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Dalton Smith conserve son titre WBC au terme d'un combat intense

La ceinture est restée à la maison, mais elle a vacillé. Longtemps. Dans une Utilita Arena tendue comme un fil, Dalton Smith a conservé son titre mondial WBC des super-légers en s’imposant aux points, par décision partagée, face à un Alberto Puello aussi rusé que coriace. Une défense inaugurale de ceinture transformée en véritable examen de passage.

Deux juges ont donné 115-113 pour Smith. Le troisième a vu 116-112 pour le Dominicain. Autant dire que le champion a flirté avec le précipice.

Une soirée de champion, sans éclats faciles

Pour son retour en héros à Sheffield, le Britannique de 29 ans n’a pas offert le chaos spectaculaire de janvier, lorsque son crochet avait éteint Subriel Matias au cinquième round à Brooklyn. Cette fois, pas de feu d’artifice. Un combat d’horloger, tendu, fermé, où chaque erreur pouvait coûter la ceinture.

Smith l’avait annoncé : Puello serait « gênant », un gaucher mobile, adepte du contre. Le ring l’a confirmé. Les deux hommes ont livré une partie d’échecs à grande vitesse, chacun guettant la moindre ouverture, les mains hautes, les réflexes affûtés.

Le champion a pris les devants sur le tempo. Dans les premiers rounds, il dicte la distance, pique, recule, repart. Un beau direct du droit au quatrième acte, réponse immédiate de Puello qui commence à trouver la cible avec son bras avant, cette gauche sèche qui coupe les trajectoires. Le public gronde, mais rien ne se détache vraiment.

Puello se rebiffe, la salle retient son souffle

À 32 ans, Puello n’est pas venu faire de la figuration. Son unique défaite, subie l’an passé face à Matias, le hante encore. Au sixième round, il change le ton. Il s’avance davantage, claque une série de gauches droites dans l’axe et s’adjuge la reprise. Smith encaisse, réfléchit, ne panique pas.

Une glissade du Dominicain sur le tapis fait un instant exploser la salle, qui croit au knockdown. L’arbitre coupe court : simple chute. Sheffield gronde, puis repart de plus belle. Dans les tribunes, l’ambiance ressemble plus à un kop qu’à un public de boxe. Un tambour, une trompette, des chants de Sheffield Wednesday, et au centre, leur homme, en bleu et blanc, comme sur la pelouse d’Hillsborough.

Smith avait marché sur Matias en acceptant l’échange frontal. Face à Puello, le défi est autre : ne pas se faire aspirer par le contre, rester discipliné, tout en montrant qu’il reste le patron. Le combat devient une succession de mini-séquences, de prises d’ascendant fugaces.

Haute qualité, haute tension

Le neuvième round cristallise le niveau des deux boxeurs. Smith envoie un superbe double jab suivi d’un crochet du droit, net, précis. Puello encaisse, réplique aussitôt avec un uppercut et un crochet au corps, rappel brutal que ce titre ne se rendra pas sans résistance. Personne ne lâche un pouce de terrain.

Le contexte ajoute encore à la dramaturgie. Le combat, initialement programmé en juin, avait été repoussé à cause d’une blessure au coude de Smith. Le champion revient donc avec un point à prouver : il peut non seulement récupérer une ceinture, mais la défendre face à un ancien double champion du monde. Son bilan invaincu se joue sur chaque échange.

À l’approche des rounds de championnat, tout reste ouvert. Les cartes peuvent tomber des deux côtés. Puello, plus propre par séquences, Smith, plus actif, plus volontaire. Sous son œil droit, une coupure s’ouvre. Le sang coule, la pression monte.

La décision se forge dans le dur

Les dernières reprises se transforment en bras de fer. Smith augmente le volume, multiplie les touches, tente de noyer Puello sous son travail. Le Dominicain choisit ses moments, cherche les coups francs, les contres qui marquent l’œil des juges. Le combat ne bascule jamais vraiment, mais le Britannique donne l’impression de vouloir un peu plus, de forcer un peu plus.

Dans les vingt dernières secondes, Smith s’adresse au public, bras levés, comme pour aspirer une dernière vague de soutien. Le gong retentit, il bondit dans les bras de son père à l’intérieur du ring. La salle explose, mais le silence revient vite lorsque les cartes sont collectées. Tout le monde comprend : ce sera serré.

La lecture du verdict est un petit thriller. Une carte pour Puello, deux pour Smith. La ceinture reste à Sheffield. Le champion grimpe à 20 victoires en autant de combats. Invaincu, mais averti.

Héritage, rêves et très grands noms

Dans une ville qui a vu éclore Prince Naseem Hamed, Johnny Nelson ou Kell Brook, Smith s’inscrit un peu plus dans la lignée. Eddie Hearn le martèle : « Dalton Smith est un boxeur d’héritage ». Un homme qui ne cherche pas seulement des chèques, mais des ceintures, des nuits qui comptent, une place dans l’histoire de sa ville.

L’intéressé voit déjà plus loin. Avec ce challenger obligatoire écarté, son rêve de boxer un soir à Hillsborough, le stade de Sheffield Wednesday, reste intact. Il vise désormais les très grands noms, et un en particulier : Shakur Stevenson, l’Américain invaincu.

Smith parle de respect, de défi, et convoque les souvenirs : Ricky Hatton face à Floyd Mayweather, ces rendez-vous qui dépassent le simple cadre sportif. L’ambition est claire : bâtir quelque chose de grand, depuis Sheffield, pour Sheffield.

La ceinture WBC est toujours autour de sa taille. La cible, désormais, est plus large que jamais.