Evann Guessand : l'ombre ivoirienne qui peut réécrire l'histoire européenne
A Istanbul, tous les projecteurs se sont braqués sur Aston Villa. Un 3-0 net, sec, implacable face à Freiburg en finale de Europa League, des frappes splendides de Youri Tielemans et Emiliano Buendia avant la pause, puis Morgan Rogers pour clore l’affaire à la 57e minute. Un premier grand trophée depuis 1996 pour le club de Birmingham. Unai Emery, lui, grimpe encore une marche dans sa légende personnelle : cinq sacres en Europa League, record égalé au sommet du continent.
Mais derrière cette soirée parfaite, une autre histoire se dessine, presque en coulisses. Elle porte un nom : Evann Guessand.
Un champion… qui n’était pas là
L’attaquant international ivoirien n’était même pas sur la feuille de match au Besiktas Park. Invisible sur la pelouse, mais loin d’être anodin dans les registres de l’UEFA.
Arrivé l’été dernier à Aston Villa en provenance de Reims pour environ 30,5 millions de livres, Guessand fait partie des rares renforts permanents recrutés par le club. Quelques mois plus tard, en janvier, le club le prête à Crystal Palace. Cap au sud de Londres, donc, pour la deuxième moitié de saison.
Sur le papier, rien d’extraordinaire : un transfert coûteux, un prêt pour trouver du temps de jeu, un attaquant en quête de repères. En réalité, une trajectoire qui peut le mener tout droit vers une page unique de l’histoire du football européen.
Deux compétitions, un même rêve
La première moitié de saison, Guessand la joue en claret and blue. Sept apparitions avec Aston Villa en phase de groupes de Europa League, deux buts à la clé. Suffisant pour valider son éligibilité à une médaille de vainqueur, selon les critères de l’UEFA.
Puis vient Palace. Et un nouveau décor : la Conference League. Sous le maillot des Eagles, il dispute cinq rencontres dans la compétition et contribue à mener le club jusqu’en finale. En face, un adversaire espagnol : Rayo Vallecano, mercredi prochain.
Les chiffres sont têtus : assez de matches avec Villa pour prétendre à une médaille en Europa League. Assez de matches avec Palace pour en décrocher une en Conference League, si les Londoniens vont au bout.
Aucun joueur, dans toute l’histoire des compétitions européennes, n’a jamais remporté deux trophées continentaux différents au cours de la même saison. Guessand, lui, se tient à un match de ce scénario invraisemblable.
Une blessure, un retour, et une chance unique
La route n’a pourtant pas été linéaire. En mars, lors du quart de finale de Conference League face à la Fiorentina, l’Ivoirien se blesse au genou. Coup d’arrêt brutal. Sa saison européenne semble alors menacée, sa dynamique brisée au pire moment.
Il revient finalement sur les terrains dimanche dernier, lors du nul 2-2 de Crystal Palace contre Brentford, avec une entrée en jeu dans le temps additionnel. Quelques minutes seulement, mais un signal clair : il est de retour, apte à postuler pour la finale.
La scène est plantée. Villa a déjà son trophée, Palace joue le sien dans quelques jours. Guessand, lui, se retrouve au carrefour d’un exploit jamais vu.
L’été de tous les bascules
À 24 ans, l’attaquant ivoirien vit sans doute le tournant le plus étrange – et potentiellement le plus glorieux – de sa jeune carrière. Selon les informations venues d’Angleterre, Crystal Palace devrait lever le pas vers une signature définitive cet été. Le club londonien cherche aussi un nouveau souffle sur le banc, avec le départ annoncé de Oliver Glasner.
Un nouveau coach, un nouveau projet, un joueur qui pourrait débarquer auréolé de deux titres européens sur la même saison. Sur le CV, cela ne ressemble à rien de connu.
Reste une marche, une seule. Quatre-vingt-dix minutes, peut-être un peu plus, pour transformer une saison déjà singulière en un cas d’école pour les livres d’histoire du football européen.



