mettez-vous à la place d’un batteur, a-t-il expliqué en substance. On attend de vous que vous frappiez trois ou quatre six dans les deux premiers overs. Vous savez que si vous vous faites sortir deux fois de suite tôt, le troisième match, vous jouerez avec la crainte de perdre votre place. »

C’est là que Samson et Abhishek Sharma ont marqué des points, bien au-delà du tableau d’affichage. Ils ont attaqué dès le départ, sans se recroqueviller sous le poids de la sélection, du banc, des critiques. « Surmonter tout ça, contrôler son esprit pour rester dans cette attitude sans peur, au-dessus de la puissance, du talent et de l’intention… ça, c’est quelque chose », a insisté Kotak.

Sooryavanshi, le prodige au bord de la porte

À l’autre bout du banc, un autre nom occupe toutes les conversations : Vaibhav Sooryavanshi. Adolescent propulsé en équipe nationale après un IPL éclatant, il vit pour l’instant dans l’ombre, doublure de luxe des ouvreurs. Un rôle que le capitaine Shreyas Iyer lui-même avait présenté comme une étape d’apprentissage.

Kotak refuse pourtant de nourrir la frénésie qui entoure le jeune batteur. Il met en garde : l’emballement peut être un poison. « Il est jeune », rappelle-t-il. Et pourtant, tout le monde semble déjà le réclamer.

« Tout le monde l’aime. Le public, les réseaux sociaux, l’équipe aussi. Il a ce talent. Mais ce n’est pas parce qu’il est aimé qu’on peut changer le XI de départ », pose-t-il, presque comme un rappel à l’ordre collectif.

Son inquiétude ne vise pas le joueur, mais le bruit autour de lui. « Au début, j’ai senti qu’il y avait trop de battage sur le fait qu’il devait jouer. Pour un garçon de 15-16 ans, entendre partout qu’il doit être sur le terrain alors qu’il ne l’est pas, cela peut peser. Il commence à se demander pourquoi. »

Kotak décrit un cercle vicieux : une atmosphère qui tourne autour de « pourquoi il joue » ou « pourquoi il ne joue pas », des gens liés au cricket qui devraient se demander s’ils aident vraiment le joueur ou s’ils cherchent simplement à créer un sujet. Le message est clair : la hype ne marque pas de points pour lui.

Un gamin qui apprend vite

Le ton change quand il parle du comportement de Sooryavanshi à l’intérieur du groupe. Pas une plainte, pas une attitude négative. Juste un jeune joueur qui observe, travaille, assimile.

« Maintenant, il est beaucoup plus mûr. Il a compris que si Sanju bhai bat comme il le fait, comment le sortir ? Si Abhishek bhai joue comme ça, il n’y a que 11 places. Même au milieu de l’ordre, c’est pareil. Tout le monde comprend. Mais il veut toujours jouer. Et si j’étais à sa place, moi aussi je voudrais jouer. Il n’y a rien de mal à ça. C’est un garçon très simple. »

Kotak le voit progresser loin des projecteurs : fielding, fitness, batting. Il le voit aussi absorber ce que les chiffres ne racontent pas : la lecture du match, la façon dont les seniors construisent leurs innings. « La capacité à frapper, c’est une chose. Ce que vous apprenez en battant à ce niveau, c’en est une autre. Il devra aussi apprendre cela. Je suis sûr qu’il le fera, il est intelligent, talentueux. »

Et le moment pourrait arriver très vite. Avec la blessure d’Ishan Kishan, seul autre batteur de top-order dans l’effectif, les chances de voir Sooryavanshi débuter dès le prochain T20I montent d’un cran. Sans promesse, mais avec une vraie ouverture.

Ne pas casser le moule

Kotak ne veut pas trop retoucher à ce qui fait la force naturelle du jeune batteur. « Vaibhav a une certaine façon de s’entraîner », explique-t-il. Il ne parle pas de difficultés, plutôt de préférences : une manière d’attaquer, des zones qu’il vise, une lecture instinctive du jeu.

Le coach intervient sur les détails, pas sur l’ADN. La discussion porte sur les trajectoires, sur les angles, sur les coups possibles à partir de certaines zones, et sur la différence entre un terrain d’entraînement et un wicket de match.

« La façon dont il aborde le jeu, je ne la changerais pas, sauf si la situation l’exige vraiment. Sa capacité est telle qu’il ne se retrouve pas souvent en difficulté. Il parle, décide, puis joue ses coups. »

Kotak le range dans une catégorie bien précise : ces batteurs qui ne se contentent pas de jouer la balle sur son mérite, mais qui créent leurs coups, imposent leur volonté au lancer. « Pour moi, Vaibhav est ce type de joueur qui domine et joue les coups comme il le souhaite. »

Naman Dhir, l’autre bonne surprise

Pendant que l’attente autour de Sooryavanshi s’allonge, un autre nom s’est glissé tranquillement dans le XI et y a pris ses aises : Naman Dhir. Lui n’a pas eu besoin de longs discours pour justifier sa place. Ses performances parlent.

Kotak revient sur son finish à Bangalore, dans les dernières six à huit balles, comme un moment révélateur. « Nous savions qu’il était capable de faire ça. C’est un talent très excitant. Son rôle dans le dernier match était très, très important. C’est un joueur plein de puissance. Il sait ce qu’on attend de lui. Et il fait exactement cela, ce qui est un excellent signe. »

Le staff apprécie surtout sa polyvalence. Dans un format où chaque rôle compte double, Dhir coche plusieurs cases. « En T20, si une équipe a beaucoup de gauchers, il peut lancer quatre overs. S’il y a un équilibre entre droitiers et gauchers, il peut en lancer deux ou un. Et c’est quelqu’un qui peut aussi très bien field, et frapper en fin d’innings, avec un vrai impact dans le rôle de finisseur. »

Entre la flamboyance assumée de Samson, la patience imposée à Sooryavanshi et l’émergence silencieuse de Dhir, l’Inde construit quelque chose de précieux : une ligne de batteurs capables non seulement de suivre l’ère des gros scores, mais de la dominer mentalement.

La question, désormais, n’est plus de savoir s’ils ont le talent. Elle est de voir jusqu’où cette génération ira en gardant cette même absence de peur.