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Pedro Neto : Le nouveau piston de Chelsea

Dix ans après Victor Moses, Chelsea tient un nouveau piston total. Il s’appelle Pedro Neto.

Le pari d’Alonso, le déclic de Neto

Samedi, au Hill Dickinson Stadium d’Everton, le Portugais a signé un doublé depuis son couloir droit dans la victoire 2-0 de Chelsea. Deux buts, un symbole : Xabi Alonso a déplacé un ailier pour en faire un piston, et l’histoire se répète à Stamford Bridge.

En 2017, Antonio Conte avait façonné Victor Moses en homme de couloir et lancé une série de 13 victoires vers le titre de Premier League. Aujourd’hui, c’est Neto qui prospère dans ce rôle hybride, sans renier ce qu’il est : un joueur d’élan, de percussion, mais désormais avec une caisse et une discipline de latéral moderne.

Ce scénario n’avait pourtant rien d’écrit.

De joueur transférable à pièce maîtresse

L’été dernier, Chelsea ne le considérait pas comme intouchable. Le club lui avait bien fixé un prix dissuasif, autour de 100 millions de livres, mais Neto figurait parmi les joueurs frustrés par la fin de saison. Le départ d’Enzo Maresca, avec qui il entretenait une relation forte, le 1er janvier, puis le passage éclair de Liam Rosenior, achevé sur une 10e place, avaient laissé des traces.

Pendant que Cole Palmer, Joao Pedro, Reece James ou Moises Caicedo prolongeaient en adhérant à la nouvelle ligne directrice – injecter de l’expérience autour d’un noyau déjà très talentueux –, l’avenir de Neto restait flou. L’arrivée de Xabi Alonso avait rassuré le vestiaire, mais une question demeurait : le Portugais avait-il vraiment envie de se réinventer en piston droit ?

Le doute a duré jusqu’à la fermeture du mercato. Puis tout a basculé.

Le mois dernier, Neto a signé un nouveau contrat jusqu’en 2032. Non pas comme simple attaquant de rotation, mais comme élément central du système d’Alonso. Depuis, il s’est aligné publiquement sur le projet, comme plusieurs de ses coéquipiers. Le discours a changé, le rôle aussi.

Un profil réinventé… sans renier son ADN

Recruté en 2024 en provenance de Wolves pour 54 millions de livres, Neto n’avait jamais été un finisseur redoutable. Avec le club des Midlands, il avait inscrit 14 buts et offert 27 passes décisives en 135 matches. À Chelsea, avant Alonso, sa production restait dans les mêmes eaux : 19 buts et 19 passes en 103 rencontres.

Puis le nouvel entraîneur est arrivé, a reculé son point de départ sur le terrain… et ses chiffres se sont envolés.

Depuis le début de la saison, Neto affiche 4 buts et 1 passe décisive en 9 apparitions, dont trois en tant que remplaçant. Son taux de réussite devant le but a plus que doublé par rapport à ses standards précédents. Tout cela en partant du poste de piston droit.

Chelsea profite aujourd’hui du « meilleur des deux mondes ». Les données le confirment : malgré ce rôle théoriquement plus défensif, Neto touche davantage le ballon dans la surface adverse, 5,3 fois par 90 minutes contre 3,6 la saison passée. Il dribble plus, et surtout mieux : 1,8 dribble réussi par 90, avec un taux de réussite passé de 43,5 % à 52,6 %. Il crée aussi davantage : 2 occasions par match, dont 1,8 dans le jeu, contre 1,5 auparavant.

Dans le même temps, son activité défensive a explosé. Ses tacles sont passés de 0,7 à 2 par 90 minutes, les possessions gagnées de 2,9 à 3,9 en Premier League. Neto ne se contente plus d’attaquer les espaces, il ferme aussi les couloirs.

Un piston d’élite, des deux côtés du terrain

Cette métamorphose repose sur son moteur. Neto a souvent expliqué devoir une partie de son athlétisme à son enfance dans une famille de joueurs de rink hockey. Un sport qui forge l’équilibre, le changement de direction, la puissance sur courtes distances. Tout ce qu’exige un piston moderne, sommé de couvrir 60 mètres à haute intensité, balle au pied ou en repli.

Chelsea l’a déjà vu briller dans ce registre au plus haut niveau. Lors de la finale de Club World Cup 2025, remportée 3-0 contre le Paris Saint-Germain, Neto avait étouffé Achraf Hakimi en le prenant presque en marquage individuel. Une mission ingrate, exécutée avec une rigueur qui avait marqué le staff londonien.

Samedi, Xabi Alonso a résumé sa polyvalence en quelques mots : on peut l’appeler comme on veut – ailier, piston, joueur offensif, joueur défensif –, il sait tout faire. L’essentiel, pour l’entraîneur, est simple : dès que Neto se rapproche de l’action, il devient une menace pour n’importe quel latéral.

Alonso a bâti autour de lui une asymétrie assumée. Côté gauche, Jorrel Hato ou Pep Chavarria n’ont pas les mêmes responsabilités offensives. Ce déséquilibre est voulu : il libère Neto, lui offre le couloir, lui permet de déborder, de repiquer, de finir les actions comme un ailier tout en restant la première barrière défensive sur son flanc.

Le blagueur du vestiaire devenu garant de l’équilibre

Cette nouvelle version de Neto ne se résume pas à des chiffres. Elle touche aussi à son statut dans le groupe. Loin de se prendre trop au sérieux, le Portugais reste l’un des animateurs du vestiaire.

Après un spectaculaire 6-3 contre Leeds en Carabao Cup, où il avait marqué, son ancien coéquipier à Wolves, Conor Coady, lui a lancé en plateau sur Sky Sports : « Depuis quand tu t’inquiètes de concéder des buts ? » Neto a souri avant de répondre, dans un clin d’œil à son nouveau rôle : « Maintenant je suis un wing-back, lad. » Puis il a ajouté, plus sérieux : dans sa tête, il doit toujours courir vers l’arrière et aider ses défenseurs.

La boutade a fait rire, mais elle dit tout de son évolution. Il n’a pas renié l’attaquant qu’il était. Il a élargi le spectre.

De Moses à Neto, une filiation assumée

Il y a dix ans, Victor Moses s’était réinventé sous Conte pour devenir l’un des symboles d’un Chelsea champion. Pedro Neto n’a pas eu à se transformer aussi radicalement. Il n’a pas changé de nature, seulement de point de départ sur le terrain.

Son passage d’ailier à piston droit sous Alonso n’a pas effacé ses qualités. Il les a amplifiées. Plus haut, plus souvent, plus juste. Et surtout, plus responsable.

La question n’est plus de savoir s’il accepte ce rôle. Elle est de mesurer jusqu’où ce nouveau Pedro Neto peut pousser ce Chelsea-là.