Dale Brown, l'icône de LSU, s'éteint à 90 ans
BATON ROUGE – Dale Brown, l’homme qui a réveillé un programme de basket-ball assoupi à LSU dans les années 1970 pour l’emmener jusqu’au Final Four, est décédé vendredi à l’âge de 90 ans à Baton Rouge.
Il aurait eu 91 ans le 31 octobre. Né un soir d’Halloween en 1935 à Minot, dans le Dakota du Nord, il avait posé ses valises en Louisiane avant la saison 1972-73, quittant un poste d’assistant à Utah State. Il n’est jamais reparti. La Louisiane était devenue sa maison, et lui, une figure presque institutionnelle de Baton Rouge.
Affaibli depuis plusieurs mois, il s’est éteint à son domicile, entouré de son épouse Vonnie et de leur fille, Robyn Brown Prudhomme. Dale et Vonnie, amoureux depuis le lycée, s’étaient mariés en 1959. De leur fille Robyn et de son mari Chris Prudhomme, rencontrés sur le campus de LSU au début des années 1980, sont nés trois petits-enfants : Christopher, Peyton et Cameron.
« Nous avons perdu l’homme le plus aimant et le plus aimé que nous ayons jamais connu », a déclaré la famille Brown dans un communiqué. « Dale Brown a toujours mis les autres en premier. Il a toujours dirigé avec le cœur. Il a toujours été un grand humanitaire avant tout le reste. Dale est tombé amoureux de la Louisiane il y a longtemps. Et les gens de Louisiane le lui ont rendu. Nous leur en serons toujours reconnaissants. »
De Minot à Baton Rouge, la trajectoire d’un obsédé de la victoire
Diplômé de Minot State en 1957, où il brillait en football, basket et athlétisme, Brown n’était pas destiné à une carrière anonyme. Il forge d’abord son métier sur les bancs des lycées du Dakota du Nord et de Californie, avant de rejoindre Utah State comme assistant de 1966 à 1971.
Puis vient LSU. Et là, tout bascule.
Quand il arrive à Baton Rouge, le programme est en sommeil. Les Tigers n’ont plus la moindre aura nationale. Brown apporte l’énergie, le culot et une forme de sens du spectacle qui vont tout changer. Il sillonne la Louisiane, arrête sa voiture dès qu’il voit un panier dans une cour ou sur un terrain vague et y accroche des filets violet et or. Un geste symbolique, presque anecdotique. Mais un message clair : LSU veut exister partout, chez tout le monde.
Très vite, les résultats suivent. En 1979, il offre aux Tigers leur premier titre de saison régulière SEC depuis 1954. Ce n’est que le début. Il en ajoutera trois autres en 1981, 1985 et 1991. Quatre titres de saison régulière SEC, le plus haut total pour un coach de la conférence qui ne soit pas assis sur le banc de Kentucky. Seuls les monuments Adolph Rupp (27), Joe B. Hall (8) et John Calipari (6) font mieux.
En 1980, il mène LSU jusqu’en Elite Eight. Un avant-goût. L’année suivante, en 1981, il propulse le programme à son premier Final Four depuis 1953. Il y retournera en 1986. LSU change de dimension, et le pays du basket universitaire regarde enfin vers Baton Rouge.
L’Associated Press le désigne Coach of the Year en 1981. La SEC le sacre entraîneur de l’année à quatre reprises. Le vendeur d’idées et de rêves est devenu un coach de référence.
Shaq, Chris Jackson et le « Deaf Dome »
Brown ne se contente pas de gagner. Il transforme aussi le Pete Maravich Assembly Center en volcan. À la fin des années 1970, la salle se met à sonner comme rarement une arène universitaire l’avait fait. Elle gagne un surnom qui dit tout : le « Deaf Dome ». Les guichets ferment régulièrement, les tribunes se remplissent, et LSU s’installe sur la carte nationale.
Sur le parquet, les talents se succèdent. Chris Jackson, phénomène offensif, mène la danse de 1988 à 1990. Puis vient Shaquille O’Neal, qui écrase la SEC de 1989 à 1992. Sous Brown, LSU devient un aimant à stars. Il ne triche pas sur le recrutement : il va chercher certains des joueurs les plus doués du pays et les convainc de venir en Louisiane.
Les résultats sont là. De 1979 à 1993, Brown conduit LSU à 13 tournois NCAA. Avant lui, les Tigers n’y avaient participé qu’à deux reprises, en 1953 et 1954, depuis la création de la compétition en 1939. De 1984 à 1993, LSU enchaîne dix participations consécutives à la March Madness. Deux Elite Eight, en 1980 et 1987, viennent compléter les deux Final Four de 1981 et 1986.
Son bilan final à LSU tient en une ligne qui résume un quart de siècle de combat : 448 victoires, 301 défaites en 25 saisons. Et un héritage sportif qui dépasse les chiffres.
Ombres et rédemption en fin de parcours
Les dernières années sur le banc sont plus sombres. Une enquête de la NCAA vient ternir la fin de règne. Durant la saison 1996-97, l’instance conclut qu’un booster de LSU a versé environ 5 000 dollars à un ancien joueur de Brown, Lester Earl, lorsqu’il portait encore le maillot des Tigers. Les sanctions tombent en 1998 : probation pour le programme, alors dirigé par son successeur, John Brady.
L’affaire colle longtemps à son nom. Puis, des années plus tard, Lester Earl présente ses excuses à Brown. Le coach, fidèle à ce qu’il prônait en public, pardonne. Un geste en cohérence avec sa vie, marquée par une empathie revendiquée.
Brown prend sa retraite à l’issue de la saison 1996-97. Il quitte le banc, mais pas la scène.
Halls of Fame, parquet à son nom et héritage vivant
Les honneurs finissent par rattraper l’homme qui avait tant donné à LSU. En 1999, il entre au Louisiana Sports Hall of Fame. En 2013, il rejoint le LSU Athletics Hall of Fame. En 2014, c’est le College Basketball Hall of Fame qui grave son nom dans le marbre.
En 2022, le Pete Maravich Assembly Center fait un pas de plus vers la postérité de son ancien maître de maison : le parquet porte désormais le nom de Dale Brown. Lors de la cérémonie à la mi-temps d’un match, au moment où son nom apparaît sur le bois, l’ancien coach renvoie immédiatement la lumière vers les autres – ses joueurs, ses assistants, présents en nombre.
« Le meilleur potentiel de moi, c’est nous », lance-t-il ce soir-là, reprenant l’une de ses phrases fétiches. « C’en est un exemple. »
Ce « nous » avait un visage pour lui : John Wooden. Brown vouait une admiration profonde à la légende de UCLA, dont il était proche jusqu’à la mort de Wooden en 2010. Le maître résumait ainsi son élève : « Je me souviendrai toujours de Dale pour son enthousiasme. Il m’étonnait parce qu’il y avait bien plus de profondeur chez cet homme. Il était bien plus qu’un coach de basket. »
Ironie du calendrier, Brown venait tout juste de recevoir cette semaine le John Wooden Legends of Coaching Award, ultime reconnaissance de l’héritage du professeur sur l’élève, et du coach sur son sport.
Un combattant venu d’un appartement exigu
Pour comprendre Dale Brown, il faut revenir à Minot. Un père qui s’en va très tôt. Une mère qui élève seule son fils dans un petit appartement de fortune. Peu de moyens, beaucoup de détermination. Une enfance qui laisse des traces.
Lors de son week-end d’intronisation au Louisiana Sports Hall of Fame en 1999, il le résumait d’une phrase : « Je n’oublierai jamais d’où je viens. Ça ne m’a jamais quitté, et ça m’a porté toute ma vie. »
Cette cicatrice d’enfance, il la transforme en moteur. Après sa carrière, il se consacre aux conférences de motivation, qu’il animait déjà en parallèle de son métier d’entraîneur. Il crée aussi la Dale Brown Foundation, tournée vers l’éducation des jeunes issus de milieux défavorisés, de familles brisées ou vivant avec un handicap physique. Il veut offrir à d’autres ce qu’il a dû arracher lui-même.
Sur le banc, Dale Brown aura été le stratège flamboyant qui a remis LSU sur la carte du basket universitaire. En dehors, il aura été ce militant infatigable pour ceux que la vie laisse au bord du chemin.
Le parquet du Pete Maravich Assembly Center porte désormais son nom. Mais c’est surtout dans la mémoire de la Louisiane et de tout un sport que son empreinte restera gravée.




