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Dalton Smith, le défi crucial contre Alberto Puello

Samedi, au bout d’une autre nuit de boxe pour initiés, Dalton Smith remettra en jeu son titre WBC des super-légers face au Dominicain Alberto Puello. Un combat capital pour sa ceinture, mais surtout pour la trajectoire d’un boxeur que beaucoup, en Grande-Bretagne, voient déjà comme la prochaine grande star.

Tony Bellew en fait partie. Et il ne ménage pas ses mots.

L’ancien champion du monde des lourds-légers assure que Smith est « l’un des meilleurs boxeurs du pays, toutes catégories confondues ». Il va même jusqu’à affirmer que le jeune de Sheffield est un meilleur technicien que lui ne l’a jamais été. Mais Bellew sait aussi qu’être un phénomène pour les puristes ne suffit pas. On peut dominer les débats sur le ring sans jamais devenir un nom que l’on prononce dans les salons, les pubs ou les supermarchés.

Lui a vécu ce basculement.

Quand un rival change une carrière

Dans la carrière de Bellew, ce tournant s’appelle David Haye. Un nom, un choc, une histoire. Avant leur premier combat, une grande partie du pays s’attendait à le voir s’écrouler. Le scénario semblait écrit. Pourtant, c’est l’outsider qui a renversé la table.

Le lendemain de sa victoire, Bellew découvre l’autre côté de la notoriété. Des grands-mères l’arrêtent dans la rue pour lui dire qu’elles voulaient le voir « lui mettre la tête en bouillie ». Tout le monde a un avis, tout le monde a une émotion à défendre. Le boxeur n’est plus seulement un athlète : il devient un personnage national.

C’est exactement ce qu’il souhaite pour Dalton Smith. Et dans son esprit, un nom revient : Adam Azim.

Leur rivalité couve depuis des années. Deux jeunes talents britanniques, deux trajectoires qui finissent par se croiser. Bellew rêve déjà de les voir s’affronter à Hillsborough, l’antre de Sheffield Wednesday. Un stade plein, un combat de championnat, un décor taillé pour propulser Smith dans une autre dimension. « Ce serait un combat monstrueux », glisse-t-il.

Mais ce rêve n’a de sens que si Smith passe l’obstacle qui se dresse juste devant lui.

Puello, le danger silencieux

Avant de penser à Azim, à Hillsborough et à la postérité, il y a Alberto Puello. Et pour Bellew, ceux qui prennent ce nom à la légère commettent une erreur.

Puello a déjà goûté au très haut niveau. Il a été battu par Subriel Matias, celui-là même que Dalton Smith a renversé en janvier à New York, dans une performance qui a stupéfié une partie du milieu. Ce soir-là, Smith a fait plus que conquérir un titre : il a montré qu’il pouvait dompter un champion craint, loin de chez lui, sous la pression.

Bellew se souvient avoir dit à Eddie Hearn, le matin du combat, que Smith arrêterait Matias avant la limite. Hearn n’y croyait pas. Lui, si. Et les faits lui ont donné raison.

Ce qui distingue Smith, selon lui, tient en un mot : le timing. Pas forcément le plus puissant, pas forcément le plus explosif, mais toujours au bon endroit, au bon moment. Bellew le compare à un autre grand nom de Sheffield, Kell Brook. Même science du placement, même capacité à cueillir l’adversaire au milieu des échanges, quand la garde se relâche d’un centimètre.

Face à Puello, cette précision devra être chirurgicale.

Le Dominicain est gaucher, infatigable, doté d’un menton que Bellew décrit comme « en granit ». Il dit l’avoir rarement vu réellement ébranlé. Ce n’est pas le genre de boxeur qui s’effondre au premier orage. Il avance, il travaille, il use.

La bonne nouvelle pour Smith ? Puello, toujours selon Bellew, est plus facile à toucher que la plupart des gauchers. Il n’exploite pas pleinement son angle naturel, ne joue pas avec les lignes comme certains spécialistes du genre. « J’aurais aimé affronter quelques gauchers comme ça dans ma carrière », glisse Bellew, non sans humour, lui qui a dû se coltiner un certain Oleksandr Usyk.

Le seul vrai doute

Dans ce tableau très élogieux, Bellew n’émet qu’une réserve : le rythme de Smith.

Contre un boxeur comme Puello, démarrer lentement peut coûter très cher. Se retrouver mené de quatre ou cinq rounds, face à un homme qui ne recule pas, c’est s’exposer à une soirée interminable. Smith devra, selon Bellew, aborder chaque reprise comme un combat à part entière. Redémarrer à zéro, rester discipliné, empiler les rounds gagnés sans se laisser hypnotiser par l’idée du KO.

Ne pas chasser la fin spectaculaire. Chasser la victoire claire.

Pour Bellew, si Smith parvient à arrêter Puello, il s’imposera comme le numéro un évident de la catégorie. Même une victoire aux points, face à un tel volume de coups et une telle résistance, serait déjà un accomplissement majeur.

Un avenir à construire, sans se disperser

Tony Bellew voit loin pour Dalton Smith, mais il fixe aussi des limites. Il ne veut pas le voir courir après tous les grands noms de plusieurs catégories, sauter de division en division au gré des opportunités.

Il cite Marvin Hagler en exemple. Un homme qui a bâti sa légende en régnant sur une seule catégorie, en la verrouillant, en obligeant les autres à monter sur son terrain. Pour Bellew, Smith doit faire la même chose : rester chez les super-légers, unifier les ceintures, obliger les challengers à venir le chercher.

La première pierre de ce règne potentiel se pose samedi, face à Alberto Puello. Si Dalton Smith veut un jour remplir Hillsborough contre Adam Azim et devenir un visage familier bien au-delà des cercles de passionnés, il n’a pas le droit à l’erreur.

Les superstars se fabriquent souvent dans un seul combat. Reste à savoir si celui-ci sera pour lui un simple passage obligé… ou le début d’une ère.